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Richard KHAITZINE


Auteur d'un précédent ouvrage sur Rennes-Le-Château, et auteur de plusieurs livres sur l'Alchimie, Richard Khaitzine nous présente ici ses nouvelles réflexions sur Rennes-Le-Château. Vous pourrez retrouver prochainement ses différents éléments dans son nouveau livre aux nouvelles " éditions du Chat Noir "

 

Les passionnés pourront se procurer, à la rentrée, mon livre Les Alchimistes de Rennes-le-Château, publié par les éditions du Chat-Noir- dont la dénomination est loin d'être innocente. Il est probable que mes propos dérangeront. Ils n'engagent que moi, étant donné que je ne suis affilié à aucune chapelle, ni à aucun groupement. En attendant ce rendez-vous, je vous invite à prendre connaissance de quelques informations, la plupart inédites et n'étant pas reprises en totalité dans le livre sus-évoqué.

À propos de Nicolas Poussin :

Ce peintre, on le sait, consacra deux toiles aux Bergers d'Arcadie, celle exposée au Louvre et une seconde conservée en Angleterre. L'existence de ces deux tableaux a toujours réjoui les hermétistes, puisqu'elle autorise le jeu de mots : Les Toiles du Berger, ce qui s'entend l'étoile du Berger. Rappelons à ce sujet que, Léonard de Vinci, dont nous savons que la Joconde se trouve en relation avec le pays cher au Cardinal de Bonnechose, supérieur de Saunière- écrivit : " Celui qui se laisse guider par l'Étoile, ne peut s'égarer ". Ce 6 juillet, alors que j'entreprenais de rédiger ce texte, une nouvelle a été commentée par Europe N°1 . Des Anglais, ayant découvert, dans leur grenier, un tableau, ont décidé de le faire expertiser. Ladite toile va être vendue prochainement chez Christie's. Il s'est avéré que le tableau en question est une oeuvre peinte, lors de son arrrivée à Rome, par Poussin. Le sujet en est une scène pastorale mettant en scène des Bergers en Arcadie...


Concernant le tableau du Louvre, il s'agit bien d'une toile véhiculant un important secret de nature alchimique. La fameuse inscription " Et in arcadia ego " est une charade basée sur ce que Fulcanelli appelle l'épisémon. Les noms, modifiés par ce procédé, constituaient de véritables cryptogrammes. Ainsi, le vocable antimoine, était toujours écrit avec l'épisémon (?), équivalent aux deux consonnes assemblées sigma et tau, lorsqu'on l'employait pour caractériser le sujet hermétique. Fulcanelli pouvait difficilement se montrer plus direct, sinon en écrivant noir sur blanc le nom de ce sujet. L'analyse des Bergers étant complexe, elle nous entraînerait bien trop loin ici. Disons simplement que le nom du sujet y est nettement indiqué.
Signalons que Poussin consacra aussi une toile à Sainte-Cécile, patronne des musiciens (Musée du Prado, Madrid). C'est le lieu de ce souvenir que l'Alchimie était dite art de musique. Sur sa toile, Poussin a reproduit deux angelots au sol, et donc fixés, symbolisant le mercure ou esprit. Ces deux angelots tiennent une partition se déroulant en phylactère (indice qu'une lecture hermétique s'impose). La posture des angelots est pour le moins surprenante et schématise deux lettres grecques. Les vêtements de la Sainte, bleu nuit (équivalent du noir héraldique), jaune et rouge, évoquent bien les trois principales couleurs du Grand-Oeuvre. À noter la présence de l'enfant-Jésus et de Jean le Baptiste adossés à une colonne. Comment mieux résumer ce qu'est le mercure ? Ce mercure est un sel double. Les textes nous disent qu'il est la colonne de l'Oeuvre. Or, en égyptien, colonne se dit thot (équivalent chez les grecs du dieu Hermès et chez les latins de Mercure). Quant au troisième angelot, il est représenté volant ou volatile soulevant un rideau rouge, symbolisant le troisième oeuvre.
Notons, également, que Fulcanelli, toujours à propos de l'épisémon, précise : " D'autre part la cabale phonétique, qui fait du mot français tour l'équivalent de l'attique t????? ... " Le mot attique va nous être précieux, un peu plus avant, lorsque nous évoquerons l'abbé Boudet et son singulier ouvrage, ainsi qu'un roman méconnu de Gaston Leroux. Signalons, afin de conclure cette première partie, que l'interprétation de Patrick Ferté concernant le nom de Detinan est erronée. En effet, mon estimé confrère écrit : " Dans la Dame blonde (1907), Lupin fait jouer un rôle important à Maître DETINAN, son avocat-conseil dont M. Leblanc précise gratuitement, donc suspectement, que c'est un " député radical ". En ôtant les lettres D et N, Patrick Ferté transforme RADICAL DETINAN en L'ET IN ARCADIA. Une subtilité lui a échappé. En effet, l'appartenance de Detinan au groupe politique radical invite à l'exclure de ce qui est à droite comme de ce qui se situe à gauche pour ne conserver que le centre. Abandonnant donc D et N, il reste ETINA, anagramme du nom d'un métal, celui livré astucieusement par Nicolas Poussin dans son tableau. Il s'agit du métal dont les textes disent qu'il est élu (en hébreu : nazir, ce qui ouvre d'intéressantes perspectives symboliques lorsque ce terme est mis en relation avec le Nazaréen des évangiles). Ceci explique la suite du roman de Leblanc : " N'est-il pas évident que l'appartement de maître Détinan est le lieu choisi par vous, le lieu inévitable où il faut qu'on se réunisse ". Ce lieu élu ou choisi est à entendre au sens de demeure zodiacale, celle où réside le dieu à qui est attribué ce métal. À un niveau apocalyptique, ce lieu élu fait référence à celui au sein duquel la vie sera préservée lors de la Fin des Temps et ceci conformément à ce qui est expliqué dans le chapitre, peut-être apocryphe, ajouté au Mystère des Cathédrales sous le titre La Croix cyclique d' Hendaye.

