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Jean-Jacques BEDU


Jean-Jacques Bedu est l'auteur du livre "Rennes-Le-Château, autopsie d'un mythe". Une remise en cause totale de l'affaire nous proposant une analyse précise et étayée


La création d’un mythe :

Le trésor de Rennes-le-Château.

Avant que les travaux de René Nelli, Michel Roquebert, Jean Duvernoy et Anne Brenon ne soient reconnus et remportent le succès qu’ils méritent, on savait bien peu de choses sur le catharisme. Certains d’entre vous ont certainement lu les célèbres ouvrages de Maurice Magre que sont " Le Sang de Toulouse " et " Le Trésor des Albigeois ". Peut-être est-ce lui qui bien involontairement a fait naître ce mythe aujourd’hui indéracinable du trésor de Montségur et du couple antinomique Cathares - Graal que l’on a tant de mal à effacer de la mémoire de nos concitoyens. Maurice Magre fut un grand artisan du développement du catharisme et ses ouvrages ont suscité bien des vocations. C’était un grand poète et les thèmes qu’il aborda dans ses deux Rennes-le-Château le Dossier : Quéribus dans les brumes du mystèreromans eurent le mérite de faire rêver, d’allumer en certains la petite flamme cachée qui ne demande qu’à grandir si l’on veut bien l’entretenir. Lorsque l’on se plonge dans "Le Trésor des Albigeois" on ne peut que s’identifier au personnage principal, Michel de Bramevaque, et l’on se plaît à croire que le Graal est bien caché en pays toulousain lorsqu’il fut évacué de Montségur par les quatre cavaliers qui appartenaient à la "secte des Albigeois", cet étrange mouvement initiatique tout droit venu d’un orient bouddhique. En ces quelques mots se résume la version de Maurice Magre écrite en 1938. Elle est bien sûr très largement romancée mais elle repose sur une base de vérité que le poète voila sous l’allégorie des symboles.

Le succès des deux romans de Maurice Magre fut tel que l’on peut raisonnablement penser qu’ils firent naître un mythe autour des Albigeois et de leur fin tragique à Montségur. Ainsi, quelques années plus tard lorsque d’autres écrivains peu scrupuleux reprirent à leur compte ces éléments romancés, ils les offrirent comme des vérités à des lecteurs bien crédules. La frontière entre le roman et l’essai historique est aussitôt franchie et le mythe, ce pain de rêve dont nous avons tous besoin pour survivre devient un tissu de mensonges auquel certains de nous s’accrochent, comme un naufragé à sa bouée.

En cette fin de siècle il faut rêver et parce qu’il faut rêver il faut vendre et parce qu’il faut vendre il faut mentir.

C’est dans cette mouvance qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale naquit le célèbre mythe de Bérenger Saunière le curé de Rennes-le-Château.

Quelle analogie existe-t-il entre l’église cathare que les inquisiteurs exterminèrent après une sanglante croisade et un modeste curé de campagne qui officia dans un petit village de la haute vallée de l’Aude à la fin du siècle dernier ? En apparence aucuneRennes-le-Château le Dossier : Les ruines de Montségur. Pourtant, il suffit de regarder dans les rayonnages des libraires pour voir se côtoyer les ouvrages traitant du catharisme avec ceux de Rennes-le-Château, quand on ne retrouve pas les deux intimement liés sous un titre accrocheur. Il y a une volonté de la part de leurs auteurs : celle de vendre en faisant rêver, au prix d’une dissimulation de la vérité, laquelle dans le catharisme est bien plus belle que la fiction.

