| Rennes-Le-Château
aujourd'hui

Nicolas
Fouquet et Rennes-Le-Château
! «
Rome, le 17 avril 1656, J'ai
rendu à Monsieur Poussin la lettre que vous luy faites l'honneur de lui escrire
; il en a témoigné toute la joie imaginable. Vous ne sauriez croire, Monsieur,
ni les peines qu'il prend pour vostre service, ni l'affection avec laquelle il
les prend, ni le mérite et la probité qu'il apporte en toutes choses. Luy
et moi, nous avons projeté certaines choses dont je pourrai vous entretenir à
fond dans peu, qui vous donneront par Monsieur Poussin des avantages (si vous
ne les voulez pas mépriser) que les Roys auraient grand peine à tirer de lui,
et qu'après lui peut-être personne au monde ne recouvrera jamais dans les siècles
advenir ; et, ce qui plus est, cela serait sans beaucoup de dépenses et pourrait
même tourner à profit, et ce sont choses si fort à rechercher que quoi que ce
soit sur la terre maintenant ne peut avoir une meilleure fortune ni peut être
égasle. ». Cette
lettre authentique (1), écrite par Louis Foucquet à son frère Nicolas, surintendant
général des finances de Louis XIV, est apparue pour la première fois dans l’histoire
de Rennes-le-Château, non pas en 1967 dans "L'Or de Rennes", premier
livre de Gérard de Sède sur le sujet, mais dans un article que ce dernier écrit
en collaboration avec Jean Pellet cinq ans plus tard (2). C'est aussi dans ce
court texte que les auteurs ouvrent la piste du "tombeau d'Arques" (3),
lieu que, selon eux, le peintre Nicolas Poussin aurait reproduit dans son tableau
"Les Bergers d'Arcadie". Il est assez surprenant que le lien,
que tentent d'établir les deux auteurs entre cette toile de Poussin et le tombeau
d'Arques, soit absent des écrits apocryphes précédemment signés de pseudonymes
tels que Jean Delaude, Nicolas Beaucéan, Madeleine Blancassall, Antoine Ermite
etc, et qu'il ait également échappé aux auteurs du "Serpent rouge" et
des "dossiers secrets" d'Henri Lobineau ! Quoiqu'il
en soit, les deux auteurs sont catégoriques : « Ce secret, Poussin l'a même
révélé à qui sait voir "Les bergers d'Arcadie" ». Concernant la
visite du lieu, ils précisent encore : «
… un petit sentier d’une vingtaine de mètres : engagez vous-y, comme le fit Poussin.
Car voici, entourée de ses arbustes, la tombe des "Bergers d'Arcadie"
». En
1973, Gérard de Sède s'attarde plus longuement sur Nicolas Poussin et le surintendant
Foucquet dans "La race fabuleuse" (4). La même année, Matthieu Paoli
évoque, lui aussi, la lettre à Nicolas Foucquet, la datant faussement du 17 avril
1661 (5). En 1974, Jean-Pierre Monteils apporte, quant à lui, quelques réflexions
sur des extraits du même courrier (6). En 1978, Franck Marie reprend la piste
"de Sède" et, comme ce dernier, parle du colloque "Nicolas Poussin"
au cours duquel le documentaliste Jacques Thuiller commente la lettre du 17 avril
1656 (7).
«
Ce projet mystérieux et grandiose pose la plus grande énigme. A quelle entreprise
merveilleuse pouvaient bien rêver le vieux peintre et le jeune abbé - esprit vif,
mais tête pratique, et peu susceptible d’enthousiasmes inconsidérés ? Quelque
grande publication ? On comprendrait mal un tel engouement. Montaiglon (8) a avancé
l’hypothèse de grandes fouilles archéologiques, en quelque point de Rome ou dans
le Tibre. Elle est, en effet, fort plausible. Peut-être même Poussin, attentif
à la moindre découverte, et par le rôle d’intermédiaire qu’il exerçait parfois,
en relations plus ou moins suivies avec des fouilleurs clandestins, avait-il repéré
un site exceptionnel, dont il détenait le secret : ce qui expliquerait les termes
si curieux dont se sert l’abbé. » Convaincu,
Franck Marie tranche : « Ce site exceptionnel dont parle le documentaliste,
ne peut être autre que celui de Rennes-le-Château. ». Il rejoint en cela l’opinion
première de Gérard de Sède qui écrivait : « Si le secret était lié à
un site archéologique, rien ne nous permet d’affirmer que ce site se trouvait
en Italie, il pouvait tout aussi bien se trouver en France … » (9).
Depuis ces
premiers écrits, cette dernière hypothèse remporte la faveur d'une partie des
chercheurs. A leur décharge, il nous faut admettre que les termes sibyllins de
la missive, interprétés d'une certaine façon, peuvent leur donner naturellement
raison. Mais un ouvrage de 1894 consacré à François Foucquet, autre frère du surintendant,
évoque aussi Louis Foucquet et pourrait éclairer sous un nouveau jour sa lettre
du 17 avril 1656.
« Quant à
Louis, trop jeune encore pour être sacré (il était né en 1633 et avait par conséquent
23 ans en 1656), il continua à résider à Rome, où il remplissait une mission confidentielle
"occupant ses loisirs à visiter les ateliers des peintres et des sculpteurs,
les collections qui constituaient les musées de ce temps, et s'il découvrait quelque
pièce intéressante, il la signalait au surintendant". »
Extrait
des pages 7 et 8 du livre | 
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Selon
Louis Duval, le commerce dont il est question ici concerne assurément celui d'œuvres
d'art provenant d'Italie non des fouilles archéologiques opérées en France !
Patrick
Mensior (1)
- Correspondance faisant partie des archives de la famille Cossé-Brissac qui fut
présentée à Paris en 1968 dans les actes du colloque "Nicolas Poussin"
(2) - Jean Pellet et Gérard de Sède "Le secret de Nicolas Poussin, Promenade
initiatique dans les gorges de l'Aude", Le grand Albert n° 9, juillet-août
1972 (3) - Ce tombeau détruit en 1988 par son propriétaire excédé était situé
sur le hameau des Pontils non à Arques (4) - Gérard de Sède "La race
fabuleuse" pages 128 à 131 (5) - Matthieu Paoli "Les dessous d'une
ambition politique, nouvelles révélations sur les trésors du Razès et de Gisors"
page 69 (6) - Jean-Pierre Monteils "Nouveaux trésors à Rennes-le-Château
ou le retour d'Ulysse" page 146 (7) - Franck Marie "Rennes-le-Château
étude critique" page 183 (8) - Gérard de Sède cite Montaigu non Montaiglon
(9) - Gérard de Sède "La race fabuleuse" pages 129 et 130
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