Où Poussin nous mène à un autre peintre.
Puisque nous venons d'évoquer les confidences d'Arsène Lupin, si magnifiquement mises en lumière par Patrick Ferté, sous l'angle historique, qu'il me soit permis de compléter ses vues concernant certaines curiosités contenues par la Comtesse de Cagliostro. Nous ne reviendrons pas sur les éléments commentés par notre confrère, à savoir la présence de Monseigneur de Bonnechose et d'un Léonard, conjointement à la Joconde, dans ce roman de Maurice Leblanc. En revanche, il faut mentionner un non-dit renvoyant à un nouveau tableau. Au sein du deuxième chapitre, Leblanc donne à entendre que Joséphine Cagliostro serait le fruit des amours de Cagliostro et de Joséphine de Beauharnais qui aurait accouché à Palerme. Naturellement, l'anecdote, au plan historique, paraît pour le moins improbable. Une note précise : " Jusqu'ici aucun des biographes de Joséphine n'avait pu expliquer pourquoi elle s'était évadée en quelque sorte de Fontainebleau. Seul M. Frédéric Masson, pressentant la vérité, écrit : " Peut-être trouvera-t-on un jour quelque lettre précisant et affirmant la nécessité physique d'un départ. " Maurice Leblanc ne pouvait ignorer l'existence du tableau peint par Pierre Prud'hon, en 1805 et représentant " Joséphine à la Malmaison ", exposé au Louvre. L'Impératrice y est représentée assise, en une pose alanguie, sur un siège naturel de pierre, en pleine nature. Ce fauteuil ressemble comme un frère jumeau au fauteuil du Diable. La position caractéristique des deux arbres situés en arrière-plan ne laisse aucun doute quant à l'identification du paysage.
Prud'hon, né en 1758, à Cluny et mort à Paris en 1823, n'était pas contemporain de l'affaire qui nous occupe, aussi l'on peut se demander comment il prit connaissance de ce lieu. Existe-t-il un mystère Prud'hon comme il existe un mystère Poussin ? Après des études à Paris et à Dijon, ce peintre séjourna à Rome, de 1785 à 1788. Il y découvrit l'art alexandrin et pompéien et admira particulièrement Léonard de Vinci et le Corrège. Son art s'épanouit après sa rencontre en 1802 avec Constance Meyer. Il traita surtout des thèmes allégoriques et mythologiques. Sa peinture témoigne d'un goût prononcé pour les compositions en diagonale et les éclairages lunaires. Delacroix lui fut redevable...

 

À propos de la date du 17 janvier
Aucune des explications lues sur ce sujet ne m'a semblé très explicite, ni très convaincante. Je demeure persuadé, conformément à ce que j'avais émis comme hypothèse de travail , il y a de cela plusieurs années, lors de la publication des Faiseurs d'or de Rennes-le-Château, que la solution tient en deux noms : Gérard de Nerval et Nicolas Flamel, le premier ayant compris le pourquoi d'une erreur volontaire du second. En effet, Flamel indiqua qu'il effectua sa transmutation le 17 janvier 1382 et qu'il s'agissait d'un lundi, alors que, manifestement, cette date tombait un vendredi. Victor Hugo devait avoir compris le pourquoi de la chose, puisqu'il situe l'action de son alchimique roman, consacré à Esméralda (l'Émeraude des Sages) et à Quasimodo (le quasi-monde, ou chaos, la matière première alchimique), je veux parler, naturellement de Notre-Dame de Paris, un 17 janvier 1482... soit 100 ans, jour pour jour après la projection de Flamel. Précisons que Hugo avait reçu les confidences soit de Fa bre d'Olivet, soit de Cambriel l'alchimiste de Limoux. Si cette ville est célèbre en raison de sa fameuse blanquette, elle l'est également à cause de sa fontaine, réputée soigner " les yeux gâtés ", la fontaine de Notre-Dame de Marceille, à laquelle Henri Boudet consacra quelques pages, au sein de Vraie langue celtique, tout comme le fit, également, Fulcanelli dans Le Mystère des Cathédrales. Les deux hommes étant contemporains, par l'intermédiaire de Saunière, leurs relations parisiennes étant communes, il serait très étonnant qu'il ne se soient jamais rencontrés.
Ne sachant pas si le calendrier de son époque serait modifié ou pas, Flamel légua à la postérité le moyen de retrouver la date à laquelle se situa son résultat. Il eut raison, puisqu'en 1582, le calendrier Julien fut réformé par le pape Grégoire XIII. Le jeudi 4 octobre 1582 fut suivi du vendredi 15 octobre. Il y eut suppression de dix jours calendaires. Cela provoqua au demeurant un beau tollé, certains moines ignares accusant le Pape de leur voler dix jours de vie. Cette refonte était dûe à la nécessité de remettre en accord l'année tropique (intervalle moyen de deux retours consécutifs du soleil à l'équinoxe de printemps) et le calendrier, invention des hommes. Les jours de la semaine portant des noms de planètes, le Pape aurait commis une erreur monstrueuse s'il était passé du Jeudi 4 au lundi 15, car il aurait escamoté un vendredi, un samedi et un dimanche. Il s'en est bien gardé et n'a pas touché à la semaine, puisque le lendemain du jeudi est demeuré un vendredi. Il n'en reste pas moins vrai que le 17 janvier de Flamel n'est plus notre 17 janvier...Cela étant précisé, il serait surprenant que la date choisie par le Pape Grégoire XIII ait été le résultat du hasard, puisque le jeudi est le jour consacré à Jupiter et que le chiffre 4 désigne le métal attribué à ce dieu...