L’énigme de Rennes-le-Château

Il est une version des faits bien " ancrée " dans la mémoire. Elle met en scène le destin hors du commun de Bérenger Saunière, un prêtre arrivant pauvre au petit village de Rennes-le-Château à la fin du siècle dernier et suite à d’étranges trouvailles dans son église, finissant ses jours dans l’opulence, ayant légué à sa servante un domaine composé de nombreuses constructions et d’un patrimoine financier considérable. Si l’on en croit les nombreux acteurs de cette énigme la fortune ainsi constituée proviendrait de la découverte d’un mystérieux trésor dont l’origine semble remonter à la destruction du temple de Salomon. Mais dans cette affaire rien n’est exclu. En effet il est courant de lire que Bérenger Saunière avait découvert le trésor des cathares ou celui des templiers ou encore celui de Blanche de Castille, si ce n’est pas les trois à la fois quand on ne va pas laisser entendre que c’est l’arche d’alliance qui est dissimulée à Rennes-le-Château ! Mieux encore, la thèse du trésor ayant été insuffisante les narrateurs ont ajouté la connaissance d’un mystérieux secret dont la négociation auprès des plus hautes instances de l’église catholique aurait rapporté des sommes considérables à Bérenger Saunière. Tous les ingrédients ont été savamment ajoutés pour tenirRennes-le-Château le Dossier : Le titre de l'article de la Dépêche du Midi depuis plus de quarante ans le visiteur et le lecteur en haleine. Cette affaire connut un retentissement considérable dans les années soixante et fit la une de nombreux journaux, dont " La dépêche du Midi " qui la première s’en fit l’écho en 1956. Pourtant à la mort de Bérenger Saunière tout le monde connaissait à Rennes-le-Château la véritable source de revenu du prêtre et surtout quelle avait été l’utilisation des fonds. Que s’est-il passé depuis pour que de nouvelles thèses, dont certaines totalement fantasques viennent donner au lieu une coloration et une notoriété dont il se serait bien passé ? C’est ce que nous allons tenter d’expliquer.

 

Les origines de Rennes-le-Château.
Les découvertes archéologiques sont fréquentes dans l’Aude. Cette merveilleuse région ne se limite pas aux "Châteaux Cathares" que nous visitons aujourd’hui, châteaux qui ne sont d’ailleurs pas vraiment "cathares", comme si la magie et le mythe qui entourent ce mot suffisait à leur donner le mystère et la noblesse dont ils sont pourtant naturellement dotés.

L’étymologie de Rennes-le-Château ferait référence à Redae (Reda=chariot), antique et surtout une fois de plus mythique cité wisigothe que nous cherchons encore dans la région de Carcassonne. Il est dès lors évident pour de nombreux écrivains que cette cité se trouvait dans le haut Razès, prenant place sur le piton rocheux occupé de nos jours par le village de Rennes-le-Château. Il est dit que cette cité aurait abrité pas moins de deux couvents, dix-huit étals de boucherie et abrité en son temps pas moins de 30.000 personnes, ce qui considérable. A côté de Redae, Toulouse et Carcassonne faisaient pâle figure ! Hélas, cette cité, à l’instar de l’Atlantide est bien évidemment introuvable et toutes les fouilles entreprises aux alentours duRennes-le-Château le Dossier : Rhedae (Dessin de M.Marot, remerciement) village n’ont révélé aucune fondation qui aurait pu étayer cette thèse. Mais cette dernière est très séduisante car elle laisse entendre qu’une présence wisigothe à Rennes-le-Château aurait amené Bérenger Saunière sur la piste du trésor du temple de Salomon qui avait été pillé par ce peuple guerrier. Aucun rôle ne fut joué par Rennes-le-Château dans l’histoire de France. Même si ce petit village fut la capitale du Razès son nom n’est mentionné dans aucune bataille tant son rôle fut moindre dans une ligne de défense, y compris contre les envahisseurs français qui dévastèrent la région durant la croisade contre les Albigeois.

