| Les passionnés
pourront se procurer, à la rentrée, mon livre Les Alchimistes de Rennes-le-Château,
publié par les éditions du Chat-Noir- dont la dénomination est loin d'être innocente.
Il est probable que mes propos dérangeront. Ils n'engagent que moi, étant donné
que je ne suis affilié à aucune chapelle, ni à aucun groupement. En attendant
ce rendez-vous, je vous invite à prendre connaissance de quelques informations,
la plupart inédites et n'étant pas reprises en totalité dans le livre sus-évoqué.
À
propos de Nicolas Poussin :
Ce
peintre, on le sait, consacra deux toiles aux Bergers d'Arcadie, celle exposée
au Louvre et une seconde conservée en Angleterre. L'existence de ces deux tableaux
a toujours réjoui les hermétistes, puisqu'elle autorise le jeu de mots : Les Toiles
du Berger, ce qui s'entend l'étoile du Berger. Rappelons à ce sujet que, Léonard
de Vinci, dont nous savons que la Joconde se trouve en relation avec le pays cher
au Cardinal de Bonnechose, supérieur de Saunière- écrivit : " Celui qui se
laisse guider par l'Étoile, ne peut s'égarer ". Ce 6 juillet, alors que j'entreprenais
de rédiger ce texte, une nouvelle a été commentée par Europe N°1 . Des Anglais,
ayant découvert, dans leur grenier, un tableau, ont décidé de le faire expertiser.
Ladite toile va être vendue prochainement chez Christie's. Il s'est avéré que
le tableau en question est une oeuvre peinte, lors de son arrrivée à Rome, par
Poussin. Le sujet en est une scène pastorale mettant en scène des Bergers en Arcadie...
Concernant
le tableau du Louvre, il s'agit bien d'une toile véhiculant un important secret
de nature alchimique. La fameuse inscription " Et in arcadia ego " est
une charade basée sur ce que Fulcanelli appelle l'épisémon. Les noms, modifiés
par ce procédé, constituaient de véritables cryptogrammes. Ainsi, le vocable antimoine,
était toujours écrit avec l'épisémon (?), équivalent aux deux consonnes assemblées
sigma et tau, lorsqu'on l'employait pour caractériser le sujet hermétique. Fulcanelli
pouvait difficilement se montrer plus direct, sinon en écrivant noir sur blanc
le nom de ce sujet. L'analyse des Bergers étant complexe, elle nous entraînerait
bien trop loin ici. Disons simplement que le nom du sujet y est nettement indiqué.
Signalons
que Poussin consacra aussi une toile à Sainte-Cécile, patronne
des musiciens (Musée du Prado, Madrid). C'est le lieu de ce
souvenir que l'Alchimie était dite art de musique. Sur sa
toile, Poussin a reproduit deux angelots au sol, et donc fixés,
symbolisant le mercure ou esprit. Ces deux angelots tiennent
une partition se déroulant en phylactère (indice qu'une lecture
hermétique s'impose). La posture des angelots est pour le
moins surprenante et schématise deux lettres grecques. Les
vêtements de la Sainte, bleu nuit (équivalent du noir héraldique),
jaune et rouge, évoquent bien les trois principales couleurs
du Grand-Oeuvre. À noter la présence de l'enfant-Jésus et
de Jean le Baptiste adossés à une colonne. Comment mieux résumer
ce qu'est le mercure ? Ce mercure est un sel double. Les textes
nous disent qu'il est la colonne de l'Oeuvre. Or, en égyptien,
colonne se dit thot (équivalent chez les grecs du dieu Hermès
et chez les latins de Mercure). Quant au troisième angelot,
il est représenté volant ou volatile soulevant un rideau rouge,
symbolisant le troisième oeuvre.
Notons,
également, que Fulcanelli, toujours à propos de l'épisémon,
précise : " D'autre part la cabale phonétique, qui fait
du mot français tour l'équivalent de l'attique t????? ...
" Le mot attique va nous être précieux, un peu plus avant,
lorsque nous évoquerons l'abbé Boudet et son singulier ouvrage,
ainsi qu'un roman méconnu de Gaston Leroux. Signalons, afin
de conclure cette première partie, que l'interprétation de
Patrick Ferté concernant le nom de Detinan est erronée. En
effet, mon estimé confrère écrit : " Dans la Dame blonde
(1907), Lupin fait jouer un rôle important à Maître DETINAN,
son avocat-conseil dont M. Leblanc précise gratuitement, donc
suspectement, que c'est un " député radical ". En
ôtant les lettres D et N, Patrick Ferté transforme RADICAL
DETINAN en L'ET IN ARCADIA. Une subtilité lui a échappé. En
effet, l'appartenance de Detinan au groupe politique radical
invite à l'exclure de ce qui est à droite comme de ce qui
se situe à gauche pour ne conserver que le centre. Abandonnant
donc D et N, il reste ETINA, anagramme du nom d'un métal,
celui livré astucieusement par Nicolas Poussin dans son tableau.
Il s'agit du métal dont les textes disent qu'il est élu (en
hébreu : nazir, ce qui ouvre d'intéressantes perspectives
symboliques lorsque ce terme est mis en relation avec le Nazaréen
des évangiles). Ceci explique la suite du roman de Leblanc
: " N'est-il pas évident que l'appartement de maître
Détinan est le lieu choisi par vous, le lieu inévitable où
il faut qu'on se réunisse ". Ce lieu élu ou choisi est
à entendre au sens de demeure zodiacale, celle où réside le
dieu à qui est attribué ce métal. À un niveau apocalyptique,
ce lieu élu fait référence à celui au sein duquel la vie sera
préservée lors de la Fin des Temps et ceci conformément à
ce qui est expliqué dans le chapitre, peut-être apocryphe,
ajouté au Mystère des Cathédrales sous le titre La Croix cyclique
d' Hendaye.
