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Jean-Jacques Bedu
est l'auteur du livre "Rennes-Le-Château, autopsie d'un mythe". Une
remise en cause totale de l'affaire nous proposant une analyse précise et étayée
La création
dun mythe : Le
trésor de Rennes-le-Château.
Avant
que les travaux de René Nelli, Michel Roquebert, Jean Duvernoy et
Anne Brenon ne soient reconnus et remportent le succès quils
méritent, on savait bien peu de choses sur le catharisme. Certains
dentre vous ont certainement lu les célèbres ouvrages de Maurice
Magre que sont " Le Sang de Toulouse " et " Le
Trésor des Albigeois ". Peut-être est-ce lui qui bien
involontairement a fait naître ce mythe aujourdhui indéracinable
du trésor de Montségur et du couple antinomique Cathares - Graal
que lon a tant de mal à effacer de la mémoire de nos
concitoyens. Maurice Magre fut un grand artisan du développement
du catharisme et ses ouvrages ont suscité bien des vocations. Cétait
un grand poète et les thèmes quil aborda dans ses deux romans
eurent le mérite de faire rêver, dallumer en certains la petite
flamme cachée qui ne demande quà grandir si lon veut
bien lentretenir. Lorsque lon se plonge dans "Le
Trésor des Albigeois" on ne peut que sidentifier au personnage
principal, Michel de Bramevaque, et lon se plaît à croire
que le Graal est bien caché en pays toulousain lorsquil fut
évacué de Montségur par les quatre cavaliers qui appartenaient à
la "secte des Albigeois", cet étrange mouvement initiatique
tout droit venu dun orient bouddhique. En ces quelques mots
se résume la version de Maurice Magre écrite en 1938. Elle est bien
sûr très largement romancée mais elle repose sur une base
de vérité que le poète voila sous lallégorie des symboles.
Le
succès des deux romans de Maurice Magre fut tel que lon peut
raisonnablement penser quils firent naître un mythe autour
des Albigeois et de leur fin tragique à Montségur. Ainsi, quelques
années plus tard lorsque dautres écrivains peu scrupuleux
reprirent à leur compte ces éléments romancés, ils les offrirent
comme des vérités à des lecteurs bien crédules. La frontière entre
le roman et lessai historique est aussitôt franchie et le
mythe, ce pain de rêve dont nous avons tous besoin pour survivre
devient un tissu de mensonges auquel certains de nous saccrochent,
comme un naufragé à sa bouée.
En
cette fin de siècle il faut rêver et parce quil faut rêver il faut vendre
et parce quil faut vendre il faut mentir. Cest
dans cette mouvance quau lendemain de la seconde guerre mondiale naquit
le célèbre mythe de Bérenger Saunière le curé de Rennes-le-Château. Quelle
analogie existe-t-il entre léglise cathare que les inquisiteurs exterminèrent
après une sanglante croisade et un modeste curé de campagne qui officia dans un
petit village de la haute vallée de lAude à la fin du siècle dernier ?
En apparence aucune .
Pourtant, il suffit de regarder dans les rayonnages des libraires pour voir se
côtoyer les ouvrages traitant du catharisme avec ceux de Rennes-le-Château, quand
on ne retrouve pas les deux intimement liés sous un titre accrocheur. Il y a une
volonté de la part de leurs auteurs : celle de vendre en faisant rêver, au
prix dune dissimulation de la vérité, laquelle dans le catharisme est bien
plus belle que la fiction.
Lénigme
de Rennes-le-Château Il
est une version des faits bien " ancrée " dans la mémoire.
Elle met en scène le destin hors du commun de Bérenger Saunière, un prêtre arrivant
pauvre au petit village de Rennes-le-Château à la fin du siècle dernier et suite
à détranges trouvailles dans son église, finissant ses jours dans lopulence,
ayant légué à sa servante un domaine composé de nombreuses constructions et dun
patrimoine financier considérable. Si lon en croit les nombreux acteurs
de cette énigme la fortune ainsi constituée proviendrait de la découverte dun
mystérieux trésor dont lorigine semble remonter à la destruction du temple
de Salomon. Mais dans cette affaire rien nest exclu. En effet il est courant
de lire que Bérenger Saunière avait découvert le trésor des cathares ou celui
des templiers ou encore celui de Blanche de Castille, si ce nest pas les
trois à la fois quand on ne va pas laisser entendre que cest larche
dalliance qui est dissimulée à Rennes-le-Château ! Mieux encore, la
thèse du trésor ayant été insuffisante les narrateurs ont ajouté la connaissance
dun mystérieux secret dont la négociation auprès des plus hautes instances
de léglise catholique aurait rapporté des sommes considérables à Bérenger
Saunière. Tous les ingrédients ont été savamment ajoutés pour tenir
depuis plus de quarante ans le visiteur et le lecteur en haleine. Cette affaire
connut un retentissement considérable dans les années soixante et fit la une de
nombreux journaux, dont " La dépêche du Midi " qui la première
sen fit lécho en 1956. Pourtant à la mort de Bérenger Saunière tout
le monde connaissait à Rennes-le-Château la véritable source de revenu du prêtre
et surtout quelle avait été lutilisation des fonds. Que sest-il passé
depuis pour que de nouvelles thèses, dont certaines totalement fantasques viennent
donner au lieu une coloration et une notoriété dont il se serait bien passé ?
