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en 1934 à Espéraza (Aude), Jean Alain Sipra est Ingénieur Militaire retraité (Branche
Aéronautique et spatiale) et ancien pilote. Histoire
ancienne de Rennes-le-Château L'énigme
des origines  La
preuve de l'existence passée d'une ancienne et importante agglomération humaine
sur l'emplacement étendu du village de Rennes-le-Château - la mystérieuse cité
de Rhedae,- est confortée par une photographie aérienne, prise par l'I.G.N en
juillet 1980. Ce cliché, identifié et publié dans "La Cité du Chariot",
ouvrage de lauteur publié en 1986 aux Editions Privat, fait en effet apparaître,
par un défaut de pousse des cultures - en archéologie aérienne "crops marks",-
la présence d'une importante structure enterrée au lieu dit "le Mounas".
Pour les habituels sceptiques, dont la plupart n'avaient d'ailleurs absolument
aucune connaissance en la matière, tout cela ne pouvait être que le fruit d'une
pure élucubration! Or il se trouve que lors d'une plantation d'arbres d'ornement,
effectuée sur l'emplacement présumé des vestiges enterrés, fut mise à jour, à
très faible profondeur, une substructure pierreuse artificielle contenant un élément
architectural aisément identifiable: un claveau de porte ou de fenêtre. Conformément
à la loi de du 27 septembre 1941 portant réglementation des fouilles archéologiques,
cette découverte présumée fortuite a fait l'objet de ma part, en octobre 1995,
d'une déclaration en bonne et due forme à l'Administration. Le présent article
est inspiré d'un document qui, à cette occasion, a été adressé à la Direction
Régionale des Affaires Culturelles, et dont la première partie, de nature trop
technique, n'a pas été incluse ici. La décision de pratiquer un simple et peu
coûteux sondage de vérification appartient donc à cet organisme étatique.
Résultats
de l'étude du cliché aérien A
première vue, ce cliché se présente comme une sorte de radiographie du sous-sol.
Une analyse physique et mathématique de ce phénomène visuel, lié à l'hygrométrie
des sols, indique la présence de vestiges enterrés. Ensuite, une reconnaissance
de forme et l'établissement d'un modèle d'identification, effectués
au moyen d'outils informatiques adaptés, montrent que ces vestiges sont probablement
ceux d'un édifice composite, de plan central circulaire et de très grandes dimensions.
Cette
structure se compose de deux éléments circulaires sécants - en forme de huit,-
terminés à l'ouest par une abside. La grande rotonde, située à l'est, a un diamètre
d'environ 56 mètres - comme le Panthéon de Rome,- alors que celle qui lui est
accolée ne mesure que 32 mètres. La longueur de l'ensemble, abside comprise, est
d'environ 91 mètres, et la surface totale de l'emprise est de l'ordre de 3000
mètres carrés. Enfin, cette structure présente deux autres singularités. D'une
part l'axe de symétrie longitudinal de l'ensemble est orienté est-ouest
avec une précision remarquable, de l'ordre de 1 à 2 degrés: c'était donc un édifice
chrétien. D'autre part, le rapport de la longueur totale de l'ensemble à celui
de la rotonde principale est très proche du nombre d'or: F = 1,618, ce
qui laisse supposer qu'il s'agissait probablement d'une construction d'époque
gréco-latine.
L'orientation,
des édifices cultuels chrétiens a toujours posé de gros problèmes aux architectes
de l'Antiquité et du Moyen-Age. Il convient de savoir que l'axe de rotation de
la terre - incliné de 23°27' sur le plan de l'écliptique,- décrit dans le ciel
un cercle, dit cercle de précession des équinoxes, qu'il parcourt en 28500 ans
environ. Les deux seules étoiles situées exactement sur ce cercle sont Alpha du
Dragon - appelée Thuban par les astronomes arabes,- qui marquait le nord à l'époque
de la contruction de la Grande Pyramide, et Polaris la bien nommée qui l'indique
de nos jours. Pendant les 4800 ans qui séparent ces deux périodes, les hommes
avaient littéralement perdu le nord. Les architectes et autres méchanikos
byzantins devaient donc, pour déterminer la direction la plus proche possible
du Septentrion - et par déduction du Levant,- se livrer à des visées complexes
sur les levers et couchers d'étoiles circumpolaires. Quant
au fameux nombre d'or, utilisé dans l'architecture par les Grecs et les Romains,
on sait que son utilisation a cessé après l'époque dite des Grandes Invasions,
c'est à dire vers la fin du cinquième siècle.