Où Poussin
nous mène à un autre peintre.
Puisque
nous venons d'évoquer les confidences d'Arsène Lupin, si magnifiquement mises
en lumière par Patrick Ferté, sous l'angle historique, qu'il me soit permis de
compléter ses vues concernant certaines curiosités contenues par la Comtesse de
Cagliostro. Nous ne reviendrons pas sur les éléments commentés par notre confrère,
à savoir la présence de Monseigneur de Bonnechose et d'un Léonard, conjointement
à la Joconde, dans ce roman de Maurice Leblanc. En revanche, il faut mentionner
un non-dit renvoyant à un nouveau tableau. Au sein du deuxième chapitre, Leblanc
donne à entendre que Joséphine Cagliostro serait le fruit des amours de Cagliostro
et de Joséphine de Beauharnais qui aurait accouché à Palerme. Naturellement, l'anecdote,
au plan historique, paraît pour le moins improbable. Une note précise : "
Jusqu'ici aucun des biographes de Joséphine n'avait pu expliquer pourquoi elle
s'était évadée en quelque sorte de Fontainebleau. Seul M. Frédéric Masson, pressentant
la vérité, écrit : " Peut-être trouvera-t-on un jour quelque lettre précisant
et affirmant la nécessité physique d'un départ. " Maurice Leblanc ne pouvait
ignorer l'existence du tableau peint par Pierre Prud'hon, en 1805 et représentant
" Joséphine à la Malmaison ", exposé au Louvre. L'Impératrice y est
représentée assise, en une pose alanguie, sur un siège naturel de pierre, en pleine
nature. Ce fauteuil ressemble comme un frère jumeau au fauteuil du Diable. La
position caractéristique des deux arbres situés en arrière-plan ne laisse aucun
doute quant à l'identification du paysage.
Prud'hon,
né en 1758, à Cluny et mort à Paris en 1823, n'était pas contemporain de l'affaire
qui nous occupe, aussi l'on peut se demander comment il prit connaissance de ce
lieu. Existe-t-il un mystère Prud'hon comme il existe un mystère Poussin ? Après
des études à Paris et à Dijon, ce peintre séjourna à Rome, de 1785 à 1788. Il
y découvrit l'art alexandrin et pompéien et admira particulièrement Léonard de
Vinci et le Corrège. Son art s'épanouit après sa rencontre en 1802 avec Constance
Meyer. Il traita surtout des thèmes allégoriques et mythologiques. Sa peinture
témoigne d'un goût prononcé pour les compositions en diagonale et les éclairages
lunaires. Delacroix lui fut redevable...
À propos de la date
du 17 janvier Aucune
des explications lues sur ce sujet ne m'a semblé très explicite, ni très convaincante.
Je demeure persuadé, conformément à ce que j'avais émis comme hypothèse de travail
, il y a de cela plusieurs années, lors de la publication des Faiseurs d'or de
Rennes-le-Château, que la solution tient en deux noms : Gérard de Nerval et Nicolas
Flamel, le premier ayant compris le pourquoi d'une erreur volontaire du second.
En effet, Flamel indiqua qu'il effectua sa transmutation le 17 janvier 1382 et
qu'il s'agissait d'un lundi, alors que, manifestement, cette date tombait un vendredi.
Victor Hugo devait avoir compris le pourquoi de la chose, puisqu'il situe l'action
de son alchimique roman, consacré à Esméralda (l'Émeraude des Sages) et à Quasimodo
(le quasi-monde, ou chaos, la matière première alchimique), je veux parler, naturellement
de Notre-Dame de Paris, un 17 janvier 1482... soit 100 ans, jour pour jour après
la projection de Flamel. Précisons que Hugo avait reçu les confidences soit de
Fa bre d'Olivet, soit de Cambriel l'alchimiste de Limoux. Si cette ville est célèbre
en raison de sa fameuse blanquette, elle l'est également à cause de sa fontaine,
réputée soigner " les yeux gâtés ", la fontaine de Notre-Dame de Marceille,
à laquelle Henri Boudet consacra quelques pages, au sein de Vraie langue celtique,
tout comme le fit, également, Fulcanelli dans Le Mystère des Cathédrales. Les
deux hommes étant contemporains, par l'intermédiaire de Saunière, leurs relations
parisiennes étant communes, il serait très étonnant qu'il ne se soient jamais
rencontrés. Ne
sachant pas si le calendrier de son époque serait modifié ou pas, Flamel légua
à la postérité le moyen de retrouver la date à laquelle se situa son résultat.
Il eut raison, puisqu'en 1582, le calendrier Julien fut réformé par le pape Grégoire
XIII. Le jeudi 4 octobre 1582 fut suivi du vendredi 15 octobre. Il y eut suppression
de dix jours calendaires. Cela provoqua au demeurant un beau tollé, certains moines
ignares accusant le Pape de leur voler dix jours de vie. Cette refonte était dûe
à la nécessité de remettre en accord l'année tropique (intervalle moyen de deux
retours consécutifs du soleil à l'équinoxe de printemps) et le calendrier, invention
des hommes. Les jours de la semaine portant des noms de planètes, le Pape aurait
commis une erreur monstrueuse s'il était passé du Jeudi 4 au lundi 15, car il
aurait escamoté un vendredi, un samedi et un dimanche. Il s'en est bien gardé
et n'a pas touché à la semaine, puisque le lendemain du jeudi est demeuré un vendredi.
Il n'en reste pas moins vrai que le 17 janvier de Flamel n'est plus notre 17 janvier...Cela
étant précisé, il serait surprenant que la date choisie par le Pape Grégoire XIII
ait été le résultat du hasard, puisque le jeudi est le jour consacré à Jupiter
et que le chiffre 4 désigne le métal attribué à ce dieu...
