|
Les auteurs écrivant sur
Rennes-Le-Château ont la
Parole
|
Mais poursuivons notre lecture de la Mansarde d'Or.
L'Alchimie se définissant comme étant " une permutation des formes par la lumière... " nous ne nous étonnerons pas que la Lichtenstein en choisisse l' application technologique, comme support de l'Oeuvre du poète, d'autant que le cinématographe- extension du Théâtre d'Ombres, exploité au Cabaret du Chat Noir-1 fut inventé par des frères, au nom prédestiné : Louis et Auguste Lumière. Encore que, compte tenu des implications qui viennent d'être exposées, nous serions en droit de nous montrer très dubitatifs quant à cette imagerie d'Épinal, d'autant que l'un des heureux inventeurs ne cacha nullement le peu d'avenir qu'il envisageait pour son appareil. De là à penser qu'il agissait comme un prête-nom, exploitant un brevet, il n'y a qu'un pas à franchir.
Toutes ces coïncidences ne peuvent que troubler et, même les esprits les plus réfractaires, les plus ancrés dans leurs certitudes, ne peuvent que sentir vaciller leur monde si fixe, tellement tangible. Quant aux autres, les irréductibles, ils pourront toujours " si ces mystères les dépassent, feindre de croire que de multiples et providentiels hasards en furent les organisateurs ".
Si nous doutions de l'existence des sous-entendus hermétiques, glissés par Gaston Leroux dans ses oeuvres, il est un passage de la Mansarde d'or qui est de nature à lever tous les doutes. Au sein du deuxième chapitre, Annibale " sur le ton d'un Khristos " se plaint à un ami de l'attitude de Bitché alors qu'il lui lisait son chef-d'oeuvre : " Elle est encore chez moi. Et tu ne sais pas ce qu'elle y fait ?... Elle dort !... Quelle grue ! " Le mot est écrit en toutes lettres et la page suivante se montre encore plus précise : " ... et pendant ce temps elle dort !... et je suis sûr que si l'on prenait sa température à elle, on trouverait trente six cinq !... L'incongruité et le trivial de cette réflexion appellent à la vigilance. Vérifions et allons voir trente six ou trente sept pages plus loin. Annibale et Bitché se promènent à Montmartre et les habitants du quartier se demandent : " Où a-t-il pêché cette poule de luxe ? " La démonstration est convaincante. Elle le devient doublement quand on sait que la température requise, en Alchimie, est de 36, 5 degrés et que cette température est qualifiée de feu de poule. Ce dernier point peut être vérifié au Musée Camondo. En effet, un thermomètre, portant cette mention est accroché sur l'un des murs. Ceci n'a rien de surprenant, puisque cette demeure fut celle de la famille de Irène Hillel Erlanger, l'auteur de l'étonnant roman alchimique, rédigé en style Dada : Voyages en Kaléïdoscope.
Deux ou trois pages après, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Au cours d'une soirée, qui se tient chez un prêtre, une jeune danseuse exécute " Magdeleine dansant devant le Christ ". Les personnages présents sont des personnages à clef. Le poète vivant dans la pauvreté, depuis soixante ans, pourrait bien être Léon Bloy. Quant au peintre décorateur, Joseph Gerchain, il semble évident qu'il s'agit d'une référence directe au Guerchain, lequel peignit des Bergers d'Arcadie, avant Poussin. Et n'est-il pas familier ce prêtre, monté de Catalogne, se nommant Ocana (oca= oie), bon vivant et ne s'offusquant de rien, pas même des propos les plus sacrilèges, qui affectionne de fumer le cigare et dont Leroux écrit : " Un saint homme et d'une intelligence... il roule ses mots comme un gave des pyrénées qui roule ses pierres (...) riant de toute sa forte mâchoire (...) et qui venait lire souvent son bréviaire au frais, dans le "jardin", en fumant son éternel cigare... " N'évoque-t-il pas l'Abbé, de l'Aude, monté à Paris, afin de rencontrer un oblat de Saint-Sulpice, le fameux Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château ? D'ailleurs, afin que personne n'en doute, Leroux, fait préciser à Bitché : " Je ne suis que de la boue... auprès du bel ange maudit et qui sera peut-être précipité ". À Saint-Sulpice, dans la chapelle des Anges, trois fresques signées Delacroix, peuvent être admirées. Sur les murs : La lutte de Jacob et de l'Ange et Héliodore chassé du Temple. La troisième fresque, peinte au plafond, représente Saint-Michel terrassant le Démon. À l'angle de la chapelle se trouve une citation biblique, gravée sur un pilier : " RETIRE-MOI DE LA BOVE QUE JE N'Y RESTE PAS ENFONCE P.S. LXVIII ". Il s'agit d'une citation tirée du psaume 68 des bibles hébraïques, psaume numéroté 69 dans les bibles latines. BOVE, se lit boue ou bove. Une bove est une cave, un antre, une grotte, tous lieux on l'on se terre, ainsi que le fait le poète Annibale dans sa Mansarde. Peut-on encore invoquer le hasard ?
