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Yves LIGNON

  

Beaucoup d’entre vous connaissent Yves Lignon par le biais de ses fabuleuses émissions sur SUD-RADIO. Yves Lignon est également un chercheur qui a su lier les recherches vers le paranormal et les recherches vers la Science dite exacte. Ici, il nous propose son analyse sur Rennes-Le-Château.

A ce titre, Yves Lignon devrait, dans quelques mois faire paraître son livre sur Rennes-Le-Château : " Mes promenades dans les jardins de Bérenger Saunière ", nous ne manquerons pas d’en parler ultérieurement.

   

LA LUMIERE NOIRE DE RENNES LE CHATEAU.

A la mémoire du docteur André Malacan, joueurd'échecs , qui connaissait bien ces lieux et quelques autres.

Leur nombre va en s'accroissant mais ils sont déjà chaque année deux ou trois dizaines de milliers qui après avoir quitté Carcassonne filent vers le Sud pendant une quarantaine de kilomètres. A la sortie de Couiza il leur faut encore emprunter la départementale escaladant la colline pour arriver enfin à Rennes le Château et s'attarder sur les lieux où a vécu Bérenger Sauniere, " le curé aux millions " me disait-on lorsque m'amenaient ici mes promenades d'adolescent, le curé aux mystères et au Rennes-le-Château le Dossier : La page d'Yves Lignontrésor préfèrent affirmer certains.

Les faits sont bien connus et s'organisent d'ailleurs selon un schéma simple : le

1er  Juin 1885 l’abbé Saunière, nouvellement nommé s'installe à Rennes le Château. Il a 33 ans, ce n'est donc pas son premier poste mais celui-ci marque pour le prêtre un retour au pays : il est l’ainé d'une famille assez aisée de Montazels, commune toute proche.

Les débuts seront difficiles, matériellement et moralement : le village n'est pas "calotin ", l’église et le presbytère sont en ruines et, d’entrée, Bérenger n'arrange pas son cas en prononçant, un certain dimanche d'octobre 1885, un sermon qui est en réalité un discours politique exprimant, comme nous dirions aujourd'hui, une sympathie évidente pour l'opposition conservatrice. Le caractère abrupt du prêtre ne facilite pas ses rapports avec ses ouailles et ce qui n'est sans doute pour lui qu'un passe-temps, effectuer des travaux de maçonnerie dans l’église ou des fouilles dans le cimetière adjacent, déroute et intrigue.
Puis tout changera assez vite. Sauniére met en place un nouvel autel, remplace les vitraux, installe une chaire, aménage les abords de son église. Et si l'on sait qu'il a obtenu quelques largesses on sait aussi qu'elles ne suffisent pas ˆ expliquer ces premières dépenses : on commence donc ˆ jaser sur la brusque abondance de ses moyens. Pourtant l'essentiel est à venir. C’est partir de 1898 que le curé de Rennes le Château va acheter, sur une importante superficie, les terrains limitrophes du " domaine religieux" puis se lancer dans les constructions surprenantes que l'on peut voir encore aujourd'hui : la villa Béthanie commeRennes-le-Château le Dossier : La page d'Yves Lignon maison d'habitation, une tour néo-gothique baptisée Magdala comme bibliothèque-cabinet de travail, une terrasse, un jardin d'hiver. Bien entendu on aménagera simultanément espaces verts et ,bassins et même une niche pour un singe. On comprend que les imaginations aient été frappées et qu'elles le soient encore.
D'autant que maintenant l’abbé Saunière mène grande vie : le rhum qu'il reçoit directement des îles n'est que l'un des fleurons de sa cave, à sa table se succèdent notables et personnalités connues voire renommées et ces visiteurs peuvent admirer une collection de milliers de timbres ou encore les journaux relies par un artisan spécialisé installé ˆ demeure pour le temps de son travail.
A force d'entendre dire que l'un de ses curés bambochait quotidiennement l’évêque de Carcassonne ne pouvait que finir par poser des questions. Les premières vinrent en 1909.BŽrenger Saunière manœuvra, esquiva mais finit par se retrouver suspendu de ses fonctions sacerdotales. Il porta l'affaire ˆ Rome, obtint un jugement ménageant la chèvre et le chou et, en 1915, l’évêque le releva de ses sanctions la guerre ayant au moins pour effet d'apaiser certaines querelles. Les familiers du curé, eux, avaient vite noté que depuis le début de ses ennuis Bérenger éprouvait des difficultés financières. En même temps son image se dégradait : au temps de sa splendeur il avait eu les libéralités faciles et, ainsi sont les hommes, se trouvait â l'abri des critiques. Désormais l'espionnite ambiante servait de prétexte pour répéter d'un air entendu qu'autrefois des étrangers avaient poussé à plusieurs reprises la porte de Béthanie.
Pourtant aux premiers jours de 1917 voilà Bérenger Saunière qui songe à de nouveaux projets : il étudie des devis. Envisageait-il, comme on l'a dit, la construction d'une nouvelle tour-bibliothèque surpassant de loin la taille de Magdala ? On ne le saura pas : victime d'une hémorragie cérébrale le 17 Janvier Bérenger Saunière sera enterré le 24 dans le cimetière derrière son église. C'est alors que l'on découvrira que tous les biens, toutes les propriétés sont au nom de sa servante - et peut-être compagne - Marie Dénarnaud qui vivait à ses côtés depuis les premiers temps de son installation.