Où l'on retrouve le 17 janvier
L'oeuvre de Maurice Leblanc a focalisé toute l'attention de Patrick Ferté, mais elle n'est pas la seule à véhiculer d'étranges confidences relatives à la région du Razès et de Rennes-le-Château. La lecture d'un auteur, aujourd'hui bien oublié, ayant eu une certaine célébrité au XIXe siècle, nous vaut quelques surprises. Xavier de Montépin, écrivain populaire, dont on ne connaît guère plus que la Porteuse de Pain (1884-1885) fut aussi prolixe que Michel Zévaco, Ponson du Terrail, Paul Féval ou Eugène Sue ; il écrivit plus de 350 volumes. Né en 1823, à Apremont en Vendée, il mourut à Paris en 1902. Il débuta en 1848 dans le journalisme et publia des articles opposés au socialisme. Puis, il se tourna vers le roman-feuilleton et effectua un spectaculaire revirement en écrivant des romans dénonçant l'extrême misère ouvrière et stigmatisant les vices des riches et des puissants Sa Majesté l'argent, les Chevaliers du Lansquenet, les Viveurs d'autrefois.
Le Médecin des Pauvres, dont l'action se situe en Franche-Comté, haut-lieu de la maçonnerie forestière et du mouvement Carbonari, s'ouvre sur un prologue, intitulé La Nuit du 17 janvier. Ce qui pourrait passer pour le fruit du hasard cède rapidement la place au sentiment qu'il s'agit d'un livre à clés. Dès la deuxième page, nous sommes fixés. Au sujet de son héros Pierre Prost, Xavier de Montépin écrit : " Pierre Prost appartenait à la grande famille de ces hommes marqués au front d'un sceau divin et de qui l'on peut dire au jour de leur mort : Ils ont passé sur la terre en faisant le bien, quelle que soit d'ailleurs la position sociale dans laquelle le hasard ou la Providence les ait fait naître... ". Cela n'évoque-t-il pas certaine inscription sur la tombe du Marquis de Fleury, en rapport avec la Franc-Maçonnerie ? Truffé d'allusions à la maçonnerie, mais aussi à la langue des Oiseaux, ce roman se double d' une vaste allégorie alchimique...
Il semblerait que les deux toiles, visibles en l'église de Rennes-les-Bains, aient été offertes par le Marquis de Fleury. Lesdites toiles, adressées au Musée du Louvre, furent retournées à la ville, au prétexte qu'elles n'étaient pas signées et qu'il s'agissait " de croûtes ". Contrairement aux conclusions du Louvre, ces tableaux portent une signature : la marque des pédauques : une patte d'oie, animal consacré à Hermès ! Quant à la piéta, démarquée de celle de Van-Dyck, elle montre des détails très expressifs ayant trait au métal élu, ne serait-ce qu'en raison du Christ pantelant faisant grise mine. Le vitraux dédiés à St-Nazaire ( à noter que l'abréviation St correspond à l'épisémon précédemment évoqué) et à St-Celse (anagramme de ce sel) le fidèle serviteur (dénomination classique du Mercure) complètent ces indices.
Au sujet du Marquis de Fleury, il convient de savoir que l'un de ses descendants, le Docteur Maurice de Fleury était l'un des meilleurs amis de... Maurice Leblanc.

 

