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Juin
2000 Alain Châtillon est un habitué de Rennes-Le-Château. Longtemps chercheur
de "terrain", Alain Châtillon nous rapporte ici quelques souvenirs qui
ne manquent pas d'intérêts. Je le remercie chaleureusement de sa participation
à cet interview, qui permettra à bon nombre d'entre nous de se plonger dans une
époque que nous n'avons pas forcément connue
Jean-Patrick
Pourtal : Monsieur Châtillon
bonjour, Outre
le fait que vous avez lancé un forum sur le site concernant le manuscrit de Boudet,
vous êtes un chercheur de la première heure de l’affaire de Rennes-Le-Château.
Pouvez-vous nous dire comment vous avez découvert cette histoire ? Alain
Chatillon : En
Août 1967, en compagnie de quelques membres du fameux « Club des chercheurs
de trésors » dont le Président était Robert Charroux, nous nous efforcions
de localiser un important dépôt sur la plage de Saint Cyprien… un petit homme
se présente à moi sans me connaître et me dit « Je sais où se trouve un fabuleux
trésor dans les montagnes pas très loin d’ici … » Intrigué, le lendemain
même je faisais connaissance de Rennes le Château dont je n’avais jamais entendu
parler avant. Le petit homme de Mulhouse qui fumait comme un pompier s’appelait
Mr Soudieu, Charles Soudieu … un nom qui m’a toujours semblé étrange, comme si
l’on m’avait envoyé un messager pour me transmettre un secret. C’est ainsi que
je fut littéralement happé par ce haut lieu où j’ai vécu pendant plus de 25 années
une fantastique aventure qui n’est toujours pas achevée, car comme vous le verrez
en final je compte bien y retourner…. Le plus tard possible. JPP :
L’époque à laquelle vous avez
commencé vos recherches correspond à la grande vague des chercheurs de Rennes-Le-Château,
quelle était l’ambiance du village à cette époque ?
Alain Chatillon :
L’ambiance
était fantastique surtout pendant les mois d’été où les chercheurs
se rencontraient en plus grand nombre. Côté villageois, c’était
très différent bien sûr. Certaines animosités se faisaient sentir,
surtout chez les jeunes du village qui, frustrés, tentaient de se
faire respecter par les nouveaux qu’ils considéraient comme des
étrangers venus tout casser. Le Maire, Monsieur Henry Lembège, un
sympathique personnage, était entre deux chaises ; il n’habitait
pas le village et d’autre part nous vendait la dynamite nécessaire
aux nombreux percements … alors quelques fois lui aussi était pris
à parti par les « réfractaires » du village.
JPP :
Je suppose que vous ne deviez
pas être le seul chercheur sur les lieux. Comment étaient les rapports entre chercheurs ?
Alain Chatillon :
Les équipes
se côtoyaient sans aucun problème. Il y avait l’équipe « Doumergue »
qui avait établi son quartier général dans une maison lui appartenant
(angle de la Grande Rue avec la Rue de l’Eglise). Un endroit stratégique
de première importance collé au jardin de rocailles. Cette équipe,
durant les années 66 à 71, fut la plus active dans ses recherches
et les percements de souterrains. Il y avaitl’équipe Buthion, l’équipe
des Toulousains, l’équipe Lecousse et à partir de 69 l’équipe « AC »
tel que me désigne Mr Descadeillas dans son ouvrage « La mythologie
du trésor de Rennes le Château ». De plus, bien des isolés
menaient leurs propres recherches sans attirer autrement l’attention
mais je dois dire que les « Grandes Équipes ou Compagnies »
étaient plutôt tapageuses et bruyantes car la dynamite et les marteaux
piqueurs … pour ce qui est de la discrétion .. Ça n’est pas très
adéquat.
JPP :
Aviez-vous entre vous un
esprit collégial ou était ce chacun pour soi ?
Alain Chatillon :
Les équipes
collaboraient entre elles. Par exemple mon groupe constitué d’une
dizaine de personnes pendant les mois de juillet et août s’est joint
à l’équipe Doumergue durant les années 69 à 71 pour finir le souterrain
qui partait de ses murs, passait sous le jardin de rocaille, sous
la sacristie pour aboutir au dessous de l’église à 1 mètre environ
du maître hôtel (il y avait aussi un autre conduit secondaire qui
partait sous le Christ en croix du jardin). C’était un travail harassant,
à quatre pattes dans un conduit étriqué avec le bruit du marteau
piqueur, la poussière des tirs… et les alertes perpétuelles. On
tirait les gravas avec l’aide d’une petite caisse en bois et d’un
système de va et vient à corde … c’était folklorique ! On à réussi
à extraire plus de 60 m3 de pierre avec ce système qu’on stockait
dans l’arrière cour de la maison … un énorme tas de pierre.. la
foi nous animait et nous aurions pu faire un trou jusqu’à Couiza
si le temps ne nous avait pas manqué …car fin Août tout le monde
repartait à ses occupations professionnelles.
