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J. A. Sipra
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La relation détaillée de ces dramatiques événements est donnée dans "l'Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain", du très érudit historien Edward Gibbon (1737-1794). Celui-ci se réfère à des sources byzantines, à vrai dire très peu connues du public, que sont les historiens Zosime et Zonaras. On sait peu de chose sur ce Zosime, sinon qu'il était comte et ancien avocat du fisc, et qu'il vécut au Moyen-Orient et à Constantinople. Le manuscrit de son oeuvre, intitulée "l'Histoire Nouvelle", daterait des environs de l'an 500. Quant à Zonaras, historien grec né vers 1130 à Constantinople et auteur d'un "Manuel d'Histoire Universelle", il est pour nous d'un intérêt secondaire dans la mesure où il ne contredit pas son précécesseur.
Puisque Zosime, en l'état actuel de la question, semble constituer la source originale, intéressons nous donc à son Histoire Nouvelle. Dans le livre II, après avoir narré de façon succinte la prise de pouvoir de Magnence à Autun, il écrit:"...Lorsque Constant apprit cela, il prit des dispositions pour s'enfuir en direction d'une petite ville des Pyrénées; le nom de cette minuscule agglomération est Héléné; mais il fut pris par Gaïson qui avait été envoyé à cette fin avec quelques hommes bien choisis, et tué, tout secours l'ayant abandonné." Ce rapport très laconique, écrit cent-cinquante ans après les faits, permet donc d'échafauder de nombreuses hypothèses quant au lieu supposé du décès. L'une a été émise, il y a quelques années, par les archéologues allemands Hauschild et Schlunk: pour eux, il pourrait s'agir du petit mausolée constantinien de Centcelles, inclus dans le corps d'une grande villa hispano-romaine des environs de Tarragone. Bien que le village le plus proche se nomme Constanti, le fait que ce lieu soit situé à trois cents kilomètres au delà des Pyrénées entame très fortement la crédibilité de cette conjecture.
Par contre, il est possible de présenter plusieurs observations, logiques et convergentes, qui semblent nécessaires et suffisantes pour accéditer, avec une meilleure probabilité, l'hypothèse du décès de Constant dans les très proches environs de Rhedae. 

Elles sont les suivantes:
·Rennes-le-Château le Dossier : Autun, la fuite en Egypte Il est évident que Constant, monarque déchu ayant échappé à la mort par miracle, ne pouvait emprunter, dans sa fuite, les grandes artères gallo-romaines - vallée du Rhône puis via Domitia,- dont tous les relais et carrefours devaient, en la circonstance, constituer pour lui autant de pièges. Son cheminement, parallèle au précédent, aurait dû logiquement répondre aux critères suivants: être le plus court possible, situé hors des sentiers battus et permettre un possible franchissement des cols pyrénéens en hiver. Or il existe un itinéraire qui, venant d'Autun à travers le Massif-Central, permet de passer les Pyrénées orientales par certains cols souvent accessibles l'hiver. Dans son tronçon terminal, il emprunte l'antique voie celtibère, devenue une strata romaine secondaire, qui reliait Carcassonne à Urgel et Lérida, ou encore à Ausona (Vich) et Barcelone. Elle cheminait parallèlement à la rivière d'Aude et passait à Rhedae, au pied de laquelle elle croisait une voie transversale reliant Narbonne à Lugdunum Convenarum, l'actuel Saint Bertrand de Comminges. Un bien dangereux carrefour en vérité !
· La situation exacte du lieu du régicide n'est pas indiquée par Zosime. Son texte doit donc être interprété en fonction de ivirent ce décès, permet d'inférer que la dépouille fut d'abord inhumée, sommairement, sur le lieu du régicide. En effet, l'usurpateur Magnence réussit à conserver le pouvoir en Gaule jusqu'en 353 puis, en butte à une offensive de Constance, se suicida. En 355, avant de retourner à Constantinople, Constance proclama César son cousin Julien, et celui-ci prit en charge l'administration de la Gaule. Finalement ce dernier revêtit la pourpre à Constantinople en 361, à la mort de Constance. Il est donc vraisemblable que l'édification du mausolée ne débuta qu'après 353, sous la direction de Constance, et se poursuivit après 356 sous celle de Julien. Si l'on se fie aux exemples architecturaux déjà cités, il est probable que l'édifice primitif ne devait comporter qu'une rotonde unique.
Après l'an 440, on peut conjecturer que le roi wisigoth Théodorède de Toulouse, attiré par la topographie favorable et la beauté du site, la présence de ce monument et celle, très proche, du sel et des eaux thermales, fit de Rhedae une cité royale. Puis que le mausolée fut agrandi par ses fils, après la mémorable victoire des Champs-Catalauniques de 451 sur les Huns, et utilisé, dès lors, comme panthéon royal par ces monarques que l'historien Herwig Wolfram, auteur d'une récente histoire des Goths qui fait autorité, qualifie de dynastie des "jeunes Balthes."Rennes-le-Château le Dossier : Le baptème de Clovis

Malheureusement, ce lieu réunissait, dès l'origine, toutes les conditions pour être frappé de malédiction par l'Eglise. En effet, les dits événements se déroulaient à une époque où catholiques et ariens se livraient auprès des empereurs successifs, à Constantinople, à une lutte sans merci pour la prééminence du pouvoir spirituel; les prémices du césaro-papisme. Ainsi, les héritiers de Constantin le Grand, baptisé lui-même sur son lit de mort par l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie, ne professaient pas des opinions très catholiques, tant s'en faut! Si le malheureux Constant avait bien embrassé la foi de Nicée, son frère l'empereur Constance était arien. Leur cousin Julien, lui, n'y alla pas par quatre chemins puisqu'il retourna tout bonnement au paganisme; ce qui lui valut son surnom de Julien l'Apostat. Quant aux Wisigoths, leur évêque Wulfila - qui était d'ailleurs un émule d'Eusèbe de Nicomédie,- leur avait aussi insufflé le poison arien dans sa fameuse traduction de la Bible en langue gotique. Et ils persévérèrent dans l'erreur jusqu'au Concile de Tolède de mai 589, au cours duquel le roi Recarède se convertit au Crédo de Nicée.
Cette malédiction des origines explique peut-être que, par une sorte de conspiration du silence des clercs, le nom de Rhedae n'apparaisse dans aucune chronique ancienne, avant celle du missus dominicus Théodulf. Cet évêque catholique wisigoth, proche de Charlemagne, était d'ailleurs venu, en 798, enquêter sur l'étendue des ravages d'une nouvelle hérésie, l'adoptianisme, véhiculée en Septimanie par ses compatriotes hispaniques fuyant la contre-offensive arabe de 780. Avec un passé hérétique aussi chargé, on peut comprendre pourquoi Rhedae - érigée en cité comtale par Charlemagne vers 790,- ne fut jamais un siège épiscopal; et ceci bien qu'elle ait servi de refuge aux archevêques de Narbonne pendant les quarante années de l'occupation musulmane. A ce sujet, on ne peut manquer d'établir un étrange parallèle avec une ancienne cité royale espagnole, aujourd'hui disparue, qui se nommait Récopolis. Créée par le monarque wisigoth arien Leovigild, en 578 dans le haut Tage, elle est connue, tout comme Rhedae, par les seuls écrits d'un évêque catholique wisigoth nommé Jean de Biclar; et, toujours comme Rhedae, elle ne figura jamais dans les "fastes épiscopaux" ibériques.

Jean Alain SIPRA

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