Cest ce que nous allons tenter dexpliquer.
Les
origines de Rennes-le-Château.
Les découvertes
archéologiques sont fréquentes dans lAude. Cette merveilleuse région ne
se limite pas aux "Châteaux Cathares" que nous visitons aujourdhui,
châteaux qui ne sont dailleurs pas vraiment "cathares", comme
si la magie et le mythe qui entourent ce mot suffisait à leur donner le mystère
et la noblesse dont ils sont pourtant naturellement dotés. Létymologie
de Rennes-le-Château ferait référence à Redae (Reda=chariot), antique et surtout
une fois de plus mythique cité wisigothe que nous cherchons encore dans la région
de Carcassonne. Il est dès lors évident pour de nombreux écrivains que cette cité
se trouvait dans le haut Razès, prenant place sur le piton rocheux occupé de nos
jours par le village de Rennes-le-Château. Il est dit que cette cité aurait abrité
pas moins de deux couvents, dix-huit étals de boucherie et abrité en son temps
pas moins de 30.000 personnes, ce qui considérable. A côté de Redae, Toulouse
et Carcassonne faisaient pâle figure ! Hélas, cette cité, à linstar
de lAtlantide est bien évidemment introuvable et toutes les fouilles entreprises
aux alentours du
village nont révélé aucune fondation qui aurait pu étayer cette thèse. Mais
cette dernière est très séduisante car elle laisse entendre quune présence
wisigothe à Rennes-le-Château aurait amené Bérenger Saunière sur la piste du trésor
du temple de Salomon qui avait été pillé par ce peuple guerrier. Aucun rôle ne
fut joué par Rennes-le-Château dans lhistoire de France. Même si ce petit
village fut la capitale du Razès son nom nest mentionné dans aucune bataille
tant son rôle fut moindre dans une ligne de défense, y compris contre les envahisseurs
français qui dévastèrent la région durant la croisade contre les Albigeois.
Larrivée
de labbé Saunière et la découverte du trésor :
Cest
à la fin du siècle dernier que cet homme de trente-trois ans prend
sa charge à Rennes-le-Château. Il est intelligent mais sa modeste
condition, malgré de brillantes études au séminaire de Carcassonne,
ne le destine pas à de hautes fonctions ecclésiastiques. Cest
un être au caractère volontaire et entier qui poursuit un idéal
politique royaliste. Très tôt Bérenger Saunière se trouve confronté
à un problème matériel sérieux : celui de se loger avec décence.
En effet, le presbytère est en piteux état mais pire encore, le
toit de léglise menace de seffondrer. Il trouvera refuge
auprès de la famille Dénarnaud. Aidé par une petite somme avancée
par le conseil de fabrique, il entreprend des travaux dans léglise
et commence par déplacer le maître autel en vue de son remplacement.
Cest à ce moment que naît la légende Rennes-le-Château. En
effet, selon certains témoins, un des piliers de lautel était
creux et renfermait des rouleaux de bois contenant de mystérieux
parchemins. Un des témoins vivait encore en 1966. Interrogé par
des journalistes, il déclarait : nos travaux étaient déjà
avancés et nous procédions au dégagement du maître autel lorsque
le curé nous demanda darrêter les travaux. A cette époque
le témoin qui sappelle Antoine Verdier a 79 ans et pas un
seul journaliste et encore moins tous les écrivains qui ont pris
en compte ce témoigne nont fait la soustraction pour sapercevoir
quau moment des faits le dit Antoine Verdier nétait
même pas né ! Dès lors la célèbre énigme de Rennes-le-Château
repose sur une frêle maison de pilotis qui ne demande quà
seffondrer. Ces parchemins quà vu Antoine Verdier, que
sont-ils devenus ? Daprès Gérard de Sède, Bérenger Saunière,
pressentant leur valeur a fait immédiatement arrêter les travaux
et sest rendu à Paris pour les négocier. Il rencontra un jeune
prélat, labbé Hoffet qui fréquentait les milieux occultistes
et qui les prit en charge. Mais lévêque de Carcassonne, Monseigneur
Billard, au courant de la transaction se rendit en 1901 à Paris
pour senquérir du destin des mystérieux parchemins ?