JPP :
Comment les habitants du
village vous percevaient il ? A votre avis, étiez-vous pour eux, de doux
rêveurs ou de dangereux fous dangereux ? Alain
Chatillon : Comme
je l’ai déjà souligné plus haut, une certaine animosité parfois belliqueuse animait
quelques jeunes natifs du village, ils se considéraient un peu comme les gardiens
du lieu, un lieu sacré à leurs yeux que l’on violait sans leur demander leur avis.
Dans les propriétés privées ils ne pouvaient pas intervenir mais ils surveillaient
étroitement l’église, le jardin de rocailles, le cimetière et les cavités sous
roche ; lieux assidûment fréquentés par les chercheurs. Il n’était pas rare
de voir le matin venu, l’un de nos conduits souterrains défoncé. Ils appelaient
la Gendarmerie mais nos « équipes de secours » avaient tôt fait de reboucher
avant l’arrivée de la maréchaussée … C’était une petite guerre d’escarmouches
qui a laissé aux uns et aux autres d’excellents souvenirs … et avec le temps nous
sommes tous devenus de très bons amis. Ami Delmas te souviens-tu ? JPP :
Lorsque l’on fait partie d’un groupe, quelque
qu’il soit, on a tendance à se regrouper dans un lieu, à Rennes-Le-Château les
chercheurs que vous étiez avaient ils un port d’attache ?
Claire
et Alain Chatillon :
La maison de mon voisin Doumergue
recevait couramment 10 à 15 personnes et la mienne voisine autant.
Les réunions étaient donc animées chez les uns ou les autres mais
dès 69 nous avons commencé à nous réunir à « l’Hôtel de la
Tour » tenu par le tout nouveau propriétaire Mr Henry Buthion.
Ce lieu devint le point de rencontre incontournable des chercheurs,
curieux et aventuriers de tout bord. Durant les mois de Juillet
et Août nous y allions déjeuner ou dîner tous les jours. Pour un
motif ou un autre les fêtes étaient constantes et les bouchons de
blanquette sautaient allègrement dans les frondaisons des arbres
du parc. Si le temps se faisait maussade nous descendions dans la
salle du bas ou prenions le temps de commenter la dernière découverte
réunis autour de la cheminé. Notre ami Henry Buthion était bien
sûr de toutes les parties et nous apprécions ses prestations et
sa gentillesse. Un personnage hors du commun. Je ne manquais jamais
au fil des années, de lui souhaiter dignement son anniversaire par
de grandioses fêtes dans le parc (au dessus des trous) dont beaucoup
d’adeptes se souviendront encore… C’était une autre époque.
JPP :
Vous avez connu les retombés des livres de
Gérard de Sède, l’avez-vous rencontré et, si oui, que vous est-il resté de cette
rencontre ? Alain
Chatillon : Dès la parution
du livre de Gérard de Sède, les visiteurs se sont pressés en masse à Rennes. L’ « Hôtel
de la Tour » affichait « Complet » et il devenait difficile de
trouver une place pour parquer sa voiture. J’ai brièvement rencontré G. de Sède
dans un café de la place de la Bourse à Paris en 69. Il ne m’a pas paru apprécier
quelques questions que je lui destinais car c’est lui qui d’ordinaire les posait
… et quand je lui ai parlé du livre de Boudet en lui indiquant que je détenais
un original … ce fut le coût de grâce. Prétextant son horaire il se leva brusquement
sans autre forme de courtoisie pour rejoindre ses bureaux situés à quelques pas
de là. Je l’ai croisé quelques autres fois à Rennes mais sans lui rappeler notre
première rencontre qu’il n’avait certainement pas appréciée. JPP :
Pour rester parmi les auteurs, avez-vous
également rencontré Henry Lincoln et que pensez-vous de ses ouvrages ? Alain
Chatillon :
Je connais bien Henry Lincoln et nous nous
sommes vus à plusieurs reprises au cours de ses voyages à Rennes où il venait
toujours déjeuner à la maison. Ses ouvrages ont été écrits dans un esprit purement
anglo-saxon et n’auraient jamais rencontré en France le succès qu’ils ont trouvé
en Angleterre et aux USA. Quant aux thèmes développés par l’auteur .. je m’abstiendrais
de faire un commentaire s’agissant d’un ami.