L’arrivée de l’abbé Saunière et la découverte du trésor :
C’est à la fin du siècle dernier que cet homme de trente-trois ans prend sa charge à Rennes-le-Château. Il est intelligent mais sa modeste condition, malgré de brillantes études au séminaire de Carcassonne, ne le destine pas à de hautes fonctions ecclésiastiques. C’est un être au caractère volontaire et entier qui poursuit un idéal politique royaliste. Très tôt Bérenger Saunière se trouve confronté à un problème matériel sérieux : celui de se loger avec décence. En effet, le presbytère est en piteux état mais pire encore, le toit de l’église menace de s’effondrer. Il trouvera refuge auprès de la famille Dénarnaud. Aidé par une petite somme avancée par le conseil de fabrique, il entreprend des travaux dans l’église et commence par déplacer le maître autel en vue de son remplacement. C’est à ce moment que naît la légende Rennes-le-Château. En effet, selon certains témoins, un des piliers de l’autel était creux et renfermait des rouleaux de bois contenant de mystérieux parchemins. Un des témoins vivait encore en 1966. Interrogé par des journalistes, il déclarait : nos travaux étaient déjà avancés et nous procédions au dégagement du maître autel lorsque le curé nous demanda d’arrêter les travaux. A cette époque le témoin qui s’appelle Antoine Verdier a 79 ans et pas un seul journaliste et encore moins tous les écrivains qui ont pris en compte ce témoigne n’ont fait la soustraction pour s’apercevoir qu’au moment des faits le dit Antoine Verdier n’était même pas né ! Dès lors la célèbre énigme de Rennes-le-Château repose sur une frêle maison de pilotis qui ne demande qu’à s’effondrer. Ces parchemins qu’à vu Antoine Verdier, que sont-ils devenus ? D’après Gérard de Sède, Bérenger Saunière, pressentant leur valeur a fait immédiatement arrêter les travaux et s’est rendu à Paris pour les négocier. Il rencontra un jeune prélat, l’abbé Hoffet qui fréquentait les milieux occultistes et qui les prit en charge. Mais l’évêque de Carcassonne, Monseigneur Billard, au courant de la transaction se rendit en 1901 à Paris pour s’enquérir du destin des mystérieux parchemins ? Nous sommes en plein roman policier et le romancier qui se nomme Gérard de Sède manie aussi bien la plume que les acteurs du drame qui est en train de se jouer. Non seulement il n’existe à ce jour aucune preuve que le prêtre se soit rendu à Paris, mais pire encore il fait voyager Monseigneur Billard en 1901 alors que pendant ce temps le pauvre homme est totalement impotent au monastère de Prouille. Quant à l’abbé Hoffet, il Rennes-le-Château le Dossier : L'Eglise Saint-Sulpice. Hoffet y était Oblatn’avait que 18 ans au moment des faits et ne ressemble en rien aux brillant traducteur de parchemin que Gérard de Sède a voulu nous dépeindre. Mais l’énigme des parchemins n’est pas encore close. Gérard de Sède a fait faire à notre prêtre, décidément bien astucieux, une copie sous la forme d’un calque. Cette dernière, bien évidemment, l’auteur l’a consultée et fait traduire par les services compétents. Elle révèle une généalogie en partie codée laissant entendre qu’il demeure en ce monde un roi perdu issu d’une lignée qui remonterait jusqu’à Jésus en passant par les mérovingiens et parvenant jusqu’à nous au travers des personnages membres d’une mystérieuse organisation secrète : Le prieuré de Sion. Nous sommes en plein délire politico-mystique ! En réalité, cette énigme des parchemins est une gigantesque farce, puisque la version qui a servi de base de travail à Gérard de Sède et surtout aux auteurs de "L’Enigme Sacrée" a été fabriquée de toutes pièces pour l’émission de Françis Blanche, "Signé Furax". Ce qui a fit dire à leur auteur : J’ai profité de l’occasion pour inventer que le maire s’était fait délivrer un calque des parchemins découverts par l’abbé. Alors sur une idée de Françis Blanche, je me suis mis en devoir de composer un calque codé sur des passages d’évangiles et de décoder moi-même ce que j’avais codé. Enfin, par voie détournée, je faisais parvenir à Gérard de Sède le fruit de mes veilles. Cela a marché au-delà de mes espoirs. Ces parchemins ont été fabriqués par moi, dont j’ai pris le texte antique en onciale, à la bibliothèque nationale sur l’ouvrage de Don Cabrol.