Nous sommes en plein roman policier et le romancier qui se nomme
Gérard de Sède manie aussi bien la plume que les acteurs du drame
qui est en train de se jouer. Non seulement il nexiste à ce
jour aucune preuve que le prêtre se soit rendu à Paris, mais pire
encore il fait voyager Monseigneur Billard en 1901 alors que pendant
ce temps le pauvre homme est totalement impotent au monastère de
Prouille. Quant à labbé Hoffet, il navait
que 18 ans au moment des faits et ne ressemble en rien aux brillant
traducteur de parchemin que Gérard de Sède a voulu nous dépeindre.
Mais lénigme des parchemins nest pas encore close. Gérard
de Sède a fait faire à notre prêtre, décidément bien astucieux,
une copie sous la forme dun calque. Cette dernière, bien évidemment,
lauteur la consultée et fait traduire par les services
compétents. Elle révèle une généalogie en partie codée laissant
entendre quil demeure en ce monde un roi perdu issu dune
lignée qui remonterait jusquà Jésus en passant par les mérovingiens
et parvenant jusquà nous au travers des personnages membres
dune mystérieuse organisation secrète : Le prieuré de
Sion. Nous sommes en plein délire politico-mystique ! En réalité,
cette énigme des parchemins est une gigantesque farce, puisque la
version qui a servi de base de travail à Gérard de Sède et surtout
aux auteurs de "LEnigme Sacrée" a été fabriquée
de toutes pièces pour lémission de Françis Blanche, "Signé
Furax". Ce qui a fit dire à leur auteur : Jai
profité de loccasion pour inventer que le maire sétait
fait délivrer un calque des parchemins découverts par labbé.
Alors sur une idée de Françis Blanche, je me suis mis en devoir
de composer un calque codé sur des passages dévangiles et
de décoder moi-même ce que javais codé. Enfin, par voie détournée,
je faisais parvenir à Gérard de Sède le fruit de mes veilles. Cela
a marché au-delà de mes espoirs. Ces parchemins ont été fabriqués
par moi, dont jai pris le texte antique en onciale, à la bibliothèque
nationale sur louvrage de Don Cabrol.
Peut-on
raisonnablement, après ces révélations, continuer à sintéresser à lénigme
de Rennes-le-Château, sachant quelle repose sur un tissus de mensonges et
que la vie de ce prêtre présente bien peu dintérêt sur le plan historique ?
Cest oublier que le mythe est toujours bien présent et que dans ce domaine
il existe une loi au-dessus de toutes les autres : Quimporte la vérité
pourvu quon ait le mystère !
Toutefois
il existe une autre version de la découverte dun parchemin que bien des
auteurs ont voulu occulter. Quelques années plus tard, dans une seconde phase
des travaux dans son église le prêtre fait tomber le balustre qui soutenait lancienne
chaire. Le carillonneur qui était un homme très pieux, se rendant le soir à léglise,
découvre sur le chantier le balustre avec une petite entaille qui laisse apparaître
une fiole. Apparemment cette fiole contenait un petit parchemin quil remet
aussitôt au prêtre. Ce dernier juge le papier sans importance. Quelques jours
plus tard Bérenger Saunière note dans ses carnets le passage suivant :
Découverte dun tombeau, le soir pluie et le lendemain : Vu Cros et
Secret. Il apparaît que le prêtre a bien découvert
quelque chose dans son église comme en témoigne lexhumation de la dalle
dite dalle des chevaliers. Cette trouvaille était composée dobjets cultuels
et peut-être de quelques bijoux laissés là par un de ses prédécesseurs, labbé
Bigou, peu après la révolution. Un fait demeure certain : cest au lendemain
de cette découverte que Bérenger Saunière, aidé par sa servante Marie Dénarnaud,
senferme la nuit dans le cimetière pour entreprendre de nouvelles fouilles ?