Où
l'on retrouve le 17 janvier
L'oeuvre
de Maurice Leblanc a focalisé toute l'attention de Patrick Ferté, mais elle n'est
pas la seule à véhiculer d'étranges confidences relatives à la région du Razès
et de Rennes-le-Château. La lecture d'un auteur, aujourd'hui bien oublié, ayant
eu une certaine célébrité au XIXe siècle, nous vaut quelques surprises. Xavier
de Montépin, écrivain populaire, dont on ne connaît guère plus que la Porteuse
de Pain (1884-1885) fut aussi prolixe que Michel Zévaco, Ponson du Terrail, Paul
Féval ou Eugène Sue ; il écrivit plus de 350 volumes. Né en 1823, à Apremont en
Vendée, il mourut à Paris en 1902. Il débuta en 1848 dans le journalisme et publia
des articles opposés au socialisme. Puis, il se tourna vers le roman-feuilleton
et effectua un spectaculaire revirement en écrivant des romans dénonçant l'extrême
misère ouvrière et stigmatisant les vices des riches et des puissants Sa Majesté
l'argent, les Chevaliers du Lansquenet, les Viveurs d'autrefois.
Le
Médecin des Pauvres, dont l'action se situe en Franche-Comté, haut-lieu de la
maçonnerie forestière et du mouvement Carbonari, s'ouvre sur un prologue, intitulé
La Nuit du 17 janvier. Ce qui pourrait passer pour le fruit du hasard cède rapidement
la place au sentiment qu'il s'agit d'un livre à clés. Dès la deuxième page, nous
sommes fixés. Au sujet de son héros Pierre Prost, Xavier de Montépin écrit : "
Pierre Prost appartenait à la grande famille de ces hommes marqués au front d'un
sceau divin et de qui l'on peut dire au jour de leur mort : Ils ont passé sur
la terre en faisant le bien, quelle que soit d'ailleurs la position sociale dans
laquelle le hasard ou la Providence les ait fait naître... ". Cela n'évoque-t-il
pas certaine inscription sur la tombe du Marquis de Fleury, en rapport avec la
Franc-Maçonnerie ? Truffé d'allusions à la maçonnerie, mais aussi à la langue
des Oiseaux, ce roman se double d' une vaste allégorie alchimique...
Il
semblerait que les deux toiles, visibles en l'église de Rennes-les-Bains, aient
été offertes par le Marquis de Fleury. Lesdites toiles, adressées au Musée du
Louvre, furent retournées à la ville, au prétexte qu'elles n'étaient pas signées
et qu'il s'agissait " de croûtes ". Contrairement aux conclusions du
Louvre, ces tableaux portent une signature : la marque des pédauques : une patte
d'oie, animal consacré à Hermès ! Quant à la piéta, démarquée de celle de Van-Dyck,
elle montre des détails très expressifs ayant trait au métal élu, ne serait-ce
qu'en raison du Christ pantelant faisant grise mine. Le vitraux dédiés à St-Nazaire
( à noter que l'abréviation St correspond à l'épisémon précédemment évoqué) et
à St-Celse (anagramme de ce sel) le fidèle serviteur (dénomination classique du
Mercure) complètent ces indices.
Au
sujet du Marquis de Fleury, il convient de savoir que l'un de ses descendants,
le Docteur Maurice de Fleury était l'un des meilleurs amis de... Maurice Leblanc.
L'abbé
Boudet et son livre consacré au cromleck
Les
exégèses pratiquées à ce sujet demeurent insatisfaisantes. Le livre de l'abbé
est un traité d'alchimie dans la plus pure tradition, c'est-à-dire un ouvrage
rédigé en cabale phonétique. Il est certain que cet érudit à l'inlassable curiosité,
devait être abonné à la Revue Britannique, revue dans laquelle Grasset d'Orcet,
cité par Fulcanelli à diverses reprises à propos de la cabale phonétique, publia
de longs et intéressants articles durant trente ans. Dès les quarante premières
pages de La Vraie Langue celtique, le nom de l'agent est donné par le souriant
abbé, dans un passage où, faisant preuve d'une insistance méritoire, l'ancien
professeur d'anglais du collège St-Stanislas -ô magie des coïncidences- insiste
sur l'équivalent français du pronom we. Ce " nous " est à attendre nsss
, l'esprit, la fine pointe de l'âme. Il s'agit de ce nsss dont les secrets ont
été confiés à Sainte-Marie-Madeleine, selon l'Évangile gnostique qui porte son
nom. Quant au Cromleck, de nombreux auteurs se sont étonnés de son absence. Alors
? C'est que Boudet était un amateur de Pierres, mais pas de celles auxquelles
pensent les minéralogistes et les archéologues! La clef du jeu de mots suggéré
par Boudet est de même nature que celle utilisée par le lapicide ayant gravé deux
pierres tombales portant le nom du Marquis de Fleury. En Alchimie, il est fréquent
de lire qu'il existe trois pierres, à savoir : l'élixir, le soufre philosophique
et la pierre philosophale. Elles sont emblématisées au sommet de l'église de Rennes-les-Bains
par trois boules. Il est vrai, qu'à un autre niveau, ces trois boules sont nettement
symboliques des tri-bulations ou du tri-boulement, autrement dit du versement
de la boule terrestre, du basculement des pôles. À la fin du XIXe et au début
du XXe siècles cette notion était fortement implantée dans les esprits. Outre
Fulcanelli, qui attira l'attention sur les dangers qui peuvent résulter du progrès
illimité des sciences et, notamment, de la sursaturation provoquée par les ondes
électromagnétiques-dont nous pouvons vérifier les effets désastreux depuis quelques
années-d'autres auteurs en furent préoccupés. Jules Verne publia, sur ce sujet,
Le Sphinx des glaces et Sens-Dessus-Dessous ; Camille Flammarion écrivit La Fin
du Monde. Ces deux auteurs furent membres du Conseil de Tutelle du Cabaret du
Chat Noir, ainsi que cela peut se vérifier sur la liste des fondateurs, annexée
au Chat Noir guide (1885). Rappelons que ce Cabaret organisait des séances de
Théâtre d'Ombres. L'une de ces séances programmait le Sphinx, dont la dernière
séquence apocalyptique montrait le sphinx égyptien, verdâtre, et pris dans les
glaces, indice certain d'un cataclysme à l'échelle planétaire.