Bien
que de conception composite, le fait que cette structure soit basée
sur deux éléments de plan central circulaire, et que l'ensemble
soit orienté, permet raisonnablement de l'identifier à une
édifice de parti constantinien, donc chrétien. Il s'agit selon toute
vraisemblance d'un mausolée, dont l'élément de base était une vaste
rotonde, à laquelle a été accolé un second élément du même type,
lui-même prolongé par une abside. Ce qui pourrait laisser préjuger
une durée de construction assez étalée dans le temps. L'archétype
bien connu de ces édifices, religieux et commémoratifs, est la Rotonde
de la Résurrection - ou encore Anastasis,- édifiée sur ordre de
l'empereur Constantin par les méchanikos Zénobius et Eustache,
sur le tombeau du Christ à Jérusalem vers l'an 328. Elle était prolongée,
à l'est, par une basilique à cinq nefs, élevée sur le Golgotha et
dénommée Martyrium. Ces deux édifices étaient disjoints et séparés
par le Saint Jardin.
Ces
éléments d'information permettent de fixer des limites temporelles relativement
précises pour la construction du présent édifice. La fourchette se situe entre
le début du quatrième siècle, Anastasis et mausolées de Sainte-Hélène et Sainte-Constancia
à Rome, et la fin du sixième: mausolée du roi burgonde Sigismund, édifié vers
535 à Genève, mais aujourd'hui disparu. Au quatrième siècle, le Rhedesium était
placé sous la domination romaine, puis il est passé dans l'orbite wisigothique
à partir de l'an 440 environ, et y est demeuré jusqu'à l'invasion arabe du VIII°
siècle. L'existence
passée de ce monument montre donc que l'occupation des lieux pourrait être antérieure
à l'arrivée des Wisigoths. D'autre part, l'importance de ses dimensions indique
qu'il ne peut s'agir que d'un mausolée royal ou impérial. Si c'est bien le cas,
il semble possible d'échafauder une conjecture sur son origine et sa raison d'être,
et cela à partir d'une constatation pour le moins paradoxale: celle de sa bizarre
situation géographique. Pourquoi un monument de cette importance a-t-il pu être
édifié en un lieu montagneux aussi isolé et désert? De toute évidence, il devait
exister un fait générateur ne pouvant procéder que de l'inévitable influence
que le hasard exerce, quelquefois, sur le déroulement de l'Histoire! C'est
ainsi qu'une hypothèse intéressante consiste à y reconnaître le lieu où aurait
pu être inhumé l'empereur romain Constant 1°, assassiné en mars 350. En effet,
à peu de distance au nord de Rennes-le-Château se trouve un village nommé Coustaussa.
La forme la plus anciennement connue du toponyme, répertoriée par le savant bénédictin
dom Vaissette, n'est autre que "Villa que
vocatur Constantianum". Cette expression contient le suffixe -anum
qui, si l'on se fie à l'éminent philologue Charles Rostaing, est caractéristique
des toponymes de formation proprement latine. On voit ensuite qu'il s'agit d'un
lieu que l'on pourrait qualifier de typiquement constantinien, puisque la traduction
de cette expression est: Villa qui est appelée de Constant (ou peut-être
de Constance car les deux génitifs, Constantis et Constantii, sont très proches.)