Peut-on raisonnablement, après ces révélations, continuer à s’intéresser à l’énigme de Rennes-le-Château, sachant qu’elle repose sur un tissus de mensonges et que la vie de ce prêtre présente bien peu d’intérêt sur le plan historique ? C’est oublier que le mythe est toujours bien présent et que dans ce domaine il existe une loi au-dessus de toutes les autres : Qu’importe la vérité pourvu qu’on ait le mystère !

Toutefois il existe une autre version de la découverte d’un parchemin que bien des auteurs ont voulu occulter. Quelques années plus tard, dans une seconde phase des travaux dans son église le prêtre fait tomber le balustre qui soutenait l’ancienne chaire. Le carillonneur qui était un homme très pieux, se rendant le soir à l’église, découvre sur le chantier le balustre avec une petite entaille qui laisse apparaître une fiole. Apparemment cette fiole contenait un petit parchemin qu’il remet aussitôt au prêtre. Ce dernier juge le papier sans importance. Quelques jours plus tard Bérenger Saunière note dans ses carnets le passage suivant : Découverte d’un tombeau, le soir pluie et le lendemain : Vu Cros et Secret. Il apparaît que le prêtre a bien découvertRennes-le-Château le Dossier : Marie Denarnaud quelque chose dans son église comme en témoigne l’exhumation de la dalle dite dalle des chevaliers. Cette trouvaille était composée d’objets cultuels et peut-être de quelques bijoux laissés là par un de ses prédécesseurs, l’abbé Bigou, peu après la révolution. Un fait demeure certain : c’est au lendemain de cette découverte que Bérenger Saunière, aidé par sa servante Marie Dénarnaud, s’enferme la nuit dans le cimetière pour entreprendre de nouvelles fouilles ? Que cherchait-il ? A ce jour nul ne le sait. Il fut contraint d’arrêter suite à une plainte des habitants qui ne supportaient pas de voir retournées les tombes de leurs ancêtres. Là se résume l’énigme de Rennes-le-Château mais l’on peut supposer qu’alléché par ses premières découvertes dans l’église Bérenger Saunière fut tenté d’étendre ses fouilles dans l’enceinte du cimetière, la nuit, à l’abri des regards indiscrets… Ces découvertes devaient néanmoins êtres bien maigres face aux efforts que le prêtre avait accompli dans ce travail, car durant la période 1887-1895 les finances n’étaient vraiment pas brillantes, ne reflétant en rien l’attitude de quelqu’un qui avait trouvé un trésor.