Il
y a de cela plus d'une dizaine d'années, les sceptiques professionnels chargés
de faire l'opinion se sont beaucoup amusés de ces craintes, alors même que certains
d'entre-nous tentaient, sans trop d'illusions il est vrai, d'attirer l'attention
des pouvoirs publics sur la possibilité d'une telle catastrophe. Cette même année
Rennes-les-Bains fut dévastée par une sévère inondation, tout comme Vaison-la-Romaine.
Depuis, le climat n'a cessé de se dégrader, les cataclysmes de se multiplier.
Depuis la bourrasque de décembre 1999, de brusques sautes de vent se multiplient,
laissant les météorologues et les scientifiques désemparés, mais se refusant à
admettre ce que la simple observation démontre. L'avenir menace de ne pas être
un futur si simple que d'aucuns le pensent !
La
démonstration de l'abbé Boudet visant à prouver que le Celte provient de l'Anglais
suffit à prouver qu'il s'agissait d'un homme d'esprit, de ceux dont on dit que
la conversation ne manque pas de sel. Aussi est-il prudent, en le lisant, de se
souvenir qu'il était expert en grec et que de celtique à sel attique, il n'y a
guère que la distance d'un à-peu près phonétique, de ceux prisés par la langue
des oiseaux, en vieux français oisons ou oie-sons, les fils de l'Oie, les disciples
d'Hermès ! Rappelons aussi que l'expression sel attique possède le sens de fine
plaisanterie.
Où
le sel attique nous conduit à une Mansarde d'Or
J'avais,
il y a de cela quelques années, démontré, au sein de La Langue des Oiseaux (Dervy),
que l'alchimiste connu sous le pseudonyme de Fulcanelli avait, aux alentours de
1894, sollicité les talents de quatre écrivains : son élève et disciple Raymond
Roussel, Alfred Jarry, Maurice Leblanc et ... Gaston Leroux. Son but ? Leur faire
écrire une oeuvre selon des contraintes littéraires précises afin que ses propres
travaux-non publiés à l'époque, ne se perdent pas.
Le
jovial Gaston Leroux-et il mérite bien cette épithète car
il fut véritablement l'Empereur du roman populaire et un homme
de franche gaieté- savait assurément à quoi s'en tenir en
ce qui concerne le symbolisme de Marie-Madeleine en correspondance
avec Rennes-le-Château. Il n'ignorait rien, non plus, de la
prostituée de l'Oeuvre menant à l'or, puisqu'il lui consacra
l'une de ses oeuvres, titrée la Mansarde d'Or . Ce roman fut
publié en 1926, soit la même année que le Mystère des Cathédrales.
En préambule, rappelons qu'une mansarde, demeure dont le nom
provient de celui du grand architecte Mansart, se définit
comme " un comble à quatre pans ". Outre que les
combles soutiennent le toit, ils constituent l'Attique d'un
immeuble, ce qui est placé au sommet et de proportions moindres
que l'étage inférieur. Le mot " attique " provient
d'Athènes et caractérise, également, le sentiment des nuances,
la grâce légère (mais n'est-elle pas toujours aérienne ?),
l'ironie imperceptible, la simplicité du style, l'aisance
du discours, l'élégance de la preuve et, dans le domaine de
l'Esprit et, ainsi que nous l'avons dit à propos du livre
de Boudet, en tant que sel... la plaisanterie fine. Or, dès
1894, et au cours d' une période qui couvrit le premier tiers
du XXesiècle, un Alchimiste, érudit et génial, régnant en
haut (autant dire sous les combles), tel un moderne Élie entreprit
une oeuvre qui devait, non seulement lui permettre de passer
à la postérité, mais lui assurer l'immortalité, et ce au sens
figuré comme, peut-être, au sens propre. Dans le même temps,
quatre 1 écrivains- selon l'étymologie, des scribes, des descendants
de Thot, inventeur, dit-on, de l'écriture, et dont les grecs
firent Hermès et les romains Mercure- commandités par notre
Élie , vaquant à l'étage inférieur, tels Vulcain, se livraient
à de frénétiques travaux littéraires, chacun dans le style
qui lui était propre, martelant, sans cesse les mêmes notions,
inlassablement. Mais comme chacun le sait, il faut plusieurs
coups de marteau afin d'enfoncer le clou... et, concernant
la compréhension humaine, la plus réfractaire, la plus dure
des surfaces, il devient nécessaire de redoubler d'efforts.
Forgeant leur oeuvre respective, mais sur un canevas 2 imposé,
se pliant à des contraintes littéraires que n'eurent pas désavouées
Georges Perec et les membres de l'Oulipo, les 4 scribes assurèrent
la préservation des travaux- non encore publiés de leur ami.