L'abbé Boudet et son livre consacré au cromleck
Les exégèses pratiquées à ce sujet demeurent insatisfaisantes. Le livre de l'abbé est un traité d'alchimie dans la plus pure tradition, c'est-à-dire un ouvrage rédigé en cabale phonétique. Il est certain que cet érudit à l'inlassable curiosité, devait être abonné à la Revue Britannique, revue dans laquelle Grasset d'Orcet, cité par Fulcanelli à diverses reprises à propos de la cabale phonétique, publia de longs et intéressants articles durant trente ans. Dès les quarante premières pages de La Vraie Langue celtique, le nom de l'agent est donné par le souriant abbé, dans un passage où, faisant preuve d'une insistance méritoire, l'ancien professeur d'anglais du collège St-Stanislas -ô magie des coïncidences- insiste sur l'équivalent français du pronom we. Ce " nous " est à attendre nsss , l'esprit, la fine pointe de l'âme. Il s'agit de ce nsss dont les secrets ont été confiés à Sainte-Marie-Madeleine, selon l'Évangile gnostique qui porte son nom. Quant au Cromleck, de nombreux auteurs se sont étonnés de son absence. Alors ? C'est que Boudet était un amateur de Pierres, mais pas de celles auxquelles pensent les minéralogistes et les archéologues! La clef du jeu de mots suggéré par Boudet est de même nature que celle utilisée par le lapicide ayant gravé deux pierres tombales portant le nom du Marquis de Fleury. En Alchimie, il est fréquent de lire qu'il existe trois pierres, à savoir : l'élixir, le soufre philosophique et la pierre philosophale. Elles sont emblématisées au sommet de l'église de Rennes-les-Bains par trois boules. Il est vrai, qu'à un autre niveau, ces trois boules sont nettement symboliques des tri-bulations ou du tri-boulement, autrement dit du versement de la boule terrestre, du basculement des pôles. À la fin du XIXe et au début du XXe siècles cette notion était fortement implantée dans les esprits. Outre Fulcanelli, qui attira l'attention sur les dangers qui peuvent résulter du progrès illimité des sciences et, notamment, de la sursaturation provoquée par les ondes électromagnétiques-dont nous pouvons vérifier les effets désastreux depuis quelques années-d'autres auteurs en furent préoccupés. Jules Verne publia, sur ce sujet, Le Sphinx des glaces et Sens-Dessus-Dessous ; Camille Flammarion écrivit La Fin du Monde. Ces deux auteurs furent membres du Conseil de Tutelle du Cabaret du Chat Noir, ainsi que cela peut se vérifier sur la liste des fondateurs, annexée au Chat Noir guide (1885). Rappelons que ce Cabaret organisait des séances de Théâtre d'Ombres. L'une de ces séances programmait le Sphinx, dont la dernière séquence apocalyptique montrait le sphinx égyptien, verdâtre, et pris dans les glaces, indice certain d'un cataclysme à l'échelle planétaire.
Il y a de cela plus d'une dizaine d'années, les sceptiques professionnels chargés de faire l'opinion se sont beaucoup amusés de ces craintes, alors même que certains d'entre-nous tentaient, sans trop d'illusions il est vrai, d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur la possibilité d'une telle catastrophe. Cette même année Rennes-les-Bains fut dévastée par une sévère inondation, tout comme Vaison-la-Romaine. Depuis, le climat n'a cessé de se dégrader, les cataclysmes de se multiplier. Depuis la bourrasque de décembre 1999, de brusques sautes de vent se multiplient, laissant les météorologues et les scientifiques désemparés, mais se refusant à admettre ce que la simple observation démontre. L'avenir menace de ne pas être un futur si simple que d'aucuns le pensent !
La démonstration de l'abbé Boudet visant à prouver que le Celte provient de l'Anglais suffit à prouver qu'il s'agissait d'un homme d'esprit, de ceux dont on dit que la conversation ne manque pas de sel. Aussi est-il prudent, en le lisant, de se souvenir qu'il était expert en grec et que de celtique à sel attique, il n'y a guère que la distance d'un à-peu près phonétique, de ceux prisés par la langue des oiseaux, en vieux français oisons ou oie-sons, les fils de l'Oie, les disciples d'Hermès ! Rappelons aussi que l'expression sel attique possède le sens de fine plaisanterie.