Que cherchait-il ? A ce jour nul ne le sait. Il fut contraint darrêter
suite à une plainte des habitants qui ne supportaient pas de voir retournées les
tombes de leurs ancêtres. Là se résume lénigme de Rennes-le-Château mais
lon peut supposer qualléché par ses premières découvertes dans léglise
Bérenger Saunière fut tenté détendre ses fouilles dans lenceinte du
cimetière, la nuit, à labri des regards indiscrets
Ces découvertes
devaient néanmoins êtres bien maigres face aux efforts que le prêtre avait accompli
dans ce travail, car durant la période 1887-1895 les finances nétaient vraiment
pas brillantes, ne reflétant en rien lattitude de quelquun qui avait
trouvé un trésor. La
mystérieuse église :
Durant
près de dix ans, labbé Saunière, embellit son église, avec
un goût très "Sulpicien", révélant surtout létat
desprit dun homme qui voulait montrer à ses concitoyens
tout le bienfait de son uvre. Là aussi léglise de Rennes-le-Château
a fait couler beaucoup dencre. Pour bien des auteurs et en
particulier Gérard de Sède, elle est dune inspiration purement
maçonnique, comme si le fait de lier la franc-maçonnerie à cette
sordide affaire pouvait accréditer les thèses fantaisistes de lécrivain.
Je nhésite pas à le dire, cette église, à la décoration certes
un peu criarde, na rien danormal et je défie
quiconque de me démontrer quelle est voilée sous lallégorie
des symboles de quelconque société aussi secrète quon veut
bien le dire. Contrairement aux affirmations de certains, son chemin
de croix nest pas dextrogire. Il tourne de la droite vers
la gauche comme dans toutes les églises du sud de la France, car
le côté gauche est le côté noble. La voûte étoilée au-dessus de
la nef nest pas vraiment maçonnique car elle est avant tout
chrétienne. La franc-maçonnerie, société initiatique traditionnelle
est issue des maçons bâtisseurs de cathédrales. Dès lors, compte
tenu de cette filiation, il paraît logique, dans une loge maçonnique
de trouver
une voûte étoilée et un pavé mosaïque, symbole de la chrétienté,
bien plus anciens que le compagnonnage. Ce nest pas un secret
de confirmer que dans les origines de franc-maçonnerie se trouvent
des symboles religieux et il est inconcevable daffirmer que
les quelques symboles présents dans léglise de Rennes-le-Château
laissent penser que Saunière était franc-maçon. Preuves à lappui
Gérard de Sède démontre que deux stations du chemin de croix sont
maçonniques. La première fait découvrir un enfant quune femme
entoure dun tissu bleu à rayure rouge. La seconde un chevalier
qui se tient derrière Jésus pliant sous la croix. Dans les deux
cas il sagirait dune allusion faite par Bérenger Saunière
au rite écossais pratiqué en franc-maçonnerie. Cest avant
tout oublier que ce chemin de croix nest pas luvre
du prêtre mais dun sculpteur qui avait placé le même dix ans
plus tôt à Rocamadour ! En ce qui concerne les peintures de
cette uvre il convient de signaler quelles ont été retouchées
par quelques esprits bien mal intentionnés dans les années soixante.
De même une photographie retrouvée en 1897 montre que le pavement
de léglise nétait pas mosaïque mais intégralement uniforme.
Il a été modifié depuis. Par qui ? Demandez aux chercheurs
de trésors qui ont fait des fouilles dans léglise
Pour
clore cet épisode maçonnique on peut également rajouter que labbé
Saunière, profondément royaliste naurait pu adhérer à la franc-maçonnerie
à cette époque où elle était violemment anticléricale et que se
dessinaient les prémisses de la loi de la séparation entre léglise
et lEtat. Toutes ces hypothèses sont ridicules et sont destinées
à perdre le lecteur dans un monde où il est profane et contribuent,
une fois de plus, a grossir les eaux qui vont se jeter dans le fleuve
du mythe.
Lorigine
des fonds :
De largent
Bérenger Saunière va en avoir puisquil semble quà la fin du siècle
dernier son train de vie saccroît de façon régulière. Si nous sommes en
mesure décarter définitivement les thèses de la découverte dun trésor
et de la négociation dun parchemin révélant un secret, on peut néanmoins
sinterroger sur lorigine des fonds.
Jadis
bien des prêtres, voyant leur traitement samenuiser avaient
recours à la demande dhonoraires de messes quils avaient
lobligation de solliciter auprès du secrétariat de lévêché.