Les écrivains se nommaient : Raymond Roussel, Alfred Jarry,
Maurice Leblanc et ... Gaston Leroux 3. Concernant le canevas,
il s'agissait des notes qui devaient constituer Le Mystère
des Cathédrales et les Demeures Philosopales , édités respectivement
en 1926 et 1930, ainsi qu' un troisième " présumé "
livre : Finis Gloria Mundi, qui ne le fut pas et ne le sera,
sans doute jamais. Ici, une mise en garde s'impose. Bien que
les romans de Gaston Leroux, notamment, laissent entrevoir,
dans quelques passages, ce qu'aurait pu être ce dernier ouvrage,
il n'est pas conseillé de se procurer le texte publié sous
ce titre, il y a de cela deux ans. Ici, comme dans d'autres
domaines, il est prudent de ne pas confondre la colombe et
le pigeon ! Quant à l'Alchimiste, vous l'aurez compris, il
dissimula son identité sous le pseudonyme parlant de Vulcain-
Élie ou plutôt Fulcanelli, sous-entendant le Vulcain-Hellé
-Hellé étant la déesse-lune des Pelasges, nous comprendrons
que ce pseudonyme renvoie au Vulcain lunatique, le feu secret
des Alchimistes.
Bien
beau et curieux roman que cette Mansarde d'Or, dont nous connaissons, à présent
les sous-entendus historico-hermétiques. Le texte va nous livrer d'autres confidences,
aussi sûrement que le Mercure livre le Soufre , que l'Oeuvre au blanc mène à l'Oeuvre
au rouge et que les livres de Leblanc aboutirent à ceux de Leroux ! À Montmartre
(emplacement dédié à Mercure), proche du Sacré-Coeur (emblème du Soufre), dans
ce quartier où fleurissaient les cabarets, dans le dernier quart du XIXe siècle,
et notamment le Chat Noir, établissement fondé par Fulcanelli et ses relations-
ceci expliquant les pages étonnantes qu'il consacra à ce lieu, vit un pauvre hère,
un poète maudit: Annibale... pas Lector, le cannibale, mais d'Aquitaine et lui
se serre la ceinture, il ne mange pas tous les jours à sa faim. Gaston Leroux
précise, ailleurs, qu'Annibale est pauvre comme Job. Gageons que cette insistance
n'est pas gratuite, elle pourrait bien être destinée à attirer l'attention sur
certain personnage qui défraya la chronique en 1905 ! Dans sa mansarde ( vous
savez, à présent, même si vous n'y avez pas vécu, ce dont il s'agit), il travaille
à une Grande Oeuvre, intitulée l'Apocalypse, la Fin de la Gloire du Monde... en
somme. Comme l'indique l'orthographe de son nom, différente de celle de l'autre,
pas le cannibale... le général Carthaginois, héros des guerres puniques -Hannibal,
il s'escrime à devenir célèbre, sans y parvenir, faute d'Esprit que symbolise
la lettre H, dont il est privé et qui rendrait ses travaux philosophiques. C'est
là que se situe le fossé séparant la chimie de l'Alchimie.
Concernant
le général Carthaginois Hannibal quelques réflexions s'imposent. La biographie
d'Hannibal semble contenir divers détails qui relèvent davantage du symbole que
de l'Histoire. Comme en Alchimie, il convient d'opérer la séparation du subtil
et de l'épais. Son nom signifiait " Grâce au dieu Baal " ; il avait
pour père un certain Hamilcar (Grâce au dieu Melkart) Barca (l'orage). Le père
et le fils participèrent aux Guerres Puniques (de Punicus, Poeni ou Carthaginois).
Au sens figuré, mais qui le sait de nos jours ?, punique possédait le sens- ainsi
que l'écrivit Victor Hugo- de ruse, perfidie, travers que prêtaient les Romains
aux Carthaginois. Le terme punique est, vraisemblablement à rapprocher du mot
anglais pun, qualifiant le petit langage, le langage cabalistique, la langue des
oiseaux, un mode d'expression sub rosa. Or, comme le soulignait Pierre Dujols,
la rose est aussi la ruse. Par suite, il convient de se montrer prudent et méfiant
en lisant. En effet, Baal (Maître, Seigneur), chez les Sémites, figurait le dieu
Père, le dieu de la fertilité et de l'orage, de la foudre. L'Ancien Testament
explique que son culte fut combattu par Élie ( en hébreu : Eliyahû : Yahweh est
mon dieu). L'étymologie du nom d'Élie prouve que la religion hébraïque substitua
sa divinité à l'ancienne, comme le fit, après elle, la religion chrétienne. Chez
les Grecs, Baal prit le nom de Zeus. À Carthage, il se nommait Baal Hammon, équivalent
du Jupiter-Amon des latins, version du Zeus-Amon à tête de bélier des Grecs. À
Tyr, il était Melkart et l'on prétend que son Temple aurait été construit par
Hiram 1. Nous sommes bien en présence d'Histoire mêlée de symbolisme, Hiram étant
un personnage purement fictif. Il a été admis, un peu rapidement que le bélier
était un animal solaire et que Zeus-Jupiter-Amon étaient des figurations du Soleil.