Où le sel attique nous conduit à une Mansarde d'Or
J'avais, il y a de cela quelques années, démontré, au sein de La Langue des Oiseaux (Dervy), que l'alchimiste connu sous le pseudonyme de Fulcanelli avait, aux alentours de 1894, sollicité les talents de quatre écrivains : son élève et disciple Raymond Roussel, Alfred Jarry, Maurice Leblanc et ... Gaston Leroux. Son but ? Leur faire écrire une oeuvre selon des contraintes littéraires précises afin que ses propres travaux-non publiés à l'époque, ne se perdent pas.
Le jovial Gaston Leroux-et il mérite bien cette épithète car il fut véritablement l'Empereur du roman populaire et un homme de franche gaieté- savait assurément à quoi s'en tenir en ce qui concerne le symbolisme de Marie-Madeleine en correspondance avec Rennes-le-Château. Il n'ignorait rien, non plus, de la prostituée de l'Oeuvre menant à l'or, puisqu'il lui consacra l'une de ses oeuvres, titrée la Mansarde d'Or . Ce roman fut publié en 1926, soit la même année que le Mystère des Cathédrales. En préambule, rappelons qu'une mansarde, demeure dont le nom provient de celui du grand architecte Mansart, se définit comme " un comble à quatre pans ". Outre que les combles soutiennent le toit, ils constituent l'Attique d'un immeuble, ce qui est placé au sommet et de proportions moindres que l'étage inférieur. Le mot " attique " provient d'Athènes et caractérise, également, le sentiment des nuances, la grâce légère (mais n'est-elle pas toujours aérienne ?), l'ironie imperceptible, la simplicité du style, l'aisance du discours, l'élégance de la preuve et, dans le domaine de l'Esprit et, ainsi que nous l'avons dit à propos du livre de Boudet, en tant que sel... la plaisanterie fine. Or, dès 1894, et au cours d' une période qui couvrit le premier tiers du XXesiècle, un Alchimiste, érudit et génial, régnant en haut (autant dire sous les combles), tel un moderne Élie entreprit une oeuvre qui devait, non seulement lui permettre de passer à la postérité, mais lui assurer l'immortalité, et ce au sens figuré comme, peut-être, au sens propre. Dans le même temps, quatre 1 écrivains- selon l'étymologie, des scribes, des descendants de Thot, inventeur, dit-on, de l'écriture, et dont les grecs firent Hermès et les romains Mercure- commandités par notre Élie , vaquant à l'étage inférieur, tels Vulcain, se livraient à de frénétiques travaux littéraires, chacun dans le style qui lui était propre, martelant, sans cesse les mêmes notions, inlassablement. Mais comme chacun le sait, il faut plusieurs coups de marteau afin d'enfoncer le clou... et, concernant la compréhension humaine, la plus réfractaire, la plus dure des surfaces, il devient nécessaire de redoubler d'efforts. Forgeant leur oeuvre respective, mais sur un canevas 2 imposé, se pliant à des contraintes littéraires que n'eurent pas désavouées Georges Perec et les membres de l'Oulipo, les 4 scribes assurèrent la préservation des travaux- non encore publiés de leur ami. Les écrivains se nommaient : Raymond Roussel, Alfred Jarry, Maurice Leblanc et ... Gaston Leroux 3. Concernant le canevas, il s'agissait des notes qui devaient constituer Le Mystère des Cathédrales et les Demeures Philosopales , édités respectivement en 1926 et 1930, ainsi qu' un troisième " présumé " livre : Finis Gloria Mundi, qui ne le fut pas et ne le sera, sans doute jamais. Ici, une mise en garde s'impose. Bien que les romans de Gaston Leroux, notamment, laissent entrevoir, dans quelques passages, ce qu'aurait pu être ce dernier ouvrage, il n'est pas conseillé de se procurer le texte publié sous ce titre, il y a de cela deux ans. Ici, comme dans d'autres domaines, il est prudent de ne pas confondre la colombe et le pigeon ! Quant à l'Alchimiste, vous l'aurez compris, il dissimula son identité sous le pseudonyme parlant de Vulcain- Élie ou plutôt Fulcanelli, sous-entendant le Vulcain-Hellé -Hellé étant la déesse-lune des Pelasges, nous comprendrons que ce pseudonyme renvoie au Vulcain lunatique, le feu secret des Alchimistes.
Bien beau et curieux roman que cette Mansarde d'Or, dont nous connaissons, à présent les sous-entendus historico-hermétiques. Le texte va nous livrer d'autres confidences, aussi sûrement que le Mercure livre le Soufre , que l'Oeuvre au blanc mène à l'Oeuvre au rouge et que les livres de Leblanc aboutirent à ceux de Leroux ! À Montmartre (emplacement dédié à Mercure), proche du Sacré-Coeur (emblème du Soufre), dans ce quartier où fleurissaient les cabarets, dans le dernier quart du XIXe siècle, et notamment le Chat Noir, établissement fondé par Fulcanelli et ses relations- ceci expliquant les pages étonnantes qu'il consacra à ce lieu, vit un pauvre hère, un poète maudit: Annibale... pas Lector, le cannibale, mais d'Aquitaine et lui se serre la ceinture, il ne mange pas tous les jours à sa faim. Gaston Leroux précise, ailleurs, qu'Annibale est pauvre comme Job. Gageons que cette insistance n'est pas gratuite, elle pourrait bien être destinée à attirer l'attention sur certain personnage qui défraya la chronique en 1905 ! Dans sa mansarde ( vous savez, à présent, même si vous n'y avez pas vécu, ce dont il s'agit), il travaille à une Grande Oeuvre, intitulée l'Apocalypse, la Fin de la Gloire du Monde... en somme. Comme l'indique l'orthographe de son nom, différente de celle de l'autre, pas le cannibale... le général Carthaginois, héros des guerres puniques -Hannibal, il s'escrime à devenir célèbre, sans y parvenir, faute d'Esprit que symbolise la lettre H, dont il est privé et qui rendrait ses travaux philosophiques. C'est là que se situe le fossé séparant la chimie de l'Alchimie.
Concernant le général Carthaginois Hannibal quelques réflexions s'imposent. La biographie d'Hannibal semble contenir divers détails qui relèvent davantage du symbole que de l'Histoire. Comme en Alchimie, il convient d'opérer la séparation du subtil et de l'épais. Son nom signifiait " Grâce au dieu Baal " ; il avait pour père un certain Hamilcar (Grâce au dieu Melkart) Barca (l'orage). Le père et le fils participèrent aux Guerres Puniques (de Punicus, Poeni ou Carthaginois). Au sens figuré, mais qui le sait de nos jours ?, punique possédait le sens- ainsi que l'écrivit Victor Hugo- de ruse, perfidie, travers que prêtaient les Romains aux Carthaginois. Le terme punique est, vraisemblablement à rapprocher du mot anglais pun, qualifiant le petit langage, le langage cabalistique, la langue des oiseaux, un mode d'expression sub rosa. Or, comme le soulignait Pierre Dujols, la rose est aussi la ruse. Par suite, il convient de se montrer prudent et méfiant en lisant. En effet, Baal (Maître, Seigneur), chez les Sémites, figurait le dieu Père, le dieu de la fertilité et de l'orage, de la foudre. L'Ancien Testament explique que son culte fut combattu par Élie ( en hébreu : Eliyahû : Yahweh est mon dieu). L'étymologie du nom d'Élie prouve que la religion hébraïque substitua sa divinité à l'ancienne, comme le fit, après elle, la religion chrétienne. Chez les Grecs, Baal prit le nom de Zeus. À Carthage, il se nommait Baal Hammon, équivalent du Jupiter-Amon des latins, version du Zeus-Amon à tête de bélier des Grecs. À Tyr, il était Melkart et l'on prétend que son Temple aurait été construit par Hiram 1. Nous sommes bien en présence d'Histoire mêlée de symbolisme, Hiram étant un personnage purement fictif. Il a été admis, un peu rapidement que le bélier était un animal solaire et que Zeus-Jupiter-Amon étaient des figurations du Soleil. Cette interprétation est fautive. Outre que le bélier est un animal à cornes-lesquelles équivalent à des croissants de lune-, l'analyse des myhtes nous conforte dans l' hypothèse qu'il s'agissait d'un dieu lunaire. Dans le système religieux archaïque des Pélasges, il n'y avait ni dieux, ni prêtres, uniquement une déesse universelle et ses prêtresses. Il s'agissait d'une société matriarcale où l'on honorait la déesse-Lune. Son nom summérien était Iahu (la colombe d'en haut), nom qui échut plus tard à Iahvé Créateur, le Dieu-Père, équivalent de Zeus. Bélus est le Baal de l'Ancien Testament et le Bel des Apocryphes ; il a emprunté son nom à la déesse-Lune sumérienne Belili qu'il a remplacée. Cette ambiguïté relative à Zeus se trouve expliquée par le récit de l'Odyssée, examiné à la lumière du Zeus de A.B. Cook, pour qui l'oeil du cyclope était un symbole solaire. Ce point de vue est antagoniste du fait que, quand Odysseus-Ulysse crève l'oeil du forgeron Polyphème (le cyclope, du grec kuklos : cercle) , le soleil continue de briller. Seul l'oeil du dieu Baal, ou Moloch, ou Tesup ou Polyphème (dont il serait douteux que le nom signifie célèbre, comme admis) a été éteint. Ainsi s'expliquerait que soit attribué à Zeus un métal, l'étain, dont l'aspect, mercuriel et proche de celui de l'argent, inciterait plutôt à le mettre en relation avec une déesse, et ce conformément à la remarque générale formulée par Fulcanelli, dans Demeures Philosophales, au sujet des correspondances entre dieux, déesses et métaux.