Hélas cet organisme nétait pas bienveillant à légard
de certains dont Bérenger Saunière, à la cure peut-être trop éloignée,
faisait partie. Alors, il décida dagir seul et se mit à écrire
à de nombreuses congrégations religieuses en France comme à létranger
et fit paraître des petites annonces dans des revues spécialisées.
Les résultats ne se firent pas attendre et très vite les honoraires
de messes affluèrent à Rennes-le-Château. La consultation de ses
carnets en témoigne, il recevait parfois quotidiennement jusquà
400 francs or de demandes de messes, ce qui représente des sommes
considérables pour lépoque. Bien sur ces messes il ne les
disait pas ce qui constitue en soi une escroquerie, passible du
tribunal ecclésiastique pour trafic de messes.
Alors
vient le temps de lopulence. Bénéficiant de ces importantes sommes qui affluent
chaque jour, Bérenger Saunière réalise deux constructions étonnantes : Une
villa et une tour bibliothèque. Les réceptions sont nombreuses et tout le monde
profite des largesses de labbé, à commencer sa bonne à laquelle il offre
des tenues de "femme du monde". Mais il commet une grave
erreur. Ayant anticipé la loi de séparation entre lEglise et lEtat,
il fait mettre au nom de Marie Dénarnaud lintégralité du domaine. Cétait
pour un prêtre illégal car il faisait ainsi profiter une tierce personne de fonds
appartenant de droit à lEglise. A laide de documents originaux jai
pu ainsi établir que Bérenger Saunière avait reçu plus de 200.000 intentions de
messes en près de vingt ans, outre les dons impossibles à comptabiliser. Cependant
il na pas mené un train de vie aussi fastueux que certains auteurs ont voulu
lui prêter. Astucieux, il payait tout par traites et savait parfaitement gérer
son budget en prévoyant un volant de trésorerie suffisant pour mener à bien les
travaux de la villa Béthanie et la tour Magdala. Il est évident que ce commerce
de messes ne pouvait passer inaperçu, surtout auprès de lévêque Monseigneur
de Beauséjour dont les griefs à lencontre de la famille Saunière étaient
fort nombreux.
Le
procès de Bérenger Saunière :
Lhorizon
commence à sobscurcir car lévêque reçoit de plus en
plus de lettres émanant de communautés religieuses et réclamant
des renseignements sur ce fameux curé de Rennes-le-Château. Monseigneur
de Beauséjour intrigué puis excédé intime lordre à labbé
Saunière de cesser ses demandes dhonoraires de messes hors
du diocèse. Bérenger Saunière passera outre les injonctions de lévêque
et ce dernier, au titre de sanction, le nommera desservant à Coustouge.
Evidemment labbé va décliner loffre, faisant valoir
une santé précaire qui ne saurait le tenir trop loin de Rennes-le-Château
et donc de ses intérêts matériels. Cest sans tarder que lévêque
va réagir en le traduisant devant le tribunal de lofficialité
avec les chefs daccusation suivants : trafic de messes,
désobéissance à lévêque et dépenses exagérées et non justifiées.
Il va sen suivre un procès fleuve aux multiples rebondissements.
Lévêque va sacharner, allant jusquà le destituer
et le remplacer par un autre prêtre. Mais il y a plus grave :
Bérenger Saunière doit justifier de sa comptabilité. Pour labbé
cest chose impossible car se serait offrir à Monseigneur de
Beauséjour ce qui ne saurait être révélé, à savoir quil a
fait construire pour le compte dautrui un domaine avec les
deniers du culte. Face à cette situation tout à fait défavorable
il va commettre, sur les conseils de son avocat, une seconde erreur
en portant le procès en cours de Rome, tribunal incompétent pour
ce genre de causes.
Bérenger Saunière est pris dans une nouvelle tourmente car Rome
ne répond pas aux requêtes de son avocat et pendant ce temps la
commission chargée par lévêque dexaminer ses comptes
saperçoit de la manipulation. En effet, deux factures malencontreusement
glissées dans le dossier étaient libellées au nom de Marie Dénarnaud
ce qui constitue une preuve irréfutable descroquerie. Dès
lors la cause est entendue Bérenger Saunière va devoir restituer
les sommes subtilisées. A défaut de se soumettre, il sera suspendu
pour le restant de sa vie. Cette sentence équivaut à une excommunication
étant précisé quà sa mort, sous le coup dune suspense,
il ne pourra recevoir de sépulture religieuse. Non seulement Bérenger
Saunière ne peut plus dire de messes mais plus grave encore il ne
peut plus recevoir de mandats dhonoraires de messes, puisquil
nest plus officiellement le curé de Rennes-le-Château. Les
problèmes narrivant jamais seuls, les finances sen trouvent
gravement affectées, les traites du domaine ne peuvent plus être
payées, les fournisseurs le relancent et il songe à vendre son domaine.
