|
Mai
2000
Je
tiens vivement à remercier Madame et Monsieur Captier d’avoir bien
voulu répondre aux quelques questions que je leur ai posé.
Pour
ceux qui, peut-être, ne le savent pas, Madame et Monsieur Captier
font partis des rares personnes qui ont connu Marie Dénarnaud. Madame
Captier, parcequ’elle est la fille de Noël Corbu, qui acheta en
viager le domaine à Marie Denarnaud, et Antoine Captier parcequ’il
était un enfant du pays qui rencontrait fréquemment « mademoiselle
Marie ».
Je suis très content de pouvoir amener au Site un témoignage de
premier ordre, qui, vous le verrez, recadre plusieurs choses.
J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire ces quelques lignes
que moi à les avoir écrites
Je vous rappelle que Claire et Antoine Captier sont les auteurs
de l'ouvrage : "L'Héritage de l'Abbé Saunière" édition
Bélisane
Jean-Patrick
Pourtal : Tout d’abord je
tiens à vous remercier d’avoir accepté de répondre à quelques questions
relatives à cette passionnante histoire de Rennes-Le-Château. Vous
êtes, Monsieur Captier, un enfant de Rennes-Le-Château je crois
?
Antoine
Captier : Je suis né à Rennes le
Château en 1937 où ma famille est implantée depuis le XVII° siécle. J' y ai passé
toute ma petite enfance. Après mes études et
mon service militaire, je suis venu m' installer dans la maison de mes parents
qui avaient quitté Rennes. JPP :
Si mes souvenirs sont bons, Madame Captier, c’est
en 1946 que Marie Dénarnaud, fait de votre père, Noël Corbu, son légataire Universel
sous l’égide d’un viager, pouvez nous dire comment était Marie Denarnaud lors
de votre arrivée au domaine ?
Claire Captier :
Lorsque nous sommes venus
habiter à la villa Béthanie, Mademoiselle Marie, comme nous l' appelions,
était déjà âgée de soixante dix huit ans. Elle était de petite taille,
plutôt menue et se tenait un peu voûtée. Malgré son grand âge elle
était restée très alerte et parfaitement lucide.
JPP :
En temps qu’enfant du village, Monsieur Captier,
vous avez donc toujours connu Marie Dénarnaud. Comment l’enfant que vous étiez
la voyait-il ?
Antoine Captier :
Marie Dénarnaud accueillait
volontiers les jeunes enfants du village chez elle ; il n' était
pas rare qu' elle nous offre des sucreries, des timbres ou des cartes
postales pour nous faire plaisir. Toutefois, peut être parce que
j' étais particulièrement craintif, il m'arrivait de m' enfuir lorsqu'
elle m' appelait.
JPP :
Madame Captier, Marie Denarnaud a partagé votre
vie jusqu’à son décès. Comment était-elle intégrée dans la vie familiale ? Claire
Captier : Mademoiselle Marie
était très méfiante car beaucoup de personnes avaient abusé de son hospitalité
ou lui avaient dérobé des objets. Elle continua à vivre seule au presbytère tant
que son état de santé le lui permit. Peu à peu elle s'habitua à nous et prit l'habitude
de venir le soir bavarder un moment avec nous. Elle était très heureuse d'avoir
auprès d'elle une famille avec deux jeunes enfants. JPP :
Monsieur Captier,
lors de votre enfance Marie Dénarnaud parlait-elle de sa vie avec Bérenger Saunière ? Antoine
Captier : Je
n' ai pas souvenir d'avoir entendu Marie Dénarnaud parler de sa vie avec l' abbé
Saunière. JPP :
Cette question s’adresse à l’un et l’autre. Il a été souvent
rapporté que Marie Dénarnaud se rendait deux fois par jour sur la tombe de Bérenger
Saunière, comment expliquez-vous une aussi grande fidélité post mortem ? Claire
et Antoine Captier : Mademoiselle
Marie se rendait quotidiennement, quelque soit le temps, sur la tombe de l' abbé
qu' elle appelait " son cher disparu". Très pieuse, elle continua toute
sa vie à vénérer le souvenir du prêtre qu' elle avait fidèlement servi pendant
une trentaine d'années. JPP :
Toujours à propos de Marie Dénarnaud, pouvez-vous nous
éclairer sur le point suivant : A son arrivée, Marie Dénarnaud n’avait que
dix-huit ans. C’est un âge bien jeune pour être bonne du curé, comment expliquez-vous
cela ? D’autre part, il est dit que sa famille partageait la vie de Bérenger
Saunière, ce qui pouvait expliquer le fait que l’abbé et Marie Dénarnaud partagent