Cette interprétation est fautive. Outre que le bélier est un animal à cornes-lesquelles
équivalent à des croissants de lune-, l'analyse des myhtes nous conforte dans
l' hypothèse qu'il s'agissait d'un dieu lunaire. Dans le système religieux archaïque
des Pélasges, il n'y avait ni dieux, ni prêtres, uniquement une déesse universelle
et ses prêtresses. Il s'agissait d'une société matriarcale où l'on honorait la
déesse-Lune. Son nom summérien était Iahu (la colombe d'en haut), nom qui échut
plus tard à Iahvé Créateur, le Dieu-Père, équivalent de Zeus. Bélus est le Baal
de l'Ancien Testament et le Bel des Apocryphes ; il a emprunté son nom à la déesse-Lune
sumérienne Belili qu'il a remplacée. Cette ambiguïté relative à Zeus se trouve
expliquée par le récit de l'Odyssée, examiné à la lumière du Zeus de A.B. Cook,
pour qui l'oeil du cyclope était un symbole solaire. Ce point de vue est antagoniste
du fait que, quand Odysseus-Ulysse crève l'oeil du forgeron Polyphème (le cyclope,
du grec kuklos : cercle) , le soleil continue de briller. Seul l'oeil du dieu
Baal, ou Moloch, ou Tesup ou Polyphème (dont il serait douteux que le nom signifie
célèbre, comme admis) a été éteint. Ainsi s'expliquerait que soit attribué à Zeus
un métal, l'étain, dont l'aspect, mercuriel et proche de celui de l'argent, inciterait
plutôt à le mettre en relation avec une déesse, et ce conformément à la remarque
générale formulée par Fulcanelli, dans Demeures Philosophales, au sujet des correspondances
entre dieux, déesses et métaux.

Mais
reprenons l'analyse de la Mansarde d'Or. La route du poète croise celle d'une...horizontale.
C'est ainsi qu'autrefois, l'on désignait les femmes légères, en faisant un savant
usage de l'euphémisme. L'identité que lui donne Leroux est moins nuancée, puisqu'elle
s'appelle Béatrice Lichtenstein , dite Bitché, pour les intimes, qui sont nombreux.
Son nom est déjà un vaste programme, pouvant se traduire par la Bienheureuse Pierre
lumineuse ou la Pierre lumineuse de la félicité. Quant à Bitché, de bitch, c'est
une poule et de façon moins nuancée...une grue, une pute. Désolé, mais il s'agit
d'un passage obligé, du moins concernant l'Alchimie. À noter que la grue , chez
les grecs, était l'oiseau consacré à Hermès-Thot. Thot étant un dieu-Lune, nous
comprenons mieux pourquoi, comme dans le cas de Zeus, Hermès se voit attribuer
le Mercure- métal qui, lui aussi, conviendrait davantage à une déesse. En réalité,
Zeus, en Arcadie, et à Cios, ainsi qu'Hermès et Apollon, ailleurs, avaient, pour
nom cultuel, Aristée : la Lune.
Bitché
est amoureuse du poète crotté qui souffre. Elle propose de
mettre à son service l'or qu'elle a gagné en exerçant une
profession que la morale réprouve, mais que le fisc, hypocrite
et tentaculaire, taxe d'abondance, en bon maquereau qu'il
est. Autrefois, on désignait ces messieurs, à la tenue voyante,
qui surveillaient leurs ponantes ou chevaux, des Alphonses,
soit dit en passant, et même si vous vous en fichez, ce qui
est votre droit le plus légitime.
La
Lichtenstein, tente de convaincre Annibale d'accepter ses économies, l'assurant
que son or s'en trouvera purifié ; elle souhaite financer l'adaptation d'une de
ses Oeuvres à l'écran. Selon elle, seul le cinématographe est susceptible d'apporter
la Gloire, au jeune homme... et pourquoi pas les palmes académiques, encore qu'il
s'agirait plutôt, en l'occurrence de la palme consacrant des travaux plus philosophiques
que ceux menés par les Immortels qui siègent sous la Coupole du Quai Conti. D'ailleurs,
ceux-là, Gaston Leroux les a brocardés, avec brio, dans Le Fauteuil Hanté.

Pour
la petite histoire, dans les draps de laquelle la grande fait son lit, le Quai
redevable de son nom au Prince de Conti, fut au centre d'un bien curieux fait
divers. En 1914, fut publiée une édition, commentée, du fameux Mutus Liber. Le
texte en était précédé d'une hypotypose, signée Magophon. Ce pseudonyme masquait
le nom de l'un des hommes les plus érudits de l'époque : Pierre Dujols, libraire
de son état. Outre qu'il était le dernier héritier des Valois et le descendant
en droite ligne du mariage du duc d'Anjou, quatrième fils de Catherine de Médicis,
et d'Adélaïde de Médina Coeli, Pierre Dujols 1fut, également le meilleur ami de
l'auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales. Or, dans son
Hypotypose, Dujols rapporte : " De tous temps, il y eut des faiseurs d'or
; les gentilhommes verriers, qui jouissaient d'une si haute considération, étaient
des hermétistes. Et même de nos jours, la transmutation opère encore des miracles.
À la suite de débats sensationnels et peu distants, on a laissé dire- et au milieu
de quelle stupeur- que l'Administration de la Monnaie aurait saisi, sans autre
forme de procès-et pour cause !-la production d'un alchimiste contemporain :-
" Vous ne devez pas savoir pouvoir faire de l'or !" lui dit-on d'un
air comminatoire, en le renvoyant les mains libres, mais vides. Est-il donc défendu
d'être savant, ou alors l'alchimie serait-elle un secret d'Etat ? " Une note
précise que cette introduction a été écrite avant la première guerre mondiale.
Les propos
de Dujols seraient déjà de nature à troubler les esprits, mais que dire de la
suite ? Quelques années plus tôt, en septembre 1905, le journal Je Sais tout,
appartenant au groupe d'édition Pierre Laffitte, 2 avait publié un article, intitulé
Les Faiseurs d'Or, titre dont nous venons de voir qu'il fut utilisé par Dujols
dans sa formulation. Il s'agissait de l'interview d'un alchimiste, répondant au
nom d'Alphonse Jobert. L'article était signé André Ibels, le frère de Henri Gabriel
Ibels, décorateur du cabaret du Chat Noir. Décidemment, le monde de l' hermétisme
est petit. Alphonse
Jobert, après avoir expliqué ce qu'était l'Alchimie, se tournant vers le miroir,
décorant son appartement, et souriant énigmatiquement, se mit à raconter une anecdote...
celle rapportée par Dujols, l'affaire de la saisie d'or par l'Hôtel de la Monnaie
du Quai Conti. Selon lui, la saisie portait sur... soixante-seize kilos ! Il y
a fort à parier que le malheureux alchimiste était Alphonse Jobert lui-même. Curieusement,
en 1869, figurait sur la liste des membres de la Loge de l'École Mutuelle un certain
Docteur Jobert. À noter qu'Alphonse Jobert avait focalisé l'attention sur sa personne
dès juillet 1905 . À cette date, il avait procédé à une transmutation en direct,
devant des témoins dignes de foi, dont le Docteur Doyen, l'éminent chirurgien
de l'Hôpital Saint-Louis, et ce dans le hall de la Grande Roue, lors de l'Exposition.