JPP :
En temps que
chercheur de terrain, il ne fait aucun doute que vous optez pour
un trésor de valeur négociable à Rennes-Le-Château. Pour vous qu’elle
est ou sont les origines de ce trésor ?
Alain Chatillon :
Avant de creuser
un trou creusez vous la tête ; c’est pas génial mais c’est
beaucoup plus sûr. J’ai donc repris l’histoire dans un tout autre
sens ... le bon sens. Si un trésor existait en ce lieu, un si grand
trésor que beaucoup s’en étaient servis au cours des temps et qu’il
y en avait encore à la mort du dernier découvreur, l’abbé Bérenger
Saunieres décédé en 1917, cela voulait dire que le magot devait
être de taille et bien caché ....alors j’ai cherché quelle était
la provenance de cet énorme dépôt qui n’avait pas du passer inaperçu
tant il devait être impressionnant ... et voilà ce que j’ai trouvé.
A Toulouse en 105 avant
Jésus Christ ... Un Proconsul Romain du nom de Cæpion a retiré du
lac votif dédié à ce lieu plus de 80 tonnes d'or et d'argent refondues
immédiatement pour beaucoup en lingots, lesquels ont disparus durant
leur transport vers le port de Narbonne où l'on devait les acheminer
à Rome chargés sur les galères de l’Empire - Historiquement reconnu
par Justin, Ciceron, Strabon, Aurélius Victor et bien d’autres auteurs
antiques. Le nom de Gallia Aurifera donné par César dans ses commentaires
au sujet de cette région ne serait d’ailleurs pas étranger à cet énorme
dépôt connu de tous sous l’antiquité et dont je vous conterai prochainement
l’origine dans un autre récit. Mais revenons aux « bandits de grand
chemin ». Les détrousseurs n’étaient autres en fait que les propriétaires,
je veux dire par là que les Tectossages de Tolosa s’étaient divisés
en deux clans, les pro-Romains qui avaient fait pacte avec l’envahisseur
(on aurait pu dire des collabos) et les anti (les maquisards en quelque
sorte). Avec l’accord des premiers l’avide Proconsul, contre belles
promesses, s’était emparé du butin, que les seconds (les maquisards
Tectossages dissidents) lui ont repris sur le chemin de Narbonne.
Toute la partie Nord de l’axe Toulouse Narbonne ainsi que les plaines
de la côte étaient entièrement aux mains des Romains qui y maintenaient
de nombreuses garnisons, fermes et villas (domaines). Attaquer le
convoi qui charriait une pareille quantité de métal ne devait pas
être chose facile. Il devait être très protégé. La seule voie possible
pour amener une troupe suffisante sans être vu (ce qui conditionnait
le succès de l’embuscade), s’emparer du butin et s’en retourner rapidement,
protégé par les défilés montagneux facile à contrôler par un petit
nombre ; c’était la vallée de l’Aude. Certains auteurs ont indiqué
que le trésor aurait été repris par les Cimbres lors de la fameuse
bataille d’Orange où les Romains ont essuyé une cuisante défaite !
Pourquoi aller se perdre à Orange alors que Narbonne était si proche
d’autant que les Romains sachant qu’ils devaient livrer bataille n’avaient
certainement qu’une seule idée ; se débarrasser au plus vite de cet
encombrant transport qui les rendait vulnérables. Que Cæpion ait perdu
sa propre part du butin (qui devait l’accompagner c’est logique) lors
de cette défaite, c’est encore plausible mais le gros du magot n’est
jamais arrivé ni à Narbonne ni à Orange ni bien sûr à Rome... Il s’est
volatilisé en route.