Il va vivre dans les dernières années de sa vie ses années les plus
noires. Obligé de se séparer dune grande partie de son mobilier,
de lintégralité de sa bibliothèque sa santé décline et au
bord de la ruine il séteint en janvier 1917, relevé de sa
suspense sur son lit de mort.
La
naissance du mythe :
La
mort de Bérenger Saunière amena Marie Dénarnaud à une vie quasi
monastique dans un domaine laissé à labandon et quelle
navait pas les moyens dentretenir. Cest sur la
fin de sa vie que tout va basculer, lorsquelle se lia damitié
avec une famille venue de Perpignan, attirée par la beauté du site.
Car Marie Dénarnaud était maligne. Elle arriva à persuader le crédule
Noël Corbu que labbé Saunière avait découvert un trésor et
quil suffisait de se baisser pour le ramasser. Elle conta
à ce dernier une histoire totalement farfelue et lui fit croire
quavant de mourir elle lui contera un secret qui le rendra
très riche. Attiré par lappât de ce gain facile, Noël Corbu
acheta aussitôt le domaine en viager et entreprit des fouilles devant
Marie Dénarnaud amusée. Elle émit son dernier souffle en 1953 sans
avoir rien révélé à linfortuné Noël Corbu. Les fouilles
sintensifièrent à cette période et bien évidemment elles furent
totalement infructueuses avant dêtres définitivement interdites
en 1967. Noël Corbu avait été trompé par Marie Dénarnaud et se trouva
aux prises avec de graves problèmes financiers. Il avait transformé
la villa Béthanie en hôtel-restaurant mais les clients se faisaient
rares car à cette époque laccès à Rennes-le-Château était
difficile. Afin dattirer les visiteurs il inventa de son côté
une histoire rocambolesque mettant aux prises Bérenger Saunière
"Le curé aux Milliards " avec le Trésor des wisigoths.
Laffaire fut révélée en 1956 par un journaliste de la Dépêche
du Midi dont larticle fit leffet dune bombe. Tout
le monde sintéressa alors à ce prêtre qui dun seul coup
de pioche avait exhumé le trésor de Blanche de Castille. Les plus
grandes personnalités se succédèrent à Rennes-le-Château et tous
les occultistes, radiesthésistes et tout ce que la création compte
de farfelus et doux rêveurs firent leur apparition sur le site.
La gloire dépassa bientôt les frontières du Razès et de lhexagone.
Et cest Gérard de Sède qui donna au site ses "lettres
de noblesse " avec la publication dun roman en 1967 :
LOr de Rennes.
Mais
on pris ce roman, car cétait seulement un roman pour parole
dEvangile et tout ce quil comptait dinepties,
de non-sens ou derreurs volontaires fut exploité et réutilisé
par la presse ou dautres écrivains afin détayer des
hypothèses de plus en plus folles.
Bien
que le rythme se soit enfin ralenti, il paraît chaque année de nombreux articles
ou ouvrages sur Rennes-le-Château, tous nous promettant de nous révéler le mystérieux
secret de labbé Saunière. Bien sûr il nen nest rien et on na
jamais rien trouvé sur le site de lancienne capitale du Razès. Il sagit
dun gigantesque canular savamment orchestré en son temps mais dont les effets
sestompent de nos jours. Mais le mythe sest enraciné et il a la dent
dure. La mort des principaux acteurs rendant certains faits invérifiables, on
pourrait nous rétorquer quil subsiste un mystère sur lorigine des
fonds. Pourtant tous les doutes sont levés quand lon consulte les carnets
personnels de labbé Saunière, ce que nont pas manqué de faire certains
auteurs qui les ont ignorés. La vérité nest pas très intéressante et pour
réaliser un coup médiatique il faut une certaine dose de sensationnel et parfois
de mensonge comme cest le cas. Paix à labbé Saunière dont la tombe
fut de nombreuses fois profanée et où lon ny pratiqua des messes lucifériennes.
Lénigme de Rennes-le-Château est lexemple typique de la bêtise et
de la folie humaine. Tant pis pour ceux qui sy sont fait prendre et sy
laisseront encore prendre
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