Mais reprenons l'analyse de la Mansarde d'Or. La route du poète croise celle d'une...horizontale. C'est ainsi qu'autrefois, l'on désignait les femmes légères, en faisant un savant usage de l'euphémisme. L'identité que lui donne Leroux est moins nuancée, puisqu'elle s'appelle Béatrice Lichtenstein , dite Bitché, pour les intimes, qui sont nombreux. Son nom est déjà un vaste programme, pouvant se traduire par la Bienheureuse Pierre lumineuse ou la Pierre lumineuse de la félicité. Quant à Bitché, de bitch, c'est une poule et de façon moins nuancée...une grue, une pute. Désolé, mais il s'agit d'un passage obligé, du moins concernant l'Alchimie. À noter que la grue , chez les grecs, était l'oiseau consacré à Hermès-Thot. Thot étant un dieu-Lune, nous comprenons mieux pourquoi, comme dans le cas de Zeus, Hermès se voit attribuer le Mercure- métal qui, lui aussi, conviendrait davantage à une déesse. En réalité, Zeus, en Arcadie, et à Cios, ainsi qu'Hermès et Apollon, ailleurs, avaient, pour nom cultuel, Aristée : la Lune.
Bitché est amoureuse du poète crotté qui souffre. Elle propose de mettre à son service l'or qu'elle a gagné en exerçant une profession que la morale réprouve, mais que le fisc, hypocrite et tentaculaire, taxe d'abondance, en bon maquereau qu'il est. Autrefois, on désignait ces messieurs, à la tenue voyante, qui surveillaient leurs ponantes ou chevaux, des Alphonses, soit dit en passant, et même si vous vous en fichez, ce qui est votre droit le plus légitime.
La Lichtenstein, tente de convaincre Annibale d'accepter ses économies, l'assurant que son or s'en trouvera purifié ; elle souhaite financer l'adaptation d'une de ses Oeuvres à l'écran. Selon elle, seul le cinématographe est susceptible d'apporter la Gloire, au jeune homme... et pourquoi pas les palmes académiques, encore qu'il s'agirait plutôt, en l'occurrence de la palme consacrant des travaux plus philosophiques que ceux menés par les Immortels qui siègent sous la Coupole du Quai Conti. D'ailleurs, ceux-là, Gaston Leroux les a brocardés, avec brio, dans Le Fauteuil Hanté.

