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Juin
2003 Rennes-Le-Château a aussi sa
petite et sa grande histoire. Sa grande histoire, nous la connaissons bien. Sa
petite histoire est beaucoup plus discrète. Elle est vécue par des témoins que
l'on ne soupçonne même pas. Ils sont là, ils passent, viennent et disparaissent
au gré de leur vie.Pourtant,
ces témoins de la petite histoire sont peut-être les plus riches car ils ont vécu
des évènements ou des moments intenses à un instant donné.
Nous allons
rapporter, ici, le témoignage d'un homme d'une quarantaine d'années
qui, lorsqu'il était enfant, a vécu la " Grande Aventure ". Ce genre
d'aventure qui vous marque pour toute une vie et qui parfois modifie
vos goûts et vos souhaits jusqu'à l'âge adulte, âge où le choix
est libre.
Voici donc
l'histoire de Jean-Marie Roch telle qu'il l'a vécue en 1970, il
avait alors 10 ans :
Jean-Patrick
Pourtal : Monsieur
Roch, vous êtes marié et avez un enfant et vous êtes de nationalité Belge. Nous
nous sommes connus par le biais d'Internet suite à l'émission " C'est au programme
" de la chaîne de télévision française, France 2, du 23 juin 2003. Lors de l'un
de nos échanges, vous m'avez appris que vous aviez eu l'occasion de faire des
fouilles à Rennes-Le-Château. Pouvez-vous nous dire dans quelles conditions vous
étiez à Rennes-Le-Château ? Jean-Marie
Roch : A l'époque
j'étais scout d'Europe, et dans ce cadre les patrouilles pouvaient choisir entre
plusieurs activités pour les camps des vacances d'été. Pour la deuxième fois,
nous avions choisi l'archéologie. Nous voila donc parti pour un peu moins de deux
mois, pour une passionnante aventure à Rennes-Le-Château, tout en sachant déjà
que nous reviendrions dans le sud, à Montségur, pour de prochaines activités archéologiques. Les
maisons transformées en lieu de villégiature ou comme centre de retraite, étaient
très prisées a l'époque (maintenant encore, mais hors prix). Un dirigeant des
scouts de France avait acheté une maison dans le village. Il employait des scouts
pour une partie des travaux et principalement à faire des fouilles. JPP :
Vous aviez dix ans à l'époque. Nous étions
en 1970. Ces fouilles, si nous l'avons bien compris, se sont réalisées dans un
domaine privé. Vous rappelez-vous qui était le propriétaire de cette maison ? Jean-Marie
Roch :
Non ! Malheureusement je ne me souviens
plus de son nom. En 1970, cette personne devait avoir entre 40 et 45 ans et je
ne pense pas que dans ces années là, il ne devait pas y avoir beaucoup de maisons
vendues a des citadins. Cela pourrait être une piste, j'ai déjà demandé aux scouts
de France mais cette maison devait être une maison de campagne et c'est donc difficile
d'avoir un nom.
JPP :
A quel endroit
de la maison avez-vous commencé à creuser ? Et, d'après vous, pensez-vous
que le propriétaire savait où il fallait creuser ou bien avez-vous
commencé au hasard ?
Jean-Marie
Roch :
Il y avait beaucoup
de travaux. Les plus importants étaient effectués par des compagnons
qui nous donnaient un coup de main le cas échéant. Nous, nous avions
la tâche d'effectuer des fouilles dans les remblais, dans un puits
et une partie de la cour. Le plus gros travail était de vider le
puits, avec toujours une idée en tête " l'archéologie c'est super
". Nous étions supervisés par un responsable archéologique
de la région qui savait bien où il fallait creuser, il avait déjà
noté sur le sol de la cour les endroits qui correspondaient au puits.