La mystérieuse église :
Durant près de dix ans, l’abbé Saunière, embellit son église, avec un goût très "Sulpicien", révélant surtout l’état d’esprit d’un homme qui voulait montrer à ses concitoyens tout le bienfait de son œuvre. Là aussi l’église de Rennes-le-Château a fait couler beaucoup d’encre. Pour bien des auteurs et en particulier Gérard de Sède, elle est d’une inspiration purement maçonnique, comme si le fait de lier la franc-maçonnerie à cette sordide affaire pouvait accréditer les thèses fantaisistes de l’écrivain. Je n’hésite pas à le dire, cette église, à la décoration certes un peu criarde, n’a rien d’anormal et je défie quiconque de me démontrer qu’elle est voilée sous l’allégorie des symboles de quelconque société aussi secrète qu’on veut bien le dire. Contrairement aux affirmations de certains, son chemin de croix n’est pas dextrogire. Il tourne de la droite vers la gauche comme dans toutes les églises du sud de la France, car le côté gauche est le côté noble. La voûte étoilée au-dessus de la nef n’est pas vraiment maçonnique car elle est avant tout chrétienne. La franc-maçonnerie, société initiatique traditionnelle est issue des maçons bâtisseurs de cathédrales. Dès lors, compte tenu de cette filiation, il paraît logique, dans une loge maçonnique de Rennes-le-Château le Dossier : Voute de l'église de Renne-Le-Châteautrouver une voûte étoilée et un pavé mosaïque, symbole de la chrétienté, bien plus anciens que le compagnonnage. Ce n’est pas un secret de confirmer que dans les origines de franc-maçonnerie se trouvent des symboles religieux et il est inconcevable d’affirmer que les quelques symboles présents dans l’église de Rennes-le-Château laissent penser que Saunière était franc-maçon. Preuves à l’appui Gérard de Sède démontre que deux stations du chemin de croix sont maçonniques. La première fait découvrir un enfant qu’une femme entoure d’un tissu bleu à rayure rouge. La seconde un chevalier qui se tient derrière Jésus pliant sous la croix. Dans les deux cas il s’agirait d’une allusion faite par Bérenger Saunière au rite écossais pratiqué en franc-maçonnerie. C’est avant tout oublier que ce chemin de croix n’est pas l’œuvre du prêtre mais d’un sculpteur qui avait placé le même dix ans plus tôt à Rocamadour ! En ce qui concerne les peintures de cette œuvre il convient de signaler qu’elles ont été retouchées par quelques esprits bien mal intentionnés dans les années soixante. De même une photographie retrouvée en 1897 montre que le pavement de l’église n’était pas mosaïque mais intégralement uniforme. Il a été modifié depuis. Par qui ? Demandez aux chercheurs de trésors qui ont fait des fouilles dans l’église… Pour clore cet épisode maçonnique on peut également rajouter que l’abbé Saunière, profondément royaliste n’aurait pu adhérer à la franc-maçonnerie à cette époque où elle était violemment anticléricale et que se dessinaient les prémisses de la loi de la séparation entre l’église et l’Etat. Toutes ces hypothèses sont ridicules et sont destinées à perdre le lecteur dans un monde où il est profane et contribuent, une fois de plus, a grossir les eaux qui vont se jeter dans le fleuve du mythe.

L’origine des fonds :
De l’argent Bérenger Saunière va en avoir puisqu’il semble qu’à la fin du siècle dernier son train de vie s’accroît de façon régulière. Si nous sommes en mesure d’écarter définitivement les thèses de la découverte d’un trésor et de la négociation d’un parchemin révélant un secret, on peut néanmoins s’interroger sur l’origine des fonds.

Jadis bien des prêtres, voyant leur traitement s’amenuiser avaient recours à la demande d’honoraires de messes qu’ils avaient l’obligation de solliciter auprès du secrétariat de l’évêché. Hélas cet organisme n’était pas bienveillant à l’égard de certains dont Bérenger Saunière, à la cure peut-être trop éloignée, faisait partie. Alors, il décida d’agir seul et se mit à écrire à de nombreuses congrégations religieuses en France comme à l’étranger et fit paraître des petites annonces dans des revues spécialisées. Les résultats ne se firent pas attendre et très vite les honoraires de messes affluèrent à Rennes-le-Château. La consultation de ses carnets en témoigne, il recevait parfois quotidiennement jusqu’à 400 francs or de demandes de messes, ce qui représente des sommes considérables pour l’époque. Bien sur ces messes il ne les disait pas ce qui constitue en soi une escroquerie, passible du tribunal ecclésiastique pour trafic de messes.