Pour la petite histoire, dans les draps de laquelle la grande fait son lit, le Quai redevable de son nom au Prince de Conti, fut au centre d'un bien curieux fait divers. En 1914, fut publiée une édition, commentée, du fameux Mutus Liber. Le texte en était précédé d'une hypotypose, signée Magophon. Ce pseudonyme masquait le nom de l'un des hommes les plus érudits de l'époque : Pierre Dujols, libraire de son état. Outre qu'il était le dernier héritier des Valois et le descendant en droite ligne du mariage du duc d'Anjou, quatrième fils de Catherine de Médicis, et d'Adélaïde de Médina Coeli, Pierre Dujols 1fut, également le meilleur ami de l'auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales. Or, dans son Hypotypose, Dujols rapporte : " De tous temps, il y eut des faiseurs d'or ; les gentilhommes verriers, qui jouissaient d'une si haute considération, étaient des hermétistes. Et même de nos jours, la transmutation opère encore des miracles. À la suite de débats sensationnels et peu distants, on a laissé dire- et au milieu de quelle stupeur- que l'Administration de la Monnaie aurait saisi, sans autre forme de procès-et pour cause !-la production d'un alchimiste contemporain :- " Vous ne devez pas savoir pouvoir faire de l'or !" lui dit-on d'un air comminatoire, en le renvoyant les mains libres, mais vides. Est-il donc défendu d'être savant, ou alors l'alchimie serait-elle un secret d'Etat ? " Une note précise que cette introduction a été écrite avant la première guerre mondiale.
Les propos de Dujols seraient déjà de nature à troubler les esprits, mais que dire de la suite ? Quelques années plus tôt, en septembre 1905, le journal Je Sais tout, appartenant au groupe d'édition Pierre Laffitte, 2 avait publié un article, intitulé Les Faiseurs d'Or, titre dont nous venons de voir qu'il fut utilisé par Dujols dans sa formulation. Il s'agissait de l'interview d'un alchimiste, répondant au nom d'Alphonse Jobert. L'article était signé André Ibels, le frère de Henri Gabriel Ibels, décorateur du cabaret du Chat Noir. Décidemment, le monde de l' hermétisme est petit.
Alphonse Jobert, après avoir expliqué ce qu'était l'Alchimie, se tournant vers le miroir, décorant son appartement, et souriant énigmatiquement, se mit à raconter une anecdote... celle rapportée par Dujols, l'affaire de la saisie d'or par l'Hôtel de la Monnaie du Quai Conti. Selon lui, la saisie portait sur... soixante-seize kilos ! Il y a fort à parier que le malheureux alchimiste était Alphonse Jobert lui-même. Curieusement, en 1869, figurait sur la liste des membres de la Loge de l'École Mutuelle un certain Docteur Jobert. À noter qu'Alphonse Jobert avait focalisé l'attention sur sa personne dès juillet 1905 . À cette date, il avait procédé à une transmutation en direct, devant des témoins dignes de foi, dont le Docteur Doyen, l'éminent chirurgien de l'Hôpital Saint-Louis, et ce dans le hall de la Grande Roue, lors de l'Exposition. Jobert devait récidiver, par deux fois, en 1906. La première de ces expériences se déroula devant Victorien Joncières, auteur d'un opéra que créa... Emma Calvé, la cantatrice liée avec l'abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château. La seconde fut effectuée pour le compte de Léon Champrenaud, Directeur du journal La Voie et qui, sous le pseudonyme d'Abdul Haqq était le responsable du mouvement gnostique... Ajoutons que Jobert affirma à André Ibels être en mesure de produire une quantité d'or alchimique, par la seule voie humide, suffisante pour que la France puisse éteindre sa dette.
Affabulations ? Il ne semble pas. Dans son flamboyant roman, intitulé Le Fantôme de l'Opéra (titre à traduire le fantôme de l'Oeuvre... alchimique, autrement dit le Mercure), par voie de note, semble évoquer cette affaire et suggérer qu'elle est " classée secret d'État ". Il n'est pas le seul. Raymond Roussel qui, dans son livre testament : Comment j'ai écrit certains de mes livres, mentionne son ex-professeur de sciences, personnage distrait ou lunaire , sous le pseudonyme transparent de Volcan, nous livre une confidence ayant mis ses exégètes en échec. Nous allons livrer la solution du rébus. Mais lisons Roussel : " Quant à l'anecdote sur le prince de Conti, mes souvenirs sont moins précis ; un mot a dû servir de point de départ et ce mot me manque ; ceci seulement me reste : 1° " ... à jet continu" ; 2° " ... à geai Conti nu" . J'usais de n'importe quoi... "
De n'importe quoi ? Nous aurions tort de croire Roussel. Chez lui, rien n'est gratuit et chaque mot est important. Toute son oeuvre, de son propre aveu, relève d'un procédé littéraire très spécial . " Je choisissais deux mots presques semblables (faisant penser aux métagrammes)... " Ce procédé n'est qu'une variante de la cabale phonétique, dont son Maître était un expert, fonctionnant par rébus, charades et à-peu près phonétiques. Les deux phrases homophones, mentionnées ci-dessus, en appellent une troisième -comme toutes celles, d'ailleurs, citées en exemple par Roussel. Si " À jet continu " peut s'entendre " À geai Conti nu ", ne peut-on y substituer " A.J. Conti nu " ? Cette variante, ne serait-elle pas une allusion voilée à " une visite effectuée par un certain A.J. à l'Hôtel de la Monnaie, Quai Conti, et qui en serait ressorti nu ou délesté ?