le même toit. Pourtant, près de l’église, une maison en ruine existe, j’ai toujours
entendu dire que c’était celle des parents de Marie, alors qu’elle est la bonne
version ? Antoine
Captier : Lorsque
l'abbé Saunière prit possession de la cure de Rennes le Château en I885, le presbytère
étant inhabitable, il prit pension, comme son prédécesseur, chez la famille Dénarnaud
qui habitait depuis 1878 la maison aujourd'hui démolie qui se trouve à l' angle
du jardin de l'abbé en face de la villa Béthanie. C'est la mère de Marie, Alexandrine
qui était alors la servante attitrée du prêtre desservant la paroisse. Ce n'est
que vers 1891 que Melle Marie, qui travaillait jusqu'alors à l'usine de Chapeaux
d' Espéraza avec son frère et son père, commença à seconder sa mère dans sa fonction
auprès de l'abbé. C'est également dans cette période que la famille Dénarnaud
s'installa avec l'abbé au presbytère qui fut définitivement restauré en I897.
JPP :
Je suppose, Madame Captier, que vous
avez du souvent parler avec Marie Dénarnaud au cours de votre enfance
et de votre jeunesse. Dans quels termes évoquait-elle le passé au
temps de Bérenger Saunière ?
Claire
Captier : Il m'arrivait fréquemment
de bavarder avec Melle Marie mais lorsque je lui posais certaines questions concernant
l'abbé Saunière, elle déviait habilement la conversation sur un autre sujet. Ce
que j'ai appris sur son passé du temps de l'abbé Saunière c'est à travers ses
brouillons de lettres que j'ai consultés après sa mort. JPP :
Monsieur Captier, une légende nous rapporte
le fait que Marie Dénarnaud aurait, à la libération, brûlé de nombreux billets
de banque en raison de leur mise hors circulation. Pouvez-vous nous confirmer
ou infirmer cette légende ? Antoine
Captier : La légende qui rapporte
que Marie Dénarnaud aurait brûlé des billets de banque à la Libération s'inspirerait
du fait, bien réel celui-ci , qu'elle a effectivement mis le feu à de nombreux
papiers dans le parc peu de temps après la mort de l'abbé afin de les soustraire
à la curiosité des nombreux visiteurs, notamment des prêtres, qui affluèrent à
ce moment là. Mon père, alors âgé de 18 ans qui aida Marie Dénarnaud dans
cette tâche m'avait précisé que parmi ces papiers figuraient entre autres des
liasses de bons d'emprunts Russe. D'où la confusion ,volontaire probablement de
certains auteurs, avec cette légende sur la destruction de nombreux billets de
banque....en raison de leur mise hors circulation. JPP :
Madame Captier, restons dans la légende et tentons
de l’éclaircir. Est-il vrai que Marie Denarnaud avait promis à votre Père, Noël
Corbu, qu’elle lui révélerait un secret qui ferait de lui un homme puissant au
moment de sa mort ? Claire
Captier : Au début de notre installation
dans le domaine, mon père avait monté une affaire industrielle au Maroc. Pour
des raisons politiques, il connut des difficultés financières. Melle Marie, le
voyant soucieux, lui confia à plusieurs reprises : "
Ne vous faîtes pas tant de soucis, mon bon Noël,....un jour je vous dirai un secret
qui fera de vous un homme riche...trés riche!" C'est
textuellement les paroles qu'elle a prononcé. Elle n'a jamais dit "puissant"
JPP :
N’êtes-vous pas étonné par le terme « puissant »
plutôt que « riche » ? Claire
Captier : Il paraît
évident que le terme "puissant" a été rajouté intentionnellement par
certains. Melle Marie, qui était peu instruite, n'aurait sans doute utilisé ce
mot que dans sa signification de "force" et non de "pouvoir". JPP :
Madame Captier, un fait m’a toujours surpris, avant la
mort de Marie Dénarnaud, personne n’avait quasiment jamais entendu parler de Rennes-Le-Château
et son étonnant curé. Après sa mort, c’est le rush ! Pensez-vous que ce soit
simplement du au fait que votre Père, ait créé sa
bande enregistrée qu’il diffusait dans son restaurant ? Claire
Captier : Il est certain que mon
père a joué un rôle "déclencheur" de cette affaire en la faisant connaître
au grand public par la presse dés 1955, puis la télévision en 1961.Mais ce
sont les livres à grand tirage qui ont rendu cette histoire mondialement célèbre.