Alors vient le temps de l’opulence. Bénéficiant de ces importantes sommes qui affluent chaque jour, Bérenger Saunière réalise deux constructions étonnantes : Une villa et une tour bibliothèque. Les réceptions sont nombreuses et tout le monde profite des largesses de l’abbé, à commencer sa bonne à laquelle il offre des tenues de "femme du monde". Mais il commet une graveRennes-le-Château le Dossier : Monseigneur de Beauséjour erreur. Ayant anticipé la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat, il fait mettre au nom de Marie Dénarnaud l’intégralité du domaine. C’était pour un prêtre illégal car il faisait ainsi profiter une tierce personne de fonds appartenant de droit à l’Eglise. A l’aide de documents originaux j’ai pu ainsi établir que Bérenger Saunière avait reçu plus de 200.000 intentions de messes en près de vingt ans, outre les dons impossibles à comptabiliser. Cependant il n’a pas mené un train de vie aussi fastueux que certains auteurs ont voulu lui prêter. Astucieux, il payait tout par traites et savait parfaitement gérer son budget en prévoyant un volant de trésorerie suffisant pour mener à bien les travaux de la villa Béthanie et la tour Magdala. Il est évident que ce commerce de messes ne pouvait passer inaperçu, surtout auprès de l’évêque Monseigneur de Beauséjour dont les griefs à l’encontre de la famille Saunière étaient fort nombreux.

Le procès de Bérenger Saunière :
L’horizon commence à s’obscurcir car l’évêque reçoit de plus en plus de lettres émanant de communautés religieuses et réclamant des renseignements sur ce fameux curé de Rennes-le-Château. Monseigneur de Beauséjour intrigué puis excédé intime l’ordre à l’abbé Saunière de cesser ses demandes d’honoraires de messes hors du diocèse. Bérenger Saunière passera outre les injonctions de l’évêque et ce dernier, au titre de sanction, le nommera desservant à Coustouge. Evidemment l’abbé va décliner l’offre, faisant valoir une santé précaire qui ne saurait le tenir trop loin de Rennes-le-Château et donc de ses intérêts matériels. C’est sans tarder que l’évêque va réagir en le traduisant devant le tribunal de l’officialité avec les chefs d’accusation suivants : trafic de messes, désobéissance à l’évêque et dépenses exagérées et non justifiées. Il va s’en suivre un procès fleuve aux multiples rebondissements. L’évêque va s’acharner, allant jusqu’à le destituer et le remplacer par un autre prêtre. Mais il y a plus grave : Bérenger Saunière doit justifier de sa comptabilité. Pour l’abbé c’est chose impossible car se serait offrir à Monseigneur de Beauséjour ce qui ne saurait être révélé, à savoir qu’il a fait construire pour le compte d’autrui un domaine avec les deniers du culte. Face à cette situation tout à fait défavorable il va commettre, sur les conseils de son avocat, une seconde erreur en portant le procès en cours de Rome, tribunal incompétent pour ce genre de Rennes-le-Château le Dossier : Une facture adréssée à Bérenger Saunièrecauses. Bérenger Saunière est pris dans une nouvelle tourmente car Rome ne répond pas aux requêtes de son avocat et pendant ce temps la commission chargée par l’évêque d’examiner ses comptes s’aperçoit de la manipulation. En effet, deux factures malencontreusement glissées dans le dossier étaient libellées au nom de Marie Dénarnaud ce qui constitue une preuve irréfutable d’escroquerie. Dès lors la cause est entendue Bérenger Saunière va devoir restituer les sommes subtilisées. A défaut de se soumettre, il sera suspendu pour le restant de sa vie. Cette sentence équivaut à une excommunication étant précisé qu’à sa mort, sous le coup d’une suspense, il ne pourra recevoir de sépulture religieuse. Non seulement Bérenger Saunière ne peut plus dire de messes mais plus grave encore il ne peut plus recevoir de mandats d’honoraires de messes, puisqu’il n’est plus officiellement le curé de Rennes-le-Château. Les problèmes n’arrivant jamais seuls, les finances s’en trouvent gravement affectées, les traites du domaine ne peuvent plus être payées, les fournisseurs le relancent et il songe à vendre son domaine. Il va vivre dans les dernières années de sa vie ses années les plus noires. Obligé de se séparer d’une grande partie de son mobilier, de l’intégralité de sa bibliothèque sa santé décline et au bord de la ruine il s’éteint en janvier 1917, relevé de sa suspense sur son lit de mort.