Jobert devait récidiver, par deux fois, en 1906. La première de ces expériences
se déroula devant Victorien Joncières, auteur d'un opéra que créa... Emma Calvé,
la cantatrice liée avec l'abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château. La seconde
fut effectuée pour le compte de Léon Champrenaud, Directeur du journal La Voie
et qui, sous le pseudonyme d'Abdul Haqq était le responsable du mouvement gnostique...
Ajoutons que Jobert affirma à André Ibels être en mesure de produire une quantité
d'or alchimique, par la seule voie humide, suffisante pour que la France puisse
éteindre sa dette.
Affabulations
? Il ne semble pas. Dans son flamboyant roman, intitulé Le
Fantôme de l'Opéra (titre à traduire le fantôme de l'Oeuvre...
alchimique, autrement dit le Mercure), par voie de note, semble
évoquer cette affaire et suggérer qu'elle est " classée
secret d'État ". Il n'est pas le seul. Raymond Roussel
qui, dans son livre testament : Comment j'ai écrit certains
de mes livres, mentionne son ex-professeur de sciences, personnage
distrait ou lunaire , sous le pseudonyme transparent de Volcan,
nous livre une confidence ayant mis ses exégètes en échec.
Nous allons livrer la solution du rébus. Mais lisons Roussel
: " Quant à l'anecdote sur le prince de Conti, mes souvenirs
sont moins précis ; un mot a dû servir de point de départ
et ce mot me manque ; ceci seulement me reste : 1° "
... à jet continu" ; 2° " ... à geai Conti nu"
. J'usais de n'importe quoi... "
De
n'importe quoi ? Nous aurions tort de croire Roussel. Chez lui, rien n'est gratuit
et chaque mot est important. Toute son oeuvre, de son propre aveu, relève d'un
procédé littéraire très spécial . " Je choisissais deux mots presques semblables
(faisant penser aux métagrammes)... " Ce procédé n'est qu'une variante de
la cabale phonétique, dont son Maître était un expert, fonctionnant par rébus,
charades et à-peu près phonétiques. Les deux phrases homophones, mentionnées ci-dessus,
en appellent une troisième -comme toutes celles, d'ailleurs, citées en exemple
par Roussel. Si " À jet continu " peut s'entendre " À geai Conti
nu ", ne peut-on y substituer " A.J. Conti nu " ? Cette variante,
ne serait-elle pas une allusion voilée à " une visite effectuée par un certain
A.J. à l'Hôtel de la Monnaie, Quai Conti, et qui en serait ressorti nu ou délesté
?

Mais
poursuivons notre lecture de la Mansarde d'Or.
L'Alchimie
se définissant comme étant " une permutation des formes par la lumière...
" nous ne nous étonnerons pas que la Lichtenstein en choisisse l' application
technologique, comme support de l'Oeuvre du poète, d'autant que le cinématographe-
extension du Théâtre d'Ombres, exploité au Cabaret du Chat Noir-1 fut inventé
par des frères, au nom prédestiné : Louis et Auguste Lumière. Encore que, compte
tenu des implications qui viennent d'être exposées, nous serions en droit de nous
montrer très dubitatifs quant à cette imagerie d'Épinal, d'autant que l'un des
heureux inventeurs ne cacha nullement le peu d'avenir qu'il envisageait pour son
appareil. De là à penser qu'il agissait comme un prête-nom, exploitant un brevet,
il n'y a qu'un pas à franchir. Toutes
ces coïncidences ne peuvent que troubler et, même les esprits les plus réfractaires,
les plus ancrés dans leurs certitudes, ne peuvent que sentir vaciller leur monde
si fixe, tellement tangible. Quant aux autres, les irréductibles, ils pourront
toujours " si ces mystères les dépassent, feindre de croire que de multiples
et providentiels hasards en furent les organisateurs ". Si
nous doutions de l'existence des sous-entendus hermétiques, glissés par Gaston
Leroux dans ses oeuvres, il est un passage de la Mansarde d'or qui est de nature
à lever tous les doutes. Au sein du deuxième chapitre, Annibale " sur le
ton d'un Khristos " se plaint à un ami de l'attitude de Bitché alors qu'il
lui lisait son chef-d'oeuvre : " Elle est encore chez moi. Et tu ne sais
pas ce qu'elle y fait ?... Elle dort !... Quelle grue ! " Le mot est écrit
en toutes lettres et la page suivante se montre encore plus précise : " ...
et pendant ce temps elle dort !... et je suis sûr que si l'on prenait sa température
à elle, on trouverait trente six cinq !... L'incongruité et le trivial de cette
réflexion appellent à la vigilance. Vérifions et allons voir trente six ou trente
sept pages plus loin. Annibale et Bitché se promènent à Montmartre et les habitants
du quartier se demandent : " Où a-t-il pêché cette poule de luxe ? "
La démonstration est convaincante. Elle le devient doublement quand on sait que
la température requise, en Alchimie, est de 36, 5 degrés et que cette température
est qualifiée de feu de poule. Ce dernier point peut être vérifié au Musée Camondo.