Le
tombeau d'un grand Romain
Constant
1°, le plus jeune des fils de Constantin le Grand, avait été fait
César en 337, en même temps que ses frères Constantin dit "le
Jeune" et Constance, et portait le titre d'Imperator Caesar
Flavius Iulius Constans Augustus. Maître de la pars occidentalis de l'empire après qu'il eut fait assassiner son frère Constantin,
il était connu pour ses moeurs dépravées qui étaient devenues objet
de scandale. Il tenait sa cour à Autun lorsqu'il fut détrôné, le
18 janvier 350, par un général barbare nommé Magnence. Ayant réussi
par miracle à échapper au sort funeste qui lui était promis, il
fuyait vers l'Espagne - sans doute pour y embarquer pour Constantinople,-
lorsqu'il fut rejoint par un groupe de cavaliers, dans le piedmont
pyrénéen, et assassiné ou contraint de se donner la mort. Depuis,
de nombreuses personnes ont cherché, en vain, à localiser le lieu
où repose la dépouille du jeune empereur qui n'avait que vingt-sept
ans lors de son décès.
La
relation détaillée de ces dramatiques événements est donnée dans
"l'Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain",
du très érudit historien Edward Gibbon (1737-1794). Celui-ci se
réfère à des sources byzantines, à vrai dire très peu connues du
public, que sont les historiens Zosime et Zonaras. On sait peu de
chose sur ce Zosime, sinon qu'il était comte et ancien avocat du
fisc, et qu'il vécut au Moyen-Orient et à Constantinople. Le manuscrit
de son oeuvre, intitulée "l'Histoire Nouvelle", daterait
des environs de l'an 500. Quant à Zonaras, historien grec né vers
1130 à Constantinople et auteur d'un "Manuel d'Histoire Universelle",
il est pour nous d'un intérêt secondaire dans la mesure où il ne
contredit pas son précécesseur.
Puisque
Zosime, en l'état actuel de la question, semble constituer la source
originale, intéressons nous donc à son Histoire Nouvelle. Dans le
livre II, après avoir narré de façon succinte la prise de pouvoir
de Magnence à Autun, il écrit:"...Lorsque Constant apprit cela,
il prit des dispositions pour s'enfuir en direction d'une petite
ville des Pyrénées; le nom de cette minuscule agglomération est
Héléné; mais il fut pris par Gaïson qui avait été envoyé à cette
fin avec quelques hommes bien choisis, et tué, tout secours l'ayant
abandonné." Ce rapport très laconique, écrit cent-cinquante
ans après les faits, permet donc d'échafauder de nombreuses hypothèses
quant au lieu supposé du décès. L'une a été émise, il y a quelques
années, par les archéologues allemands Hauschild et Schlunk: pour
eux, il pourrait s'agir du petit mausolée constantinien de Centcelles,
inclus dans le corps d'une grande villa hispano-romaine des environs
de Tarragone. Bien que le village le plus proche se nomme Constanti,
le fait que ce lieu soit situé à trois cents kilomètres au delà
des Pyrénées entame très fortement la crédibilité de cette conjecture.
Par
contre, il est possible de présenter plusieurs observations, logiques
et convergentes, qui semblent nécessaires et suffisantes
pour accéditer, avec une meilleure probabilité, l'hypothèse du décès
de Constant dans les très proches environs de Rhedae.
Elles sont les suivantes:
·
Il est évident que Constant, monarque déchu ayant échappé à la mort par miracle,
ne pouvait emprunter, dans sa fuite, les grandes artères gallo-romaines - vallée
du Rhône puis via Domitia,- dont tous les relais et carrefours devaient, en la
circonstance, constituer pour lui autant de pièges. Son cheminement, parallèle
au précédent, aurait dû logiquement répondre aux critères suivants: être le plus
court possible, situé hors des sentiers battus et permettre un possible franchissement
des cols pyrénéens en hiver. Or il existe un itinéraire qui, venant d'Autun
à travers le Massif-Central, permet de passer les Pyrénées orientales par certains
cols souvent accessibles l'hiver. Dans son tronçon terminal, il emprunte l'antique
voie celtibère, devenue une strata romaine secondaire, qui reliait Carcassonne
à Urgel et Lérida, ou encore à Ausona (Vich) et Barcelone. Elle cheminait parallèlement
à la rivière d'Aude et passait à Rhedae, au pied de laquelle elle croisait une
voie transversale reliant Narbonne à Lugdunum Convenarum, l'actuel Saint Bertrand
de Comminges. Un bien dangereux carrefour en vérité ! ·
La situation exacte du lieu du régicide n'est pas
indiquée par Zosime. Son texte doit donc être interprété en fonction de ivirent
ce décès, permet d'inférer que la dépouille fut d'abord inhumée, sommairement,
sur le lieu du régicide. En effet, l'usurpateur Magnence réussit à conserver le
pouvoir en Gaule jusqu'en 353 puis, en butte à une offensive de Constance, se
suicida. En 355, avant de retourner à Constantinople, Constance proclama César
son cousin Julien, et celui-ci prit en charge l'administration de la Gaule. Finalement
ce dernier revêtit la pourpre à Constantinople en 361, à la mort de Constance.