La naissance du mythe :
La mort de Bérenger Saunière amena Marie Dénarnaud à une vie quasi monastique dans un domaine laissé à l’abandon et qu’elle n’avait pas les moyens d’entretenir. C’est sur la fin de sa vie que tout va basculer, lorsqu’elle se lia d’amitié avec une famille venue de Perpignan, attirée par la beauté du site. Car Marie Dénarnaud était maligne. Elle arriva à persuader le crédule Noël Corbu que l’abbé Saunière avait découvert un trésor et qu’il suffisait de se baisser pour le ramasser. Elle conta à ce dernier une histoire totalement farfelue et lui fit croire qu’avant de mourir elle lui contera un secret qui le rendra très riche. Attiré par l’appât de ce gain facile, Noël Corbu acheta aussitôt le domaine en viager et entreprit des fouilles devant Marie Dénarnaud amusée. Elle émit son dernier souffle en 1953 sans avoir rien révélé à l’infortuné Noël Corbu. Les fouillesRennes-le-Château le Dossier : Marie Denarnaud en 1941 s’intensifièrent à cette période et bien évidemment elles furent totalement infructueuses avant d’êtres définitivement interdites en 1967. Noël Corbu avait été trompé par Marie Dénarnaud et se trouva aux prises avec de graves problèmes financiers. Il avait transformé la villa Béthanie en hôtel-restaurant mais les clients se faisaient rares car à cette époque l’accès à Rennes-le-Château était difficile. Afin d’attirer les visiteurs il inventa de son côté une histoire rocambolesque mettant aux prises Bérenger Saunière "Le curé aux Milliards " avec le Trésor des wisigoths. L’affaire fut révélée en 1956 par un journaliste de la Dépêche du Midi dont l’article fit l’effet d’une bombe. Tout le monde s’intéressa alors à ce prêtre qui d’un seul coup de pioche avait exhumé le trésor de Blanche de Castille. Les plus grandes personnalités se succédèrent à Rennes-le-Château et tous les occultistes, radiesthésistes et tout ce que la création compte de farfelus et doux rêveurs firent leur apparition sur le site. La gloire dépassa bientôt les frontières du Razès et de l’hexagone. Et c’est Gérard de Sède qui donna au site ses "lettres de noblesse " avec la publication d’un roman en 1967 : L’Or de Rennes.

Mais on pris ce roman, car c’était seulement un roman pour parole d’Evangile et tout ce qu’il comptait d’inepties, de non-sens ou d’erreurs volontaires fut exploité et réutilisé par la presse ou d’autres écrivains afin d’étayer des hypothèses de plus en plus folles.

Bien que le rythme se soit enfin ralenti, il paraît chaque année de nombreux articles ou ouvrages sur Rennes-le-Château, tous nous promettant de nous révéler le mystérieux secret de l’abbé Saunière. Bien sûr il n’en n’est rien et on n’a jamais rien trouvé sur le site de l’ancienne capitale du Razès. Il s’agit d’un gigantesque canular savamment orchestré en son temps mais dont les effets s’estompent de nos jours. Mais le mythe s’est enraciné et il a la dent dure. La mort des principaux acteurs rendant certains faits invérifiables, on pourrait nous rétorquer qu’il subsiste un mystère sur l’origine des fonds. Pourtant tous les doutes sont levés quand l’on consulte les carnets personnels de l’abbé Saunière, ce que n’ont pas manqué de faire certains auteurs qui les ont ignorés. La vérité n’est pas très intéressante et pour réaliser un coup médiatique il faut une certaine dose de sensationnel et parfois de mensonge comme c’est le cas. Paix à l’abbé Saunière dont la tombe fut de nombreuses fois profanée et où l’on n’y pratiqua des messes lucifériennes. L’énigme de Rennes-le-Château est l’exemple typique de la bêtise et de la folie humaine. Tant pis pour ceux qui s’y sont fait prendre et s’y laisseront encore prendre…



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