Mais poursuivons notre lecture de la Mansarde d'Or.
L'Alchimie se définissant comme étant " une permutation des formes par la lumière... " nous ne nous étonnerons pas que la Lichtenstein en choisisse l' application technologique, comme support de l'Oeuvre du poète, d'autant que le cinématographe- extension du Théâtre d'Ombres, exploité au Cabaret du Chat Noir-1 fut inventé par des frères, au nom prédestiné : Louis et Auguste Lumière. Encore que, compte tenu des implications qui viennent d'être exposées, nous serions en droit de nous montrer très dubitatifs quant à cette imagerie d'Épinal, d'autant que l'un des heureux inventeurs ne cacha nullement le peu d'avenir qu'il envisageait pour son appareil. De là à penser qu'il agissait comme un prête-nom, exploitant un brevet, il n'y a qu'un pas à franchir.
Toutes ces coïncidences ne peuvent que troubler et, même les esprits les plus réfractaires, les plus ancrés dans leurs certitudes, ne peuvent que sentir vaciller leur monde si fixe, tellement tangible. Quant aux autres, les irréductibles, ils pourront toujours " si ces mystères les dépassent, feindre de croire que de multiples et providentiels hasards en furent les organisateurs ".
Si nous doutions de l'existence des sous-entendus hermétiques, glissés par Gaston Leroux dans ses oeuvres, il est un passage de la Mansarde d'or qui est de nature à lever tous les doutes. Au sein du deuxième chapitre, Annibale " sur le ton d'un Khristos " se plaint à un ami de l'attitude de Bitché alors qu'il lui lisait son chef-d'oeuvre : " Elle est encore chez moi. Et tu ne sais pas ce qu'elle y fait ?... Elle dort !... Quelle grue ! " Le mot est écrit en toutes lettres et la page suivante se montre encore plus précise : " ... et pendant ce temps elle dort !... et je suis sûr que si l'on prenait sa température à elle, on trouverait trente six cinq !... L'incongruité et le trivial de cette réflexion appellent à la vigilance. Vérifions et allons voir trente six ou trente sept pages plus loin. Annibale et Bitché se promènent à Montmartre et les habitants du quartier se demandent : " Où a-t-il pêché cette poule de luxe ? " La démonstration est convaincante. Elle le devient doublement quand on sait que la température requise, en Alchimie, est de 36, 5 degrés et que cette température est qualifiée de feu de poule. Ce dernier point peut être vérifié au Musée Camondo. En effet, un thermomètre, portant cette mention est accroché sur l'un des murs. Ceci n'a rien de surprenant, puisque cette demeure fut celle de la famille de Irène Hillel Erlanger, l'auteur de l'étonnant roman alchimique, rédigé en style Dada : Voyages en Kaléïdoscope.
Deux ou trois pages après, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Au cours d'une soirée, qui se tient chez un prêtre, une jeune danseuse exécute " Magdeleine dansant devant le Christ ". Les personnages présents sont des personnages à clef. Le poète vivant dans la pauvreté, depuis soixante ans, pourrait bien être Léon Bloy. Quant au peintre décorateur, Joseph Gerchain, il semble évident qu'il s'agit d'une référence directe au Guerchain, lequel peignit des Bergers d'Arcadie, avant Poussin. Et n'est-il pas familier ce prêtre, monté de Catalogne, se nommant Ocana (oca= oie), bon vivant et ne s'offusquant de rien, pas même des propos les plus sacrilèges, qui affectionne de fumer le cigare et dont Leroux écrit : " Un saint homme et d'une intelligence... il roule ses mots comme un gave des pyrénées qui roule ses pierres (...) riant de toute sa forte mâchoire (...) et qui venait lire souvent son bréviaire au frais, dans le "jardin", en fumant son éternel cigare... " N'évoque-t-il pas l'Abbé, de l'Aude, monté à Paris, afin de rencontrer un oblat de Saint-Sulpice, le fameux Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château ? D'ailleurs, afin que personne n'en doute, Leroux, fait préciser à Bitché : " Je ne suis que de la boue... auprès du bel ange maudit et qui sera peut-être précipité ". À Saint-Sulpice, dans la chapelle des Anges, trois fresques signées Delacroix, peuvent être admirées. Sur les murs : La lutte de Jacob et de l'Ange et Héliodore chassé du Temple. La troisième fresque, peinte au plafond, représente Saint-Michel terrassant le Démon. À l'angle de la chapelle se trouve une citation biblique, gravée sur un pilier : " RETIRE-MOI DE LA BOVE QUE JE N'Y RESTE PAS ENFONCE P.S. LXVIII ". Il s'agit d'une citation tirée du psaume 68 des bibles hébraïques, psaume numéroté 69 dans les bibles latines. BOVE, se lit boue ou bove. Une bove est une cave, un antre, une grotte, tous lieux on l'on se terre, ainsi que le fait le poète Annibale dans sa Mansarde. Peut-on encore invoquer le hasard ?
Nous pourrions analyser un autre étrange roman de Gaston Leroux, intitulé " la Reine du Sabbat ", dont le titre s'entend à trois niveaux de lecture, au moins : la Rennes du sabbat, la Reine de Saba ou la Reine de Caba. Il s'agit d'une oeuvre étrange, fascinante, véritable symphonie en rouge, au sein de laquelle Leroux met en scène un certain Jacques Ork, tout en mentionnant par voie de note : " C'est presque textuellement l'aventure de l'archiduc Jean d'Autriche (Jean Orth) et de sa fiancée, la petite Milly. " Ce Jean Orth, c'est le même que celui dont on signale le passage chez l'Abbé Saunière à Rennes-le-Château ! Dans ce même ouvrage, Leroux formule de bien curieuses confidences relatives à un drame historique, énigmatique : l'affaire de Mayerling. Dans cette localité, furent retrouvés les corps de Rodolphe de Habsbourg et celui de la baronne Marie Vetsera, qui se seraient suicidés...
Que devint l'archiduc Jean d'Autriche, dit Jean Orth ? Un journal, vers 1910, publia un article, accompagné de photos, accréditant la présence de Jean Orth en Argentine. Ce journal était... Je Sais Tout...
Enfin, il est troublant après ce qui a été rapporté, concernant la collaboration de Raymond Roussel, d'Alfred Jarry, de Maurice Leblanc et de Gaston Leroux, de lire au sujet d'un curieux personnage nommé Magnus, dans la Reine du Sabbat, " Oui vous avez tort de le plaindre ! Trois mains ! Il y a des moments, allez, où, pour certains ouvrages, ça doit être rudement commode ! " Les italiques étant de Leroux il semble bien qu'il s'agisse d'une incitation à entendre qu'il s'agit d'ouvrages littéraires ! Les sceptiques objecteront que Magnus ne dispose que de trois mains et que nous avons évoqué un travail à quatre mains. Nous n'en disconviendrons pas, mais ferons observer que ce texte fut rédigé de 1910 à 1913 et que le pauvre Jarry observait déjà les pissenlits par la racine, depuis 1907 
Enfin, et pour emporter définivement votre conviction concernant la thèse alchimique de Rennes-le-Château, il faut connaître les faits suivants. À l'époque où Boudet et Saunière étaient en place dans l'Aude, Gioacchino Pecci (1810-1903) était pape (1878-1903) sous le nom de Léon XIII. Curieux pape que cet homme qui s'intéressa à la question ouvrière et recommanda aux catholiques français de se " rallier " au gouvernement républicain. Ce qui se sait moins, c'est que Léon XIII entrouvrit aux savants les Archives secrètes du Vatican. Alors qu'il était nonce apostolique à Bruxelles Pecci éprouva une curiosité marquée pour le laboratoire de van Helmont. Il parvint à en obtenir la libre disposition et s'y rendit seul afin d'y passer de longs moments...

Richard Khaitzine



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