Il est donc vraisemblable que l'édification du mausolée ne débuta qu'après 353,
sous la direction de Constance, et se poursuivit après 356 sous celle de Julien.
Si l'on se fie aux exemples architecturaux déjà cités, il est probable que l'édifice
primitif ne devait comporter qu'une rotonde unique. Après
l'an 440, on peut conjecturer que le roi wisigoth Théodorède de Toulouse, attiré
par la topographie favorable et la beauté du site, la présence de ce monument
et celle, très proche, du sel et des eaux thermales, fit de Rhedae une cité royale.
Puis que le mausolée fut agrandi par ses fils, après la mémorable victoire des
Champs-Catalauniques de 451 sur les Huns, et utilisé, dès lors, comme panthéon
royal par ces monarques que l'historien Herwig Wolfram, auteur d'une récente histoire
des Goths qui fait autorité, qualifie de dynastie des "jeunes Balthes."
Malheureusement,
ce lieu réunissait, dès l'origine, toutes les conditions pour être
frappé de malédiction par l'Eglise. En effet, les dits événements
se déroulaient à une époque où catholiques et ariens se livraient
auprès des empereurs successifs, à Constantinople, à une lutte sans
merci pour la prééminence du pouvoir spirituel; les prémices du
césaro-papisme. Ainsi, les héritiers de Constantin le Grand, baptisé
lui-même sur son lit de mort par l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie,
ne professaient pas des opinions très catholiques, tant s'en faut!
Si le malheureux Constant avait bien embrassé la foi de Nicée, son
frère l'empereur Constance était arien. Leur cousin Julien, lui,
n'y alla pas par quatre chemins puisqu'il retourna tout bonnement
au paganisme; ce qui lui valut son surnom de Julien l'Apostat. Quant
aux Wisigoths, leur évêque Wulfila - qui était d'ailleurs un émule
d'Eusèbe de Nicomédie,- leur avait aussi insufflé le poison arien
dans sa fameuse traduction de la Bible en langue gotique. Et
ils persévérèrent dans l'erreur jusqu'au Concile de Tolède
de mai 589, au cours duquel le roi Recarède se convertit au Crédo
de Nicée.
Cette
malédiction des origines explique peut-être que, par une sorte de conspiration
du silence des clercs, le nom de Rhedae n'apparaisse dans aucune chronique ancienne,
avant celle du missus dominicus Théodulf. Cet évêque catholique wisigoth,
proche de Charlemagne, était d'ailleurs venu, en 798, enquêter sur l'étendue des
ravages d'une nouvelle hérésie, l'adoptianisme, véhiculée en Septimanie par ses
compatriotes hispaniques fuyant la contre-offensive arabe de 780. Avec un passé
hérétique aussi chargé, on peut comprendre pourquoi Rhedae - érigée en cité comtale
par Charlemagne vers 790,- ne fut jamais un siège épiscopal; et ceci bien qu'elle
ait servi de refuge aux archevêques de Narbonne pendant les quarante années de
l'occupation musulmane. A ce sujet, on ne peut manquer d'établir un étrange parallèle
avec une ancienne cité royale espagnole, aujourd'hui disparue, qui se nommait
Récopolis. Créée par le monarque wisigoth arien Leovigild, en 578 dans le haut
Tage, elle est connue, tout comme Rhedae, par les seuls écrits d'un évêque
catholique wisigoth nommé Jean de Biclar; et, toujours comme Rhedae, elle
ne figura jamais dans les "fastes épiscopaux" ibériques.
Jean Alain SIPRA |