JPP :
Bérenger Saunière est le
personnage central de cette extraordinaire affaire, comment le dépeindriez-vous ? Alain
Chatillon : Bérenger
Saunière n’a rien pour moi du personnage central de cette affaire. C’est un aventurier
qui à su profiter d’un contexte. Ainsi se fait l’histoire. Le principal acteur
est encore inconnu mais beaucoup ont désiré se faire valoir comme tel. Il manque
bien des pages de l’histoire de Rennes le Château pour que nous puissions nous
prononcer aujourd’hui. JPP :
Votre volonté d’avoir lancé le Forum n°08,
« Le manuscrit de l’Abbé Boudet », nous montre l’intérêt que vous portez
à ce prêtre. A votre avis, de quelle manière Boudet était-il impliqué dans l’affaire ?
Alain Chatillon :
Je dirais simplement que Boudet
était le dernier « détenteur ou dépositaire » et qu’il se devait
de transmettre à son tour le secret. Les pistes anciennes ayant
été brouillées ou détruites il a donc fallu reconstruire un nouveau
« jeu de pistes ». Il a cru un moment en Saunière mais très vite
il a rebroussé chemin devant ce personnage plus opportuniste et
dispendieux qu’il ne l’avait imaginé. De nos jours c’est un secret
de Polichinelle que de dire qu’à Rennes le Château il y a un trésor
… il est sous l’église à plus de 25 mètres de profondeur … Les questions
sont de plusieurs ordres : Comment y accéder, par quel moyen légal
et que va t-on en faire ?
JPP :
L’abbé Boudet a écrit son fameux livre « La
vraie Langue Celtique … », qu’elle est votre opinion sur ce livre ?
Alain Chatillon :
C’est la manière
qu’il a utilisé pour attirer l’attention du lecteur perspicace.
Ce n’est que le début du jeu de piste. Cromlech…. Avez vous pensé
à ce que cela peut bien vouloir dire dans la bouche de cet étrange
auteur ?… Ça fini par « le Ch », abréviation de « le Château »,
je vous laisse le soin de trouver la solution. Le cromlech de Rennes
les bains est en fait une manière de dire qu’il faille se rendre
aux bains sous la croix à R le Ch. La croix sacrée c’est l’église
bien sûr et le bain se trouve au dessous. Ne pas oublier que Rennes
le Château, piton élevé en plein dans les rocailles arides, profite
d’une source intarissable et d’un jeu de galeries souterraines inondées
dont le parcourt sinueux doit être des plus intéressant.
JPP :
Revenons à notre époque
moderne ; actuellement « Rennes-Le-Château » fait fureur sur le
Net. Il est remarquable, qu’outre les sites Français, les Internautes étrangers
se passionnent pour cette affaire. Que pensez-vous de cet engouement sur l’Internet ? Alain
Chatillon : Internet
est un moyen de communication d’une puissance phénoménale qui favorisera à n’en
pas douter dans les prochaines années le développement de Rennes le Château qui
doit rentrer dans une nouvelle aire car l’aventure que j’y ai vécu n’est plus
compatible avec notre époque … La dynamite est révolue, c’est le temps des scientifiques
qui prend le relais. JPP :
Pensez-vous que les sites Internet
traitant de l’affaire soient en mesure de générer une forte avance dans l’explication
de l’affaire ?
Alain Chatillon :
Rennes
le Château est populaire sur Internet soit … mais les sujets abordés
sont dans l’ensemble extrêmement vagabonds autour du sujet principal
et peu cartésiens … Dite une grosse vérité sur Internet et justement
personne ne la prendra au sérieux … Si c’est vrai pourquoi le dire
à tout le monde ; C’est peut être là le secret, dire ce que l’on
a envie de dire sans que les autres y croient !
JPP :
Enfin, une dernière question :
Quels sont vos futurs projets relatifs à Rennes-Le-Château ?
Alain Chatillon :
Le nouveau Maire
Monsieur Jean-François Lhuilier, doit être aidé dans ses projets.
A Rennes le Château ça bouge beaucoup. J’y ai toujours un lopin
de terre sous forme d’une concession au cimetière, juste au-dessus
de moi je pourrai voir les étoiles défiler dans leur course incessante
hors du temps et surveiller de près la constellation du Centaure
.. Tonne le ciel ou brille le soleil, là je serai. Si le village
a respecté ma propriété perpétuelle et pour peu que le Maire me
le demande, je ferai don à la Commune de Rennes le Château de l’original
du manuscrit de Boudet en ma possession (bien gardé dans un coffre
en Suisse). Il devra être exposé dans les règles de l’art et bien
gardé. Je suis persuadé qu’il attirera de très nombreux visiteurs.
JPP
: Je vous remercie de votre collaboration
à ce jeu de questions-réponses. A
bientôt sur le Site. |