Rennes-le-Château le Dossier : La page d'Yves LignonDe 16 ans plus jeune que l’abbé et habitant maintenant solitaire le domaine Marie va vieillir dans l'indigence sinon dans la misère : on la verra vendre un meuble par ci, un bibelot par là. Elle mourra en 1953, à 85 ans, ayant fait de Noël Corbu son légataire universel. C'est celui-ci qui, installant un restaurant dans les bâtiments, cherchera à attirer les clients en racontant que le curé avait trouvé un trésor. Puis viendront les livres de Gérard de Sède et l'histoire fera le tour du monde d'autant plus facilement que certains lecteurs se persuaderont qu'il y a peut-être encore de l'or ˆ trouver et que pour ce faire la décoration curieuse de l’église - la première statue rencontrée en franchissant le porche est un diable supportant un bénitier - pourrait constituer un étrange ensemble de signes de piste.
De tout cela, en 1986, Jean Michel Thibaux tirera un roman portant le premier, grâce à la fiction littéraire, l'attention sur un homme là où depuis 30 ans on ne parlait que de trésor. Ce roman sera adapté à la télévision et ainsi les visiteurs de centaines deviendront milliers.

Parmi eux il y a curieux et touristes, il y a les chercheurs d'or (même si la municipalité de Rennes le Château a interdit les fouilles) et il y a encore les amateurs d'histoires étranges poussant parfois fort loin les élucubrations : Bérenger Sauniére qui vivait à une époque où occultisme et société secrètes étaient fort à la mode n'aurait il pas tiré bénéfice de la possession de quelques clés de mystères historiques ou religieux?
En ce qui concerne les revenus ayant permis de bâtir Magdala, d'acheter le rhum et d'installer le diable dans l’église la vérité est probablement simple et prosaïque. Avec peut-être la collaboration de son frère Alfred, prêtre lui aussi, Bérenger Sauniére a sans doute monté, à l’échelle européenne, un important trafic d'honoraires de messes et de recueil de dons. Ceci explique aussi pourquoi il a éprouvé une gène financière à partir du moment où il s'est trouvé en conflit avec son évêque : les renseignementsRennes-le-Château le Dossier : La page d'Yves Lignon fournis par la hiérarchie catholique ceux auprès de qui il quémandait ne pouvaient des lors être que mauvais et par conséquent les dons plus rares.
Pour obtenir ces subsides l’abbé n’hésitait pas à s'adresser à ceux dont il partageait les opinions les dirigeants des mouvements royalistes, fortunés certes mais aussi vivant en exil et en rapport avec les Cours étrangères. Il est donc une autre hypothèse qui, pour romanesque qu'elle soit, peut être prise en compte. Qui dit qu'il n'y a pas eu parmi les donateurs quelque responsable politique intéressé à l’idée de s'assurer, au fin fond de la France, la collaboration de ce que les services secrets nomment un honorable correspondant ? Ceci pourrait au moins expliquer les visites régulières de celui que les villageois nommaient justement l’étranger, un autrichien sans doute, qui ne serait alors venu que pour contrôler l'emploi de certains fonds.
Tout cela n'a guère d’intérêt s'il s'agit d'essayer de comprendre l'attirance exercée par Rennes le Château car la vie de Bérenger Saunière n'est pas l'histoire d'un chercheur d'or mais bien l'aventure d'un homme et l'important est alors dans ce qu'il a fait de l'argent non dans la manière dont il se l'est procuré. Dés qu'il l'a pu l’abbé Saunière a transformé sa vie privée comme sa vie publique en sacré défi à bon nombre de règles sociales. Bien sûr il n'avait sans doute pas la vocation sacerdotale même si les témoins s'accordent pour dire qu'il remplissait scrupuleusement, avec bonté et charité, ses devoirs de prêtre. Seulement à côté de cela se trouvaient une cave contenant des bouteilles de vins rares étiquetées à la main, des célébrités à table, une orangerie avec un singe, un parc, une tour s’élevant au bord du précipice et enfin une église dont le décor laisse définitivement derrière lui quelques réalisations prétendument surréalistes.
Alors découvrant cette histoire tout de même hors de l'ordinaire certains, forcément, laissent s'enfler leurs délires : c'est un tel point de départ que d'imaginer que l’abbé Sauniére avait un secret. Plus de 200 livres ont été consacrés à l'affaire et on trouve par exemple parmi eux un ouvrage de 500 pages dont l'auteur explique que ce secret peut être retrouvé en décodant les aventures d’Arsène Lupin. Un autre avait déjà dit à peu prés la même chose d'un roman oublié de Jules Verne!! A l'autre extrême un troisième a prétendu faire l'autopsie du mythe. Encore faudrait-il que celui-ci soit défunt et quand on est bâti en pierres et en statues on a la vie dure tant il est vrai que lorsqu'un homme, qu'il soit prêtre en Languedoc ou roi en Bavière, construit pour de bon les châteaux de son imaginaire il laisse derrière lui une trace indélébile, une lumière noire et fascinante qui ne s’éteindra pas de sitôt.
L'histoire de l’abbé Saunière a été mise à plat, dès 1974, par René Descadeillas dont l'ouvrage MYTHOLOGIE DU TRESOR DE RENNES a été réédité en 1991 par Patrick Collot à Carcassonne. Ce livre doit malheureusement être aujourd'hui introuvable mais on peut lui substituer RENNES LE CHåTEAU de Guy Matheliet-Guinlet (éditions Aubéron, 1997)
Le plus récent livre de Gérard de Sède: RENNES LE CHATEAU, LE DOSSIER a été publié en 1988 par les éditions Robert Laffont, collection les énigmes de l'univers, et il faut chercher chez les bouquinistes L'OR MAUDIT(J'ai Lu, collection l'aventure mystérieuse). La lecture de Gérard de Sède est passionnante à condition de ne pas prendre ses ouvrages pour ce qu'ils ne sont pas.

L'OR DU DIABLE, roman de Jean Michel Thibaux paru chez Olivier Orban a éré réédité dans la collection de poche Presses Pocket.



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