En effet, un thermomètre, portant cette mention est accroché sur l'un des murs.
Ceci n'a rien de surprenant, puisque cette demeure fut celle de la famille de
Irène Hillel Erlanger, l'auteur de l'étonnant roman alchimique, rédigé en style
Dada : Voyages en Kaléïdoscope. Deux
ou trois pages après, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Au cours d'une
soirée, qui se tient chez un prêtre, une jeune danseuse exécute " Magdeleine
dansant devant le Christ ". Les personnages présents sont des personnages
à clef. Le poète vivant dans la pauvreté, depuis soixante ans, pourrait bien être
Léon Bloy. Quant au peintre décorateur, Joseph Gerchain, il semble évident qu'il
s'agit d'une référence directe au Guerchain, lequel peignit des Bergers d'Arcadie,
avant Poussin. Et n'est-il pas familier ce prêtre, monté de Catalogne, se nommant
Ocana (oca= oie), bon vivant et ne s'offusquant de rien, pas même des propos les
plus sacrilèges, qui affectionne de fumer le cigare et dont Leroux écrit : "
Un saint homme et d'une intelligence... il roule ses mots comme un gave des pyrénées
qui roule ses pierres (...) riant de toute sa forte mâchoire (...) et qui venait
lire souvent son bréviaire au frais, dans le "jardin", en fumant son
éternel cigare... " N'évoque-t-il pas l'Abbé, de l'Aude, monté à Paris, afin
de rencontrer un oblat de Saint-Sulpice, le fameux Bérenger Saunière, curé de
Rennes-le-Château ? D'ailleurs, afin que personne n'en doute, Leroux, fait préciser
à Bitché : " Je ne suis que de la boue... auprès du bel ange maudit et qui
sera peut-être précipité ". À Saint-Sulpice, dans la chapelle des Anges,
trois fresques signées Delacroix, peuvent être admirées. Sur les murs : La lutte
de Jacob et de l'Ange et Héliodore chassé du Temple. La troisième fresque, peinte
au plafond, représente Saint-Michel terrassant le Démon. À l'angle de la chapelle
se trouve une citation biblique, gravée sur un pilier : " RETIRE-MOI DE LA
BOVE QUE JE N'Y RESTE PAS ENFONCE P.S. LXVIII ". Il s'agit d'une citation
tirée du psaume 68 des bibles hébraïques, psaume numéroté 69 dans les bibles latines.
BOVE, se lit boue ou bove. Une bove est une cave, un antre, une grotte, tous lieux
on l'on se terre, ainsi que le fait le poète Annibale dans sa Mansarde. Peut-on
encore invoquer le hasard ? Nous
pourrions analyser un autre étrange roman de Gaston Leroux, intitulé " la
Reine du Sabbat ", dont le titre s'entend à trois niveaux de lecture, au
moins : la Rennes du sabbat, la Reine de Saba ou la Reine de Caba. Il s'agit d'une
oeuvre étrange, fascinante, véritable symphonie en rouge, au sein de laquelle
Leroux met en scène un certain Jacques Ork, tout en mentionnant par voie de note
: " C'est presque textuellement l'aventure de l'archiduc Jean d'Autriche
(Jean Orth) et de sa fiancée, la petite Milly. " Ce Jean Orth, c'est le même
que celui dont on signale le passage chez l'Abbé Saunière à Rennes-le-Château
! Dans ce même ouvrage, Leroux formule de bien curieuses confidences relatives
à un drame historique, énigmatique : l'affaire de Mayerling. Dans cette localité,
furent retrouvés les corps de Rodolphe de Habsbourg et celui de la baronne Marie
Vetsera, qui se seraient suicidés... Que
devint l'archiduc Jean d'Autriche, dit Jean Orth ? Un journal, vers 1910, publia
un article, accompagné de photos, accréditant la présence de Jean Orth en Argentine.
Ce journal était... Je Sais Tout... Enfin,
il est troublant après ce qui a été rapporté, concernant la collaboration de Raymond
Roussel, d'Alfred Jarry, de Maurice Leblanc et de Gaston Leroux, de lire au sujet
d'un curieux personnage nommé Magnus, dans la Reine du Sabbat, " Oui vous
avez tort de le plaindre ! Trois mains ! Il y a des moments, allez, où, pour certains
ouvrages, ça doit être rudement commode ! " Les italiques étant de Leroux
il semble bien qu'il s'agisse d'une incitation à entendre qu'il s'agit d'ouvrages
littéraires ! Les sceptiques objecteront que Magnus ne dispose que de trois mains
et que nous avons évoqué un travail à quatre mains. Nous n'en disconviendrons
pas, mais ferons observer que ce texte fut rédigé de 1910 à 1913 et que le pauvre
Jarry observait déjà les pissenlits par la racine, depuis 1907 Enfin,
et pour emporter définivement votre conviction concernant la thèse alchimique
de Rennes-le-Château, il faut connaître les faits suivants. À l'époque où Boudet
et Saunière étaient en place dans l'Aude, Gioacchino Pecci (1810-1903) était pape
(1878-1903) sous le nom de Léon XIII. Curieux pape que cet homme qui s'intéressa
à la question ouvrière et recommanda aux catholiques français de se " rallier
" au gouvernement républicain. Ce qui se sait moins, c'est que Léon XIII
entrouvrit aux savants les Archives secrètes du Vatican. Alors qu'il était nonce
apostolique à Bruxelles Pecci éprouva une curiosité marquée pour le laboratoire
de van Helmont. Il parvint à en obtenir la libre disposition et s'y rendit seul
afin d'y passer de longs moments... Richard Khaitzine
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