Nous pourrions analyser un autre étrange roman de Gaston Leroux, intitulé " la Reine du Sabbat ", dont le titre s'entend à trois niveaux de lecture, au moins : la Rennes du sabbat, la Reine de Saba ou la Reine de Caba. Il s'agit d'une oeuvre étrange, fascinante, véritable symphonie en rouge, au sein de laquelle Leroux met en scène un certain Jacques Ork, tout en mentionnant par voie de note : " C'est presque textuellement l'aventure de l'archiduc Jean d'Autriche (Jean Orth) et de sa fiancée, la petite Milly. " Ce Jean Orth, c'est le même que celui dont on signale le passage chez l'Abbé Saunière à Rennes-le-Château ! Dans ce même ouvrage, Leroux formule de bien curieuses confidences relatives à un drame historique, énigmatique : l'affaire de Mayerling. Dans cette localité, furent retrouvés les corps de Rodolphe de Habsbourg et celui de la baronne Marie Vetsera, qui se seraient suicidés...
Que devint l'archiduc Jean d'Autriche, dit Jean Orth ? Un journal, vers 1910, publia un article, accompagné de photos, accréditant la présence de Jean Orth en Argentine. Ce journal était... Je Sais Tout...
Enfin, il est troublant après ce qui a été rapporté, concernant la collaboration de Raymond Roussel, d'Alfred Jarry, de Maurice Leblanc et de Gaston Leroux, de lire au sujet d'un curieux personnage nommé Magnus, dans la Reine du Sabbat, " Oui vous avez tort de le plaindre ! Trois mains ! Il y a des moments, allez, où, pour certains ouvrages, ça doit être rudement commode ! " Les italiques étant de Leroux il semble bien qu'il s'agisse d'une incitation à entendre qu'il s'agit d'ouvrages littéraires ! Les sceptiques objecteront que Magnus ne dispose que de trois mains et que nous avons évoqué un travail à quatre mains. Nous n'en disconviendrons pas, mais ferons observer que ce texte fut rédigé de 1910 à 1913 et que le pauvre Jarry observait déjà les pissenlits par la racine, depuis 1907
Enfin, et pour emporter définivement votre conviction concernant la thèse alchimique de Rennes-le-Château, il faut connaître les faits suivants. À l'époque où Boudet et Saunière étaient en place dans l'Aude, Gioacchino Pecci (1810-1903) était pape (1878-1903) sous le nom de Léon XIII. Curieux pape que cet homme qui s'intéressa à la question ouvrière et recommanda aux catholiques français de se " rallier " au gouvernement républicain. Ce qui se sait moins, c'est que Léon XIII entrouvrit aux savants les Archives secrètes du Vatican. Alors qu'il était nonce apostolique à Bruxelles Pecci éprouva une curiosité marquée pour le laboratoire de van Helmont. Il parvint à en obtenir la libre disposition et s'y rendit seul afin d'y passer de longs moments...
Richard Khaitzine
Page 1 / Page 2 / Page 3 / Page 4 / Page 5 / Page 6

|