Cependant quelques personnes, que nous avons rencontrées
par la suite, s'intéressaient déjà, dés 1928 à cette affaire et avaient rendu
visite à Melle Marie. JPP :
D’autre part, c’est également peu de temps après
la mort de marie Denarnaud que l’on voit apparaître les premières photographies
de Bérenger Saunière. Or, avec le temps nous savons que ces mêmes photographies
sont celles de son frère Alfred, comment, à votre avis pouvons-nous expliquer
cette mystification ? Et dans quel but ? Antoine
Captier : Dans
les documents que nous a légué Melle Marie, figurent les deux portraits originaux
que nous avons nous mêmes considérés comme étant ceux de Bérenger Saunière. Mais
en fait, il est fort probable qu'il s'agisse de son frère Alfred comme l'affirment
certains En ce qui nous concerne il s'agirait tout simplement d'une erreur et
non d'une mystification.… JPP :
Marie Dénarnaud est morte
en 1953, Monsieur Corbu à vendu le domaine de Bérenger Saunière à Monsieur Buthion
en 1966. Vous avez donc vécu « la folle époque » des chercheurs de trésor
sur Rennes-Le-Château comment cela se passait-il ?
Antoine Captier :
Dés que Monsieur Corbu a fait
connaître cette histoire du" curé aux milliards " de nombreux chercheurs
et clients ont afflué à Rennes. Il s'agissait surtout de radiesthésistes
qui cherchaient isolément et en cachette la plupart du temps. Nous
avons gardé de très bon souvenirs de cette période car tout se passait
dans une ambiance saine car le trésor de l'abbé Saunière n'avait
rien de maléfique.
JPP :
Vous vous êtes connus, l’un et
l’autre à Rennes-Le-Château ; étant jeune vous arrivait il
de chercher « le trésor » ensemble ?
Antoine
Captier : Nous avons , comme bien
d'autres jeunes du village, couru la campagne à la recherche du "trésor".
Mais c'était par amusement, un but de promenade et l'occasion d'explorer les grottes
des environs. Mais c'est vrai que déjà nous tracions des "triangulations"qui
nous ont permis de découvrir des croix gravées ou des inscriptions. JPP :
Une dernière question avant de vous remercier.
Dans votre vie courante, « l’héritage de l’Abbé Saunière » n’est-il
pas trop lourd à porter ? Antoine
Captier : "L" héritage de l'abbé
Saunière" comme vous dîtes, n'est pas un lourd fardeau pour nous. Cela nous vaut
plutôt des rencontres intéressantes avec des personnes passionnées par cette affaire. Il
reste cependant que nous poursuivons des recherches personnelles sur cette
affaire que nous aimerions élucider complètement. JPP
: Je tiens à vous remercier l’un et l’autre de votre sympathie
et de votre participation à la vie du Site « Rennes-Le-Château le Dossier » |