JPP :
Comment s'organisaient
ces fouilles ? A quel moment creusiez-vous et à quel moment analysiez-vous la
terre remontée de ces fouilles ? Jean-Marie
Roch :
Les endroits notés par le responsable
étaient divisés en carrés de 40 sur 40 cm avec des cordes et numérotés. Nous,
nous étions sur des planches qui ne touchaient pas le sol. Avec des truelles on
enlevait la terre et on la déposait dans le jardin avec des papiers reprenant
les numéros du carré d'où elle était issue. Au puits dés que nous avions retiré
30 cm de terre un écrivait sur la paroi un numéro qui était repris sur le tas
de terre. Nous sortions la terre le matin et en fin de journée à cause de la
chaleur. L'après midi on triait la terre, d'abord à sec, et après avec des tamis
et de l'eau. Chaque objet trouvé était placé dans des cagettes à fruit qui
reprenaient toujours le numéro du carré. Le soir ou les jours où l'on ne creusait
pas, on triait les objets. Dans le fond des cagettes on plaçait des sacs ou des
cartons pour regrouper les poteries, le verre etc. JPP :
Qu'avez-vous trouvé lors
des ces fouilles ? Des pièces de monnaies anciennes ? Des poteries ? Jean-Marie
Roch :
Il y avait de tout ! Evidement du " moderne " , comme on disait, et du vieux.
Pour nous, de toute façon, chaque objet était mystérieux. Je me souviens que les
pièces n'étaient l'article principal que nous trouvions dans les remblais et la
cour. Par contre dans le puits les pièces et objets façonnés étaient très courant.
Les deux premiers mètres étaient normaux, c'est plus bas que les objets sont sortis,
en métal, en poterie et même en os. Quelques bijoux et des objets représentants
des personnages ont aussi été trouvés. JPP :
En dehors des pièces et des simples poteries,
avez-vous souvenir d'un objet particulier qui vous aurait marqué plus que d'autre
? Jean-Marie
Roch :
Oui ! Un objet en particulier m'a, à l'époque,
stupéfait par sa beauté. Un vase avec des incrustations de pierres ou d'émaux,
dans tout les cas très colorer (rouge, vert, bleu et autres). J'opte plus pour
les pierres. Dessus, du texte était aussi gravé ainsi que des motifs. Il était
en parfait état et n'avait pas été écrasé. A l'intérieur, il y avait un autre
vase en poterie, les deux vases tenaient ensemble avec de la terre. JPP :
En quelle matière était-il ? Et quelle taille
avait-il ?
Jean-Marie
Roch :
Le plus grand, celui
en métal, devait avoir 25 cm de hauteur, celui en terre était plus
court et plus fin mais était lourd en rapport à sa grandeur. C'est
moi qui ais nettoyé le vase. A sa sortie du puits, il n'était pas
d'oxydé, d'ailleurs l'eau a suffi le nettoyer, par expérience maintenant,
je sais qu'il n y a que l'or qui ne s'oxyde pas et dont le nettoyage
est si facile. Donc je présume que celui ci était bien en Or.
JPP :
Qu'est devenu cet objet ? L'avez-vous
en votre possession ? Jean-Marie
Roch :
Malheureusement, quand on a découvert ce vase
et dés qu'il fut propre, on était comme des fous et on a tous criés pour appeler
les autres. Le dirigeant est vite venu le prendre et nous n'avons plus jamais
entendu parler de notre découverte. Deux solutions se présentent à nous maintenant,
soit le dirigent des scouts de France l'a pris avec lui et il se trouve dans une
collection privée ou soit il est répertorier et se trouve peut être dans un musée. Si
j'en avais été le possesseur, il serait, maintenant, dans un mussée. Une pièce
comme ça en vaut la peine et permet de comprendre sûrement l'histoire d'une époque. JPP :
Les objets que vous avez
trouvés lors de ces fouilles, ont-ils été recensés dans un document ou un registre
? Jean-Marie
Roch :
Oui ! Le responsable archéologique qui
supervisait les recherches, notait tous les objets, petit ou grand, dans un livre
du style livre de compte. Au début des recherches, il contenait déjà beaucoup
d'objets répertoriés avec des dessins. Le moindre clou y était inscrit. Il y avait
quelques photos prise par ce responsable. JPP :
Savez-vous ce qu'est devenu
ce registre ? Jean-Marie
Roch :
Non ! Comme pour les objets, je ne sais pas
où il se trouve. Il doit bien y avoir une personne responsable du département
ou des sites archéologiques de France qui doit pouvoir nous renseigner sur le
lieu où sont rangés les registres et les objets. JPP :
Le lieu des fouilles est-il toujours visible
?
Jean-Marie
Roch :
Je ne peux pas vous
répondre dans l'affirmative pour cette année 2003, mais quand je
me suis rendu à Rennes-Le-Château lors de vacances, et ce, plusieurs
années après, je me suis rendu a cette maison ; le propriétaire
m'a confirmé que la cour, où était le puits, a été refaite et le
puits rebouché avec les remblais des travaux. Malgré tout,
il m'a montré quelques objets, pas très beaux, ainsi que quelques
pièces
JPP :
Les fouilles réalisées, ont-elles été réalisées
sous l'égide des scouts de France ou sous la responsabilité d'un seul homme ?
Jean-Marie
Roch :
Les fouilles étaient
entreprises par un des dirigeants des scouts de France qui entretenait
de bonnes relations avec les scouts d'Europe ; c'est de cette façon
que nous avions la possibilité de nous rendre chez lui et à titre
privé. Nous étions, en fait, invités chez lui pour notre camp. Il
nous permettait de faire notre camp chez lui en échange de nos services,
et comme les scouts sont toujours près…
JPP :
Vous étiez tous bien jeune
à l'époque ! Ne pensez-vous pas que ces fouilles auraient pu être dangereuses
pour les enfants que vous étiez ?
Jean-Marie
Roch :
Oui et non ! Quand
j'y pense, avec le recul, je me dis que " oui" mais nous avions
déjà fait tant de choses : spéléologie, rappel, aviron, etc.… et
puis il y avait des plus grands avec nous, et nous étions surtout
très motivés.
Nous avions préparé notre voyage en visitant des musées archéologiques
et fait des camps de semaine à rechercher des fossiles pour apprendre
à dégager des objets. Il faut dire aussi que notre chef scout d'Europe
était très motivant quand on parlait de fouilles ou de recherches
dans la nature.
JPP :
Pensez-vous
revenir à Rennes-Le-Château ?
Jean-Marie
Roch :
J'aimerais bien retourner
voir ce qu'est devenu Rennes-Le-Château ; Pouvoir voir le musée
et rencontrer des personnes du village ou les responsables du musée.
Voir si je retrouverais mes points de repère, et puis, le plus passionnant
serait peut être de pouvoir refaire des recherches sur Rennes-Le-Château.
Pouvoir vérifier ce que les vieux du village nous racontaient ;
Comprendre pourquoi certains s'amusaient de nous voir remuer de
la terre tout en nous disant que ce n'était pas là qu'il fallait
chercher.
JPP :
Quel souvenir vous ont
laissé ces moments exceptionnels ?
Jean-Marie
Roch :
D'abord
les souvenirs, cette fois là nous avions un camp très spécial !
Il nous avait apporté comme un pouvoir magique, celui de ne pouvoir
être las ou fatigué de nos recherche et aussi le contact avec les
gens, les histoires racontées le soir, et puis cela m'a donné une
âme d'historien, une éducation que je ne regrette pas.
Les souvenirs de Montségur : Le dirigeant scout de France a acheté,
quelques années plus tard, 3 maisons à l'entrée du village de Montségur.
Grâce aux fouilles précédentes il nous a permis de revenir chez
lui pour y effectuer des nouvelles fouilles. Là, le village nous
a reçus comme des princes, nous avions l'aide des villageois, ils
nous fournissaient des indications plus précises, cela nous a permis
de faire des fouilles au château. Nous avons fouillé le puits du
château et dans le flanc gauche de la montagne et aussi au pied
de l'escalier près du puits.
En souvenir des fouilles, et lors de la venue des scouts de France
en Belgique, nous avons échangé des souvenirs. La patrouille a reçu
un bloc de polyester avec trois belles pièces d'or et chaque scout
une pièce en bronze.
Et puis il y a les souvenirs à venir.
JPP :
Je vous remercie de votre
participation à la vie du Site « Rennes-Le-